Souvent banalisée, la migraine constitue pourtant une pathologie neurologique potentiellement invalidante. Si de nombreux patients souffrent de formes modérées, près de 2 % d’entre eux présentent des formes sévères, caractérisées par leur intensité, leur fréquence et leur impact sur la qualité de vie. Faisons le point.

Qu’est-ce qu’une migraine ?
La migraine concerne environ 15 % de la population adulte, avec une légère prédominance féminine (environ 2 femmes pour un homme). Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), en 2021, la migraine occupait le troisième rang en ce qui concerne la charge de morbidité globale liée aux maladies neurologiques.
Loin d’être un simple mal de tête, elle résulte d’une hyperexcitabilité neuronale associée à des mécanismes neurovasculaires, survenant sur un terrain génétique et influencée par des facteurs environnementaux.
Cette affection neurologique chronique évolue par crises et se caractérise principalement par des céphalées récurrentes, le plus souvent unilatérales, d’intensité modérée à sévère au caractère pulsatile. Ces douleurs peuvent durer de quelques heures à plusieurs jours.
Parmi les principaux symptômes associés, on retrouve :
- Des nausées et/ou vomissements ;
- Une photophobie (intolérance à la lumière) ;
- Une phonophobie (intolérance au bruit).
On distingue plusieurs types de migraines :
- La migraine sans aura, la plus fréquente : elle se manifeste le plus souvent d’un seul côté du crâne, avec une sensation de battements.
- La migraine avec aura : les auras typiques comportent des troubles visuels, sensitifs, du langage et/ou de la parole, voire des troubles moteurs.
- La migraine hémiplégique familiale, plus rare : cette forme particulière se caractérise par une aura avec une paralysie transitoire associée à des troubles sensitifs, visuels ou du langage. Héréditaire, elle dépend d’un gène muté. La transmission de la maladie est autosomique dominante, ce qui signifie qu’une personne atteinte a 50 % de risque de transmettre la mutation à chacun de ses enfants.
Quel que soit le type de migraine, les crises peuvent être espacées ou fréquentes, avec des facteurs déclenchants identifiés par les patients : stress, variations hormonales, manque de sommeil, certains aliments, ou encore des modifications environnementales.
Le diagnostic de la migraine repose avant tout sur un interrogatoire clinique (anamnèse) mettant en évidence une symptomatologie évocatrice, associé à un examen neurologique, réalisé de manière approfondie.
Quand parle-t-ton de migraine sévère ?
Les migraines sévères constituent une forme particulièrement invalidante de la maladie migraineuse, dont le retentissement dépasse largement la seule douleur. Elles peuvent devenir chroniques lorsque les céphalées surviennent au moins quinze jours par mois, dont au moins huit jours avec des caractéristiques migraineuses. Lors des crises, certains patients doivent interrompre toute activité et s’isoler dans l’obscurité et le silence. À long terme, cela peut altérer durablement la qualité de vie, l’activité professionnelle et la santé mentale.
Au-delà de la douleur, les migraines sévères s’accompagnent d’un véritable « cortège » de symptômes. Elles se caractérisent notamment par :
- Une intensité douloureuse élevée, souvent décrite comme insupportable ;
- Une durée prolongée des crises ;
- Une fréquence importante des épisodes ;
- Un retentissement significatif sur la vie quotidienne, professionnelle et sociale.
Elles peuvent également inclure une fatigue intense, des troubles de la concentration, une hypersensibilité sensorielle marquée, voire des troubles cognitifs transitoires.
Quelle prise en charge en cas de migraines sévères ?
La prise en charge des migraines sévères repose sur une approche combinée, associant traitement de crise et traitement de fond, adaptée au profil du patient et à la sévérité des symptômes.
Le traitement de la crise : il vise à soulager rapidement la douleur et les symptômes associés.
Il repose sur :
- des antalgiques (paracétamol) ;
- des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ;
- des triptans, indiqués dans les formes modérées à sévères, en raison de leur action spécifique sur les mécanismes de la migraine. Leur efficacité dépend toutefois de la précocité de la prise ;
- Des antiémétiques peuvent être associés en cas de nausées ou de vomissements.
Le traitement de fond : en fonction de la fréquence et de l’intensité des crises, le médecin peut être amené à prescrire un traitement de fond à prendre régulièrement. Ce traitement ne fait pas disparaître totalement les crises, mais vise à améliorer la qualité de vie et à réduire le risque d’abus médicamenteux lié aux traitements de crise.
Plusieurs classes thérapeutiques peuvent être utilisées :
- De bêtabloquants ;
- Des antiépileptiques ;
- Des antidépresseurs ;
- Des anticorps monoclonaux.
Le choix du traitement repose sur le profil du patient, ses comorbidités et la tolérance des médicaments. Par ailleurs, la prise en charge ne se limite pas aux traitements pharmacologiques. L’identification et la gestion des facteurs déclenchants constituent un levier important. Une démarche individualisée repose sur le repérage des facteurs propres à chaque patient, afin de limiter la survenue des crises et d’en réduire la fréquence.
Il peut s’agir :
- De réguler les rythmes de sommeil ;
- De gérer le stress en identifiant les situations à risque ;
- D’adapter son alimentation ;
- De s’hydrater suffisamment chaque jour ;
- De limiter sa consommation d’alcool.
D’autres mesures hygiéno-diététiques complètent cette prise en charge :
- La pratique régulière d’une activité physique d’endurance (environ 2h30 par semaine, comme la marche rapide, le vélo ou la course) ;
- L’arrêt du tabac est également encouragé.
Ces mesures s’inscrivent en complément des traitements médicamenteux antimigraineux, visant à atténuer l’intensité des crises et, lorsque cela est possible, à en prévenir la récurrence.
La prise en charge des migraines sévères repose sur une évaluation clinique rigoureuse, une adaptation thérapeutique individualisée et une implication active du patient dans l’identification de ses facteurs déclenchants.
Un repérage précoce et une stratégie adaptée permettent d’améliorer significativement la qualité de vie des patients et de limiter l’évolution vers des formes chroniques.
Céline KERUZORE
Sources :
https://www.ameli.fr/yvelines/assure/sante/themes/migraine/symptomes-facteurs-declenchants-evolution
https://www.vidal.fr/maladies/douleurs-fievres/migraine/traitements-migraine.html
https://www.vidal.fr/actualites/30481-migraine-au-dela-de-la-cephalee-tout-un-corpus-de-signes.html
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/headache-disorders
https://www.ameli.fr/yvelines/assure/sante/themes/migraine/diagnostic-traitement
https://presse.inserm.fr/canal-detox/des-regimes-miracles-contre-la-migraine-vraiment/
https://www.inserm.fr/dossier/migraine/
https://www.larevuedupraticien.fr/article/anticorps-anti-cgrp-et-migraine
https://neurologies.fr/prise-en-charge-de-la-migraine-etat-des-lieux-et-perspectives/
https://www.ffn-neurologie.fr/maladies/la-migraine/
https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/headache-disorders