Éric Tabouelle, président de Helpévia

Faut-il craindre une pénurie de certains produits et, si oui, comment les anticiper ?

Pour le moment, nous n’observons pas de ten­sion par­ti­c­ulière sur les appro­vi­sion­nements. Nous sommes encore dans une logique de chaîne logis­tique avec des rota­tions de stocks maîtrisées. En revanche, cer­tains four­nisseurs nous ont adressé des alertes et des deman­des de majo­ra­tions tar­i­faires. Ces deman­des con­cer­nent prin­ci­pale­ment des pro­duits à faible valeur ajoutée, tels que les gants d’examen, fab­riqués pour l’essentiel en Asie.

Pour notre méti­er de groupe­ment d’achats, le savoir-faire de nos acheteurs est com­plété par celui de nos acheteurs inter­na­tionaux pour notre plate­forme de dis­tri­b­u­tion : Rhé­sus. Nous pou­vons ain­si iden­ti­fi­er très en amont tous les mou­ve­ments de prix en sor­tie usine pour les DM et les équipements de pro­tec­tion indi­vidu­elle (EPI). Pour les pro­duits phares, ces achats sont pro­gram­més, plan­i­fiés et réal­isés dans le cadre de con­trats d’approvisionnement négo­ciés annuelle­ment. Cette con­trac­tu­al­i­sa­tion garan­tit une cou­ver­ture en vol­umes et en tar­ifs. À moyen terme, nos parte­naires asi­a­tiques risquent de nous sol­liciter car, depuis début avril, cer­tains pro­duits ont enreg­istré une hausse de 10 à 30 % en sor­tie d’usine.

La fer­me­ture du détroit d’Ormuz impacte le prix du pét­role. D’un bar­il à 70 dol­lars, nous sommes passés à 100, puis 110 et jusqu’à 120 dol­lars. Cela pose un prob­lème à la fois de coût et de disponi­bil­ité de cette matière pre­mière pour les fab­ri­cants, comme pour l’import des marchan­dis­es.  Cette crise affecte tous les pro­duits com­posés de polymères, de non-tis­sés, de polyuréthane… Plus glob­ale­ment, tous les dérivés plas­tiques seront poten­tielle­ment sujets à des deman­des de majo­ra­tions tar­i­faires.

À not­er égale­ment que les dif­fi­cultés d’approvisionnement en engrais pour l’agriculture n’auront pas d’impact direct avant une année.

Enfin, un cer­tain nom­bre d’établissements adhérents ou de groupes opéra­teurs du réseau Helpévia ont demandé, compte tenu des impérat­ifs de maîtrise budgé­taire dans un con­texte déjà ten­du pour les étab­lisse­ments, à être asso­ciés à l’ensemble des négo­ci­a­tions. Une démarche qui cor­re­spond pleine­ment à notre philoso­phie : associ­er les adhérents à la ges­tion des con­trats et des accords.

Dans ces conditions, comment travaillez-vous avec vos fournisseurs ?

Helpévia a reçu de cer­tains four­nisseurs des propo­si­tions de hauss­es qui demeurent, pour le moment, rel­a­tive­ment mod­érées. Notre pre­mier réflexe est de repren­dre le con­trat exis­tant et les claus­es de suivi des con­di­tions tar­i­faires, puis de deman­der des jus­ti­fi­ca­tions de façon doc­u­men­tée. Selon les répons­es obtenues, nous négo­cions à la baisse les deman­des ini­tiales des four­nisseurs, nous dif­férons leur appli­ca­tion ou en limi­tons la durée d’application. À défaut d’éléments probants et selon le con­tenu des con­trats en cours, nous sommes égale­ment amenés à refuser ces hauss­es.

Dans tous les cas, aucune hausse ne peut être uni­latérale­ment appliquée par le four­nisseur sur les fac­tures adhérents.  En cas de majo­ra­tions tar­i­faires validées par Helpévia, une infor­ma­tion détail­lée est adressée aux acheteurs con­cernés en étab­lisse­ment.

À date, les prin­ci­paux pro­duits con­cernés par les majo­ra­tions sont les EPI et des DM à faible valeur ajoutée (gants d’examen, blous­es non tis­sées…), les pro­duits d’entretien (essuyage, sacs poubelle et chimie). Sur ces gammes, les hauss­es peu­vent être de 3 % à par­fois plus de 10 %.

Nous encadrons ces vari­a­tions, notam­ment en lien à des index, pour un retour aux prix du marché ini­tial dès lors que ces indices retrou­vent la valeur de référence du marché.

La hausse du gasoil à la pompe a un impact direct sur le coût sup­porté par le four­nisseur pour livr­er les étab­lisse­ments. La taxe gasoil, appliquée par les trans­porteurs aux four­nisseurs, peut impacter de façon sig­ni­fica­tive le prix de revient de la marchan­dise livrée.

La ques­tion est de savoir ce que représen­tent ces coûts par rap­port au prix de vente des pro­duits et com­ment ils sont réper­cutés. Là encore, le four­nisseur doit jus­ti­fi­er sa demande.

Enfin, pour les prix des pro­duits en aug­men­ta­tion ces prochains mois, après négo­ci­a­tions et arbi­trages con­certés avec les four­nisseurs, nous serons très vig­i­lants à ce qu’ils redescen­dent avec le même empresse­ment que les four­nisseurs ont man­i­festé à vouloir les major­er !

Comment l’ensemble de la profession s’organise-t-il ?

Les échanges réguliers que nous avons au sein du Club des acheteurs des pro­duits de san­té (CLAPS) qui fédère tous les groupe­ments et opéra­teurs hos­pi­tal­iers publics et privés por­tent sur l’actualité de notre secteur. Notre dernière assem­blée d’avril a naturelle­ment per­mis d’aborder ce sujet con­jonc­turel de hauss­es liées aux impacts du con­flit États-Unis/I­ran.

Chaque acteur mène ensuite ses pro­pres dossiers en par­faite autonomie.