Mal­adie infec­tieuse très con­tagieuse, la tuber­cu­lose demeure en 2026 un enjeu de san­té publique. Si son inci­dence a glob­ale­ment dimin­ué au cours des dernières décen­nies, elle n’a pour autant pas dis­paru en France et con­tin­ue de touch­er cer­taines pop­u­la­tions vul­nérables. La vig­i­lance reste d’autant plus néces­saire que la pro­gres­sion de cer­taines formes résis­tantes aux antibi­o­tiques à l’échelle mon­di­ale com­plex­i­fie sa prise en charge.

4 491 cas de tuber­cu­lose mal­adie ont été déclarés en France en 2024. L’Île-de-France est la pre­mière région mét­ro­pol­i­taine la plus touchée par la tuber­cu­lose avec 1 523 cas de cas déclarés. À l’échelle mon­di­ale, l’Organisation mon­di­ale de la san­té (OMS) rap­pelle que la tuber­cu­lose fig­ure encore par­mi les prin­ci­pales caus­es de mor­tal­ité infec­tieuse, mal­gré l’existence de traite­ments effi­caces. C’est une mal­adie à déc­la­ra­tion oblig­a­toire en France, per­me­t­tant un suivi épidémi­ologique plus pré­cis.

 

La tuber­cu­lose : une infec­tion bac­téri­enne

La tuber­cu­lose est une mal­adie infec­tieuse due à une mycobac­térie appelée Mycobac­teri­um tuber­cu­lo­sis, égale­ment appelée bacille de Koch. Elle se trans­met par voie aéri­enne via les gout­telettes res­pi­ra­toires émis­es lors de la toux, de la parole ou des éter­nue­ments. Elle atteint prin­ci­pale­ment les poumons (tuber­cu­lose pul­monaire), mais peut égale­ment se localis­er dans d’autres organes (formes extra­pul­monaires : gan­glion­naires, osseuses, mén­ingées, etc.).

Après inhala­tion, l’évolution de l’infection dépend de la réponse immu­ni­taire de l’hôte. Dans la majorité des cas, une infec­tion latente s’installe, asymp­to­ma­tique et non con­tagieuse. Toute­fois, env­i­ron 5 à 10 % des per­son­nes infec­tées dévelop­per­ont la tuber­cu­lose au cours de leur vie, avec un risque accru en cas d’immunodépression.

 

Les prin­ci­paux symp­tômes clin­iques

Les symp­tômes appa­rais­sent sou­vent de manière pro­gres­sive et peu spé­ci­fique, ce qui peut retarder le diag­nos­tic, notam­ment :

  • Toux per­sis­tante (plus de 2 à 3 semaines), par­fois pro­duc­tive ;
  • Perte de poids involon­taire ;
  • Fièvre mod­érée ;
  • Sueurs noc­turnes ;
  • Douleurs tho­raciques ;
  • Amaigrisse­ment et altéra­tion de l’état général ;
  • Hémop­tysie (crachat de sang) dans les formes avancées.

Les formes extra­pul­monaires présen­tent des signes dépen­dant de l’organe atteint, ren­dant le diag­nos­tic encore plus com­plexe.

Cer­taines affec­tions peu­vent aug­menter le risque de tuber­cu­lose :

  • Le dia­bète ;
  • L’affaiblissement du sys­tème immu­ni­taire (par le VIH par exem­ple) ;
  • La dénu­tri­tion ;
  • La con­som­ma­tion de tabac ou d’alcool.

 

Diag­nos­tic : une approche com­binée

Le diag­nos­tic repose le plus sou­vent sur plusieurs élé­ments com­plé­men­taires : les symp­tômes clin­iques, l’imagerie médi­cale, les exa­m­ens micro­bi­ologiques et les tests immunologiques.

  • L’imagerie tho­racique : la radi­ogra­phie pul­monaire est sou­vent un exa­m­en de pre­mière inten­tion, sou­vent com­plétée par un scan­ner en cas de doute ou de formes atyp­iques.
  • Les exa­m­ens micro­bi­ologiques :
    • Exa­m­en direct des expec­to­ra­tions
    • Cul­ture (référence, mais délai pro­longé)
    • Tests molécu­laires rapi­des (PCR), per­me­t­tant une con­fir­ma­tion plus rapi­de et la détec­tion de cer­taines résis­tances
  • Les tests immunologiques :
    • IDR (intra­der­moréac­tion à la tuber­cu­line). Ce test cutané per­met de détecter une infec­tion tuber­culeuse latente ou l’immunité à mycobac­téri­um tuber­cu­lo­sis par une réac­tion d’hypersensibilité retardée.
    • Tests IGRA (inter­féron gam­ma release assays), utiles notam­ment pour le dépistage de l’infection latente. Ce test est effec­tué sur un prélève­ment de sang qui est mis en con­tact avec des antigènes spé­ci­fiques du bacille de Koch, puis on éval­ue la réponse sous forme de pro­duc­tion d’interféron gam­ma par cer­tains glob­ules blancs (lym­pho­cytes T).

La con­fir­ma­tion bac­téri­ologique reste essen­tielle pour con­firmer le diag­nos­tic et ori­en­ter le traite­ment, notam­ment en cas de sus­pi­cion de tuber­cu­lose résis­tante.

