
La réforme des soins critiques engagée en 2022 marque une transformation profonde de l’offre de soins hospitaliers. La publication des décrets relatifs aux conditions d’implantation et aux conditions techniques de fonctionnement, complétée par l’instruction de 2023, a posé les bases d’un nouveau cadre organisationnel désormais décliné dans les projets régionaux de santé.
Depuis la fin de l’année 2023 et jusqu’en 2026, les agences régionales de santé délivrent de nouvelles autorisations à l’ensemble des établissements concernés, ouvrant une phase déterminante de recomposition de l’offre. Cette dynamique s’accompagne d’exigences de mise en conformité échelonnées dans le temps et de la structuration de filières territoriales.
Dans ce contexte, la feuille de route nationale, finalisée récemment, apporte une vision d’ensemble articulée autour de priorités essentielles : réponse aux besoins des territoires, organisation des filières, préparation aux crises sanitaires, évolution des modalités de financement, renforcement des ressources humaines et amélioration continue de la qualité des prises en charge. Elle traduit une ambition partagée de modernisation et de résilience du système de santé.
Toutefois, la question du devenir des unités de surveillance continue, bien que situées en dehors du périmètre des soins critiques, introduit une zone d’incertitude qui appelle à une vigilance particulière. Alors même que leur rôle a été déterminant lors de la crise sanitaire récente, leur positionnement futur fait l’objet d’interrogations, avec un objectif affiché de clarification à l’horizon 2027. Les travaux engagés doivent permettre d’apprécier leur contribution au parcours de soins, tant en amont qu’en aval des prises en charge critiques, et d’évaluer leur rôle dans l’équilibre global de l’offre.
À cet égard, les unités de surveillance continue cristallisent un triple enjeu majeur. Elles participent d’abord directement à la qualité et à la sécurité des soins, conditionnent ensuite l’accès à certaines activités spécialisées indispensables au sein des territoires, et structurent enfin les relations avec les praticiens.
Au-delà de ces trois dimensions, leur rôle potentiel en situation de crise sanitaire grave rappelle leur utilité stratégique dans la capacité d’adaptation du système de santé. Toute évolution de leur statut ou de leur organisation doit ainsi être envisagée avec rigueur et discernement, en mesurant pleinement ses impacts sur la continuité des prises en charge, l’équilibre territorial de l’offre et l’attractivité des établissements.
L’enjeu dépasse les seuls acteurs privés et concerne l’ensemble du système hospitalier. À l’heure où les décisions prises engageront durablement l’organisation des soins à l’horizon 2027, il est essentiel de privilégier une approche concertée, fondée sur l’évaluation des besoins réels de la population et sur la préservation des capacités existantes.
Frédérique Gama
Présidente de la FHP-MCO