Infarc­tus du myocarde, AVC, insuff­i­sance car­diaque… ces mal­adies du cœur et des vais­seaux représen­tent la deux­ième cause de mor­tal­ité en France. Chaque année, elles entraî­nent plus d’un mil­lion d’hos­pi­tal­i­sa­tions et env­i­ron 140 000 décès chez les adultes, soit plus d’un décès sur cinq. Le dernier rap­port de San­té publique France mon­tre à quel point ces patholo­gies pèsent le sys­tème de san­té. Expli­ca­tions.

De fortes dis­par­ités régionales per­sis­tent sur l’ensemble du ter­ri­toire

Les résul­tats de l’étude pub­liée par San­té Publique France mon­trent que les patholo­gies car­dio-neu­ro-vas­cu­laires étudiées présentes d’importantes dis­par­ités ter­ri­to­ri­ales. Cette analyse repose sur trois prin­ci­paux indi­ca­teurs :

  • L’incidence des hos­pi­tal­i­sa­tions ;
  • La pré­va­lence des patholo­gies ;
  • Le taux de mor­tal­ité.

Pour les car­diopathies ischémiques, les taux les plus élevés sont observés dans cer­taines régions ultra­marines ain­si que dans le nord et l’est de la France : ces patholo­gies représen­tent à elles seules plusieurs cen­taines de mil­liers d’hospitalisations chaque année.

Plusieurs régions ont des taux stan­dard­is­és d’incidence de patients hos­pi­tal­isés et des taux stan­dard­is­és de pré­va­lence bien supérieurs à ceux observés pour la France entière. Ce taux stan­dard­isé dépas­sait les 500 pour 100 000 en Corse (577), en Grand-Est (563), en Provence-Alpes-Côte‑D’azur (554), en Occ­i­tanie (519), et atteignait par ailleurs 491 pour 100 000 à La Réu­nion. A l’inverse, ces taux étaient plus bas en Bre­tagne (401), dans les Pays de la Loire (389), en Ile-de-France (403), en Guyane (322), en Mar­tinique (235) et en Guade­loupe (238). Au sein de la pop­u­la­tion française, 5,5 % des adultes présen­taient un antécé­dent per­son­nel de car­diopathies ischémiques, c’est-à-dire, qu’ils avaient eu cette patholo­gie dans les dix années précé­dentes, avec pos­si­ble­ment des séquelles altérant la qual­ité de vie et un suivi et traite­ment sur le long terme.

Dans les régions Corse, Grand Est, Nor­mandie et La Réu­nion, ce pour­cent­age stan­dard­isé atteignait ou dépas­sait 6 % alors qu’il était inférieur à 5 % en Pays de la Loire, Bre­tagne, Guyane, Guade­loupe et Mar­tinique.

Enfin, la mor­tal­ité annuelle par car­diopathie ischémique était de 59 décès pour 100 000 habi­tants en moyenne en France. Elle atteignait, après stan­dard­i­s­a­tion, 81 pour 100 000 à La Réu­nion, 71 en Nor­mandie, et 67 dans les Hauts-de-France, Cen­tre-Val-de-Loire et en Bre­tagne.

Pour les AVC, les écarts sont aus­si très mar­qués selon les régions : cer­tains ter­ri­toires d’outre-mer sont par­ti­c­ulière­ment touchés. Les Hauts-de-France et la Bre­tagne ont aus­si des taux d’hos­pi­tal­i­sa­tion plus élevés que la moyenne nationale. Ces dif­férences se voient autant dans les nou­velles hos­pi­tal­i­sa­tions que dans le nom­bre de per­son­nes vivant avec ces patholo­gies.

L’insuffisance car­diaque con­stitue un autre enjeu majeur de san­té publique : là encore, les don­nées révè­lent des con­trastes ter­ri­to­ri­aux impor­tants. Dans les Hauts-de-France et en Nor­mandie, le taux stan­dard­isé d’hospitalisation pour insuff­i­sance car­diaque est supérieur au niveau nation­al. Des dis­par­ités intra régionales d’incidence, de pré­va­lence et de mor­tal­ité sont égale­ment observées à l’échelon départe­men­tal ou infra-départe­men­tal. Elles reflè­tent prin­ci­pale­ment les dif­férences d’épidémiologie des fac­teurs de risque car­dio-neu­ro-vas­cu­laires, néces­si­tant ain­si le ren­force­ment de leur préven­tion. Elles sont égale­ment le résul­tat des dif­férences con­statées dans la grav­ité des cas, le pronos­tic, le recours aux soins, et la prise en charge immé­di­ate et au long cours de ces patholo­gies.