 

Prise en charge thérapeu­tique et enjeux d’observance

La tuber­cu­lose est une mal­adie cur­able, à con­di­tion de béné­fici­er d’une prise en charge rigoureuse et pro­longée. Le traite­ment stan­dard repose sur une antibio­thérapie com­binée visant à éviter l’émergence de résis­tances.

 

Les antibi­o­tiques les plus couram­ment util­isés sont :

  • La rifampicine ;
  • L’isoniazide ;
  • La pyraz­i­namide ;
  • L’éthambutol.

Pour être effi­caces, les médica­ments sont le plus sou­vent pris quo­ti­di­en­nement pen­dant qua­tre à six mois. Les con­di­tions d’administration des médica­ments relèvent de la seule pre­scrip­tion médi­cale. Il est dan­gereux d’arrêter le traite­ment trop tôt et surtout sans avis médi­cal, car le bacille tou­jours vivant, peut alors devenir résis­tant aux antibi­o­tiques. La tuber­cu­lose qui ne répond pas aux médica­ments stan­dard est appelée tuber­cu­lose « phar­ma­coré­sis­tante ». Elle néces­site un traite­ment faisant appel à d’autres médica­ments. L’un des prin­ci­paux défis reste l’adhésion au traite­ment. Les effets indésir­ables (hépa­to­tox­i­c­ité, trou­bles diges­tifs, neu­ropathies) et la durée du traite­ment peu­vent com­pro­met­tre la com­pli­ance.

 

Tuber­cu­lose résis­tante : un défi crois­sant

L’émergence de souch­es mul­ti­ré­sis­tantes con­stitue un enjeu majeur. Ces formes néces­si­tent en effet des traite­ments plus longs, sou­vent plus com­plex­es, moins bien tolérés et asso­ciés à des taux de suc­cès thérapeu­tique plus faibles que les formes sen­si­bles.

L’Organisation mon­di­ale de la san­té (OMS) souligne que la résis­tance aux anti­tu­ber­culeux com­pro­met les pro­grès réal­isés en matière de con­trôle de la mal­adie. Dans la région européenne, près d’un cas de tuber­cu­lose sur cinq ne serait pas diag­nos­tiqué ou noti­fié, et la pro­por­tion de formes résis­tantes y reste par­mi les plus élevées au niveau mon­di­al, en par­ti­c­uli­er pour les formes mul­ti­ré­sis­tantes. En France, ces cas restent a pri­ori rares mais néces­si­tent une exper­tise spé­cial­isée.

 

Avancées thérapeu­tiques et per­spec­tives

Les traite­ments de la tuber­cu­lose pul­monaire ont récem­ment été sim­pli­fiés, avec le développe­ment de sché­mas plus courts et entière­ment oraux adap­tés aux pro­fils de résis­tance. Pour les formes sen­si­bles, des pro­to­coles de qua­tre mois sont désor­mais recom­mandés dans cer­tains pays, tan­dis que les formes mul­ti­ré­sis­tantes peu­vent être traitées en 6 mois avec de meilleurs résul­tats et une meilleure tolérance.

Cepen­dant, l’accès à cer­taines molécules est essen­tiel, comme la rifapen­tine, pour per­me­t­tre l’application de ces recom­man­da­tions, et des pré­cau­tions per­sis­tent chez l’enfant et la femme enceinte en rai­son de don­nées encore insuff­isantes. Par ailleurs, même si le vac­cin n’est plus oblig­a­toire, il reste à ce jour recom­mandé chez les enfants à risque élevé en France.

 

Préven­tion et san­té publique : main­tenir la vig­i­lance

La lutte con­tre la tuber­cu­lose repose sur plusieurs piliers :

  • Un dépistage ciblé des pop­u­la­tions à risque ;
  • Un traite­ment des infec­tions latentes pour prévenir les formes actives ;
  • Une enquête autour des cas pour lim­iter la trans­mis­sion ;
  • La vac­ci­na­tion BCG dans les pop­u­la­tions à risque élevé.

Selon San­té publique France, la sur­veil­lance épidémi­ologique per­met égale­ment d’identifier les zones et les pop­u­la­tions les plus con­cernées, afin d’adapter les straté­gies de préven­tion.

En 2026, la tuber­cu­lose en France reste une patholo­gie glob­ale­ment con­trôlée mais non éradiquée. Son diag­nos­tic par­fois tardif, la per­sis­tance d’inégalités sociales de san­té et les enjeux liés aux résis­tances imposent une vig­i­lance con­stante. Pour les pro­fes­sion­nels de san­té, l’enjeu est autant médi­cal qu’organisationnel : repér­er tôt, traiter effi­cace­ment et accom­pa­g­n­er durable­ment les patients pour lim­iter la trans­mis­sion.

 

Céline KERUZORE

 

Sources :

https://www.santepubliquefrance.fr/les-actualites/2025/tuberculose-en-france-une-legere-hausse-de-l-incidence-en-2023

https://sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-et-infections-respiratoires/tuberculose/article/la-tuberculose

https://www.ameli.fr/yvelines/assure/sante/themes/tuberculose/symptomes-diagnostic-evolution

https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/tuberculosis

https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/tuberculose

Dépistage de la tuber­cu­lose | ameli.fr | Assuré

https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F700

https://www.who.int/europe/fr/news/item/23–03-2026-european-region-misses-1-in-5-tb-cases–while-drug-resistant-strains-remain-among-the-worst-globally

https://splf.fr/evolutions-recentes-dans-le-traitement-de-la-tuberculose-pulmonaire/