Les infec­tions asso­ciées aux soins (IAS), com­muné­ment appelées infec­tions noso­co­mi­ales, représen­tent un enjeu majeur de san­té publique. Com­ment se trans­met­tent-elles ? Quelles sont les mesures à met­tre en place pour les éviter ? Expli­ca­tions.

Selon l’Inserm, env­i­ron 6 % des patients qui séjour­nent à l’hôpital con­tractent une infec­tion au sein de l’établissement. Ces infec­tions noso­co­mi­ales ou « IAS » seraient respon­s­ables de 4 000 décès annuels en France pré­cise la Fon­da­tion pour la Recherche Médi­cale.

Au-delà des sta­tis­tiques, ces infec­tions génèrent le plus sou­vent : un allonge­ment des durées d’hos­pi­tal­i­sa­tion, une résis­tance crois­sante aux antibi­o­tiques, un risque de sur­mor­tal­ité. Face à cette prob­lé­ma­tique com­plexe et mul­ti­fac­to­rielle, la com­préhen­sion des mécan­ismes de trans­mis­sion et le déploiement rigoureux de straté­gies préven­tives sont indis­pens­ables pour tous les pro­fes­sion­nels de san­té.

 

Qu’entendons-nous par « infection nosocomiale » ?

Une infec­tion noso­co­mi­ale se définit comme une infec­tion absente lors de l’ad­mis­sion du patient et qui se développe au moins 48 heures après son entrée dans l’étab­lisse­ment de san­té.

 

Les 4 infections nosocomiales les plus fréquentes sont : 

  • Les infec­tions uri­naires, sou­vent liées au sondage vési­cal.
  • Les infec­tions des voies res­pi­ra­toires, par­ti­c­ulière­ment chez les patients ven­tilés.
  • Les infec­tions du site opéra­toire, c’est-à-dire de la zone du corps opérée.
  • Les infec­tions du sang, les infec­tions liées aux cathéters vas­cu­laires, ain­si que les infec­tions diges­tives.

Une étude pub­liée par San­té publique France en 2023 a mon­tré que les micro-organ­ismes les plus impliqués dans les infec­tions noso­co­mi­ales sont des bac­téries de type Escherichia coli (22,2 % des ger­mes isolés), Staphy­lo­coc­cus aureus (12,2 %), Ente­ro­coc­cus fae­calis (7 %) et Pseudomonas aerug­i­nosa (6,9 %). La bac­térie Escherichia coli fait par­tie de notre micro­biote intesti­nal. Comme Ente­ro­coc­cus fae­calis, elle vit naturelle­ment dans nos intestins, où elle ne provoque en général aucun symp­tôme. La bac­térie Staphy­lo­coc­cus aureus est quant à elle présente dans la muqueuse du nez, de la gorge et sur le périnée chez env­i­ron 15 à 30 % des êtres humains. En revanche, Pseudomonas aerug­i­nosa se retrou­ve plutôt dans l’environnement, et en par­ti­c­uli­er à l’hôpital.

 

Les principaux modes de transmission

La trans­mis­sion des agents pathogènes en milieu hos­pi­tal­ier emprunte plusieurs voies :

  • La trans­mis­sion manu­portée con­stitue le vecteur prin­ci­pal. Les mains des soignants trans­portent quo­ti­di­en­nement une mul­ti­tude de micro-organ­ismes d’un patient à l’autre, d’une sur­face con­t­a­m­inée vers un patient vul­nérable. Cette con­t­a­m­i­na­tion croisée explique la majorité des épidémies noso­co­mi­ales.
  • La trans­mis­sion par gout­telettes con­cerne les agents pathogènes res­pi­ra­toires expul­sés lors de la toux, des éter­nue­ments ou sim­ple­ment de la parole. Ces gout­telettes par­courent générale­ment moins d’un mètre avant de retomber sur les sur­faces envi­ron­nantes ou les muqueuses d’une per­son­ne proche.
  • La trans­mis­sion aéro­portée implique des par­tic­ules de très petite taille (moins de 5 microns) capa­bles de rester en sus­pen­sion dans l’air pen­dant des péri­odes pro­longées et de par­courir de longues dis­tances.
  • La trans­mis­sion par con­tact direct avec des liq­uides biologiques (sang, urines, sécré­tions) ou indi­rect via des sur­faces et équipements con­t­a­m­inés (dis­posi­tifs médi­caux, tables d’ex­a­m­en, poignées de porte) com­plète ce tableau épidémi­ologique.

 

Facteurs favorisant la transmission des agents pathogènes

Les patients hos­pi­tal­isés présen­tent fréquem­ment des défens­es immu­ni­taires affaib­lies par leur patholo­gie sous-jacente, leur âge avancé, leurs traite­ments immuno­sup­presseurs ou leur dénu­tri­tion. Cette vul­néra­bil­ité con­stitue le pre­mier mail­lon de la chaîne infec­tieuse.