Ces dis­par­ités ne s’expliquent pas unique­ment par des dif­férences médi­cales 

Les déter­mi­nants soci­aux et envi­ron­nemen­taux jouent égale­ment un rôle impor­tant. Les mal­adies car­dio-neu­ro-vas­cu­laires sont forte­ment influ­encées par les iné­gal­ités sociales, ter­ri­to­ri­ales et socio-économiques. Les habi­tants des com­munes les plus défa­vorisées sont plus sou­vent hos­pi­tal­isés pour ces patholo­gies.

Les écarts appa­rais­sent par­ti­c­ulière­ment mar­qués pour l’insuffisance car­diaque et cer­taines mal­adies vas­cu­laires. Le rap­port rap­pelle égale­ment que les iné­gal­ités sociales de san­té influ­en­cent directe­ment l’exposition aux fac­teurs de risque ain­si que l’accès à la préven­tion et aux soins.

Les fac­teurs de risque car­dio­vas­cu­laires restent large­ment impliqués dans ces dif­férences régionales

San­té publique France évoque notam­ment le tabac, la con­som­ma­tion d’alcool, les habi­tudes ali­men­taires, le dia­bète, l’obésité ou encore l’hypertension artérielle. Ces fac­teurs peu­vent vari­er selon les ter­ri­toires et les niveaux socio-économiques. Les dis­par­ités d’accès aux soins, de préven­tion ou de dépistage peu­vent égale­ment con­tribuer aux écarts observés entre régions. Le rap­port souligne égale­ment l’im­pact du vieil­lisse­ment de la pop­u­la­tion et des con­di­tions de vie sur la répar­ti­tion géo­graphique de ces mal­adies.

Les don­nées pub­liées s’appuient sur des taux stan­dard­is­és afin de per­me­t­tre des com­para­isons entre régions mal­gré les dif­férences démo­graphiques. Les indi­ca­teurs pren­nent en compte la struc­ture d’âge de la pop­u­la­tion française de référence. Les analy­ses por­tent sur plusieurs années afin de lim­iter les fluc­tu­a­tions sta­tis­tiques et de mieux iden­ti­fi­er les ten­dances ter­ri­to­ri­ales.

Au-delà du con­stat épidémi­ologique, ces résul­tats soulig­nent l’importance des poli­tiques de préven­tion car­dio­vas­cu­laire

San­té publique France insiste régulière­ment sur la néces­sité d’agir sur les com­porte­ments à risque et les déter­mi­nants de san­té. L’activité physique, l’alimentation, la lutte con­tre le tabag­isme ou encore la prise en charge de l’hypertension artérielle con­stituent des leviers essen­tiels pour réduire le poids de ces patholo­gies.

Les iné­gal­ités ter­ri­to­ri­ales observées inter­ro­gent égale­ment sur l’organisation des par­cours de soins et les straté­gies de san­té publique à l’échelle régionale. Cer­taines régions cumu­lent des fac­teurs de vul­néra­bil­ité sociale, économique et san­i­taires sus­cep­ti­bles d’augmenter le risque car­dio-neu­ro-vas­cu­laire. Cela souligne ain­si l’intérêt d’adapter les actions de préven­tion et de prise en charge aux spé­ci­ficités locales afin de mieux répon­dre aux besoins des pop­u­la­tions les plus exposées.

Enfin, ces travaux con­fir­ment que les mal­adies car­dio-neu­ro-vas­cu­laires restent un enjeu majeur de san­té publique en France. Mal­gré les pro­grès réal­isés dans la prise en charge médi­cale, les écarts régionaux per­sis­tent et traduisent des iné­gal­ités san­i­taires durables. Les don­nées pub­liées par cette enquête per­me­t­tent ain­si de mieux iden­ti­fi­er les ter­ri­toires les plus con­cernés et d’orienter les futures actions de préven­tion, de dépistage et d’organisation des soins.

Céline KERUZORE

Sources : 

https://www.santepubliquefrance.fr/presse/maladies-cardio-neuro-vasculaires-de-fortes-disparites-regionales-qui-persistent

https://www.vidal.fr/actualites/31769-maladies-cardio-neuro-vasculaires-de-fortes-disparites-territoriales-en-france.html

https://toute-la.veille-acteurs-sante.fr/234991/maladies-cardio-neuro-vasculaires-de-fortes-disparites-regionales-qui-persistent-document/

https://odisse.santepubliquefrance.fr/p/maladies-cardiovasculaires/