Gilbert BARBIER est Séna­teur du Jura et auteur du rap­port en juil­let 2011 “Per­tur­ba­teurs endocriniens, le temps de la pré­cau­tion”

En tant que chirurgien vous avez été amené à vous intéress­er aux per­tur­ba­teurs endocriniens, com­ment la recherche peut-elle faire avancer les choses ?
La san­té en général m’a amené à m’in­téress­er, aus­si en tant qu’homme poli­tique, aux per­tur­ba­teurs endocriniens. Avec les per­tur­ba­teurs endocriniens, il s’agit avant tout d’un prob­lème nou­veau pour lequel la recherche évolue de jour en jour. Le souci c’est qu’on manque de don­nées épidémi­ologiques qui ne sont pas évi­dentes à obtenir et qui peu­vent naturelle­ment être con­testées par les indus­triels. Les expéri­ences pos­i­tives con­statées dans le milieu naturel ou sur l’animal sont-elles trans­pos­ables à l’homme ? Des pro­jets d’observation (accord Elfe) sur plusieurs dizaines de mil­liers d’enfants nous per­me­t­tront de mieux cern­er dans 20 ans, peut-être moins, l’impact de ces pro­duits sur l’organisme.

Faudrait-il, selon vous, pren­dre des mesures restric­tives con­cer­nant les per­tur­ba­teurs endocriniens ?

En ce qui con­cerne les per­tur­ba­teurs endocriniens, il y a non seule­ment un prob­lème de pro­duit mais égale­ment de cibles, dont cer­taines beau­coup plus frag­iles. Ils sont partout et il est néces­saire d’alerter, voire d’interdire, ces pro­duits aux femmes enceintes et aux jeunes enfants. J’ai longtemps exer­cé la chirurgie infan­tile et j’ai été sen­si­bil­isé à ces sujets suite aux scan­dales du dis­till­bène et du chlordé­cone. Je crois qu’il s’agit d’un sig­nal d’alerte. Il est néces­saire d’appliquer le principe de pré­cau­tion. Le bis­phénol A util­isé dans les pare-chocs des voiture n’est cer­taine­ment pas très dan­gereux pour la race humaine mais celui que l’on trou­ve dans les poches de per­fu­sion des pré­maturés l’est cer­taine­ment beau­coup plus.

Com­ment appli­quer con­crète­ment le principe de pré­cau­tion dans les étab­lisse­ments hos­pi­tal­iers ?
Ce n’est évidem­ment pas facile pour les étab­lisse­ments hos­pi­tal­iers de rem­plac­er les biberons en plas­tique par des biberons en verre ou d’opter pour des pro­duits d’hygiène sans parabènes, car cela implique que les phar­ma­cies des clin­iques fassent une demande de sub­sti­tu­tion auprès des indus­triels. Or il faut tra­vailler d’un com­mun accord avec les indus­triels et les intéress­er afin qu’ils utilisent des pro­duits de sub­sti­tu­tion. Un exem­ple sim­ple, il existe des phta­lates à chaîne courte et à chaîne longue, ces derniers sem­bleraient entraîn­er une moin­dre per­tur­ba­tion endocrini­enne, or ils coû­tent 1,5 fois plus cher que les phta­lates à chaîne courte. En con­séquence de quoi les indus­triels se dis­ent oblig­és d’augmenter leur prix de vente !