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Dr Catherine Cornibert, directrice générale et cofondatrice de l’institut pour la santé des soignants (SPS), docteure en pharmacie

SPS a eu dix ans en novembre 2025, pourquoi une telle association ?

SPS, anci­en­nement appelée asso­ci­a­tion Soins aux pro­fes­sion­nels de san­té, est née d’un con­stat alar­mant. Créée en novem­bre 2015, SPS est le fruit d’un col­loque organ­isé à l’Académie nationale de médecine sur la san­té des soignants. Une enquête révélait alors des chiffres édi­fi­ants : 50 % des pro­fes­sion­nels de san­té avaient déjà vécu un burn-out, autant igno­raient vers qui se tourn­er en cas de détresse, et la moitié esti­maient que leur pro­pre san­té pou­vait met­tre en dan­ger celle de leurs patients.

Depuis, SPS a reçu près de 40 000 appels sur sa plate­forme d’écoute nationale, devenant ain­si un obser­va­toire pré­cieux et un acteur de référence de la san­té des soignants. L’ensemble de nos dis­posi­tifs ont été pen­sés pour rompre l’isolement et accom­pa­g­n­er les pro­fes­sion­nels de san­té.

De quels outils dispose SPS pour répondre à l’urgence ?

Dès 2016, SPS a lancé une plate­forme nationale d’écoute avec un numéro vert (0 805 23 23 36), ouverte 24h/24 et 7j/7, avec 100 % d’appels décrochés par des psy­cho­logues. Ce cahi­er des charges unique garan­tit une réponse gra­tu­ite, anonyme et con­fi­den­tielle à chaque appel. Lorsqu’un soignant exprime des pen­sées sui­cidaires, il est impens­able de ne pas décrocher.

L’association a ensuite struc­turé un réseau nation­al du risque psy­choso­cial, com­posé de psy­cho­logues, dévelop­pé une appli­ca­tion gra­tu­ite acces­si­ble jour et nuit, et mis en place des groupes de parole men­su­els. En 2019, SPS a été recon­nue d’intérêt général et a lancé des ate­liers de préven­tion sur des thé­ma­tiques clés : som­meil, ali­men­ta­tion, activ­ité physique, com­pé­tences psy­choso­ciales, com­mu­ni­ca­tion non vio­lente, man­age­ment… Une cinquan­taine d’ateliers sont pro­posés chaque mar­di et jeu­di soir, com­plétés par des fich­es pra­tiques, des mod­ules de e‑learning et des auto-tests réal­isés avec le Col­lège français des anesthé­sistes-réan­i­ma­teurs.

SPS a égale­ment ouvert une unité d’accueil dans un étab­lisse­ment Ram­say en Bour­gogne-Franche-Comté, et pré­pare le déploiement de son ini­tia­tive « La Mai­son des soignants », un espace dig­i­tal et des espaces physiques spé­ciale­ment dédiés aux soignants. La pre­mière Mai­son des soignants (MDS) a été inau­gurée à Metz le 15 octo­bre dernier, et une sec­onde à Paris le 18 novem­bre. L’objectif est de cou­vrir l’ensemble du ter­ri­toire d’ici 2050, avec une MDS dans chaque région.

Pour quel objectif se mobilise SPS ?

Lors du 11ᵉ col­loque de SPS, organ­isé sous le haut patron­age de la prési­dence de la République, les chiffres ont con­fir­mé une aggra­va­tion de la détresse des soignants. Chez les étu­di­ants en san­té, les études menées par les fédéra­tions sont unanimes : 20 % déclar­ent avoir eu des pen­sées sui­cidaires, 70 % ont envis­agé d’abandonner leurs études, et plus de 15 % vivent dans une pré­car­ité sociale ou économique*. Ce sont déjà nos soignants d’au­jour­d’hui. Leur san­té doit devenir une pri­or­ité.

Mal­gré une inscrip­tion pro­gres­sive à l’agenda poli­tique et quelques avancées — rap­port min­istériel sur la san­té des pro­fes­sion­nels de san­té en 2023, lance­ment d’un comité de suivi min­istériel dédié, inté­gra­tion de critères relat­ifs à une poli­tique sur la san­té des soignants dans le 6e cycle de cer­ti­fi­ca­tion de la HAS pour les étab­lisse­ments de san­té, loi Pradal sur la sécu­rité des pro­fes­sion­nels de san­té — le sujet reste tabou et insuff­isam­ment investi sur le plan poli­tique. Fatigue, manque de recon­nais­sance, trou­bles mus­cu­lo-squelet­tiques, stress, agres­sions, rythmes de tra­vail…, ces fac­teurs dégradent pro­fondé­ment la san­té des soignants.

Il faut une prise de con­science col­lec­tive. Les tutelles, les étab­lisse­ments et les citoyens doivent se sen­tir respon­s­ables de la san­té de ceux qui pren­nent soin de nous. Il est urgent de pren­dre soin de ceux qui nous soignent. Le 11e col­loque nation­al SPS a lancé une mobil­i­sa­tion col­lec­tive avec #soignants­grande­cause, l’objectif :  ancr­er la san­té des soignants comme un enjeu majeur de san­té publique et la porter au rang de pri­or­ité nationale.

*sources : ISNI. Enquête sur la san­té men­tale des étu­di­ants en médecine (de la deux­ième année à la fin de l’internat), 2024 / FNESI. Enquête Bien-Être des étudiant·e·s infirmier·ère·s, 2025 / ANEPF. Enquête sur la san­té men­tale des étu­di­ants en phar­ma­cie (de la deux­ième à la six­ième année), 2025.