Les actes invasifs mul­ti­plient les portes d’en­trée pour les micro-organ­ismes : cathéters vas­cu­laires cen­traux ou périphériques, son­des uri­naires, drains, intu­ba­tion tra­chéale, inter­ven­tions chirur­gi­cales. Chaque effrac­tion des bar­rières naturelles représente un risque poten­tiel d’in­fec­tion.

L’u­til­i­sa­tion inten­sive et par­fois inap­pro­priée des antibi­o­tiques a égale­ment favorisé l’émer­gence de bac­téries mul­ti­ré­sis­tantes aux antibi­o­tiques et de bac­téries haute­ment résis­tantes émer­gentes.

La den­sité de patients, la promis­cuité dans cer­tains ser­vices, les flux impor­tants de per­son­nel et de vis­i­teurs, ain­si que la pres­sion tem­porelle pesant sur les équipes soignantes créent des con­di­tions favor­ables à la dis­sémi­na­tion des agents pathogènes.

Enfin, l’en­vi­ron­nement hos­pi­tal­ier lui-même peut con­stituer un réser­voir : sur­faces insuff­isam­ment dés­in­fec­tées, équipements mal entretenus, sys­tèmes d’eau con­t­a­m­inés par des légionelles, matériel médi­cal réu­til­is­able mal retraité.

 

Les populations à risque

Cer­taines pop­u­la­tions présen­tent une sus­cep­ti­bil­ité accrue aux infec­tions noso­co­mi­ales. Les patients de réan­i­ma­tion cumu­lent de nom­breux fac­teurs de risque : immun­odé­pres­sion, dis­posi­tifs invasifs mul­ti­ples, antibio­thérapie à large spec­tre, durée de séjour pro­longée. Les nou­veau-nés pré­maturés, dont le sys­tème immu­ni­taire reste imma­ture, man­i­fes­tent égale­ment une vul­néra­bil­ité par­ti­c­ulière. Les per­son­nes âgées, les patients trans­plan­tés, ceux atteints de can­cer sous chimio­thérapie, les grands brûlés ou les dia­bé­tiques com­plè­tent ce tableau des pop­u­la­tions frag­iles néces­si­tant une vig­i­lance ren­for­cée.

 

4 principales recommandations à suivre pour prévenir la survenue des infections nosocomiales

La lutte con­tre les infec­tions noso­co­mi­ales repose sur une approche glob­ale, sys­té­ma­tique et mul­ti­dis­ci­plinaire impli­quant l’ensem­ble des acteurs de l’étab­lisse­ment de san­té.

  • Se laver les mains avant et après chaque acte médi­cal. Les pro­fes­sion­nels doivent maîtris­er la fric­tion hydro-alcoolique (FHA) et le lavage au savon, en respec­tant scrupuleuse­ment les cinq indi­ca­tions de l’OMS : avant de touch­er un patient, avant un geste asep­tique, après un risque d’ex­po­si­tion à un liq­uide biologique, après avoir touché un patient, après avoir touché l’en­vi­ron­nement du patient.
  • Porter des gants lors d’un con­tact avec des liq­uides biologiques, un masque et des lunettes lors d’un risque de pro­jec­tion.
  • Faire un bon usage des antibi­o­tiques. Cela vise à préserv­er l’ef­fi­cac­ité de ces molécules en évi­tant les pre­scrip­tions inutiles, en priv­ilé­giant les molécules à spec­tre étroit, en respec­tant les posolo­gies et durées recom­mandées, et en réé­val­u­ant sys­té­ma­tique­ment les traite­ments après doc­u­men­ta­tion micro­bi­ologique.
  • Entretenir les espaces et les équipements. L’en­tre­tien des locaux doit obéir à des pro­to­coles stricts définis­sant les pro­duits, les fréquences et les tech­niques de net­toy­age-dés­in­fec­tion. Les sur­faces fréquem­ment touchées (poignées, télé­com­man­des, ram­pes de lit) requièrent une atten­tion par­ti­c­ulière. Le retraite­ment des dis­posi­tifs médi­caux réu­til­is­ables suit des procé­dures stan­dard­is­ées de dés­in­fec­tion ou stéril­i­sa­tion selon leur niveau de crit­ic­ité. La main­te­nance des instal­la­tions tech­niques (cli­ma­ti­sa­tion, eau) prévient les con­t­a­m­i­na­tions envi­ron­nemen­tales.

La préven­tion des infec­tions noso­co­mi­ales exige une vig­i­lance per­ma­nente, une rigueur sans faille et un engage­ment col­lec­tif de l’ensem­ble des pro­fes­sion­nels. L’ap­pli­ca­tion rigoureuse des recom­man­da­tions per­met de réduire sig­ni­fica­tive­ment l’in­ci­dence de ces infec­tions évita­bles et d’amélior­er la sécu­rité des patients con­fiés à nos soins.

Céline KERUZORE

 

Sources : 

https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2020–11/fiche_pedagogique_prevention_infection_soins_certification.pdf

https://www.inserm.fr/dossier/infections-nosocomiales/#:~:text=Environ%206%20%25%20des%20patients%20qui,respect%20des%20mesures%20de%20pr%C3%A9vention

https://www.frm.org/fr/maladies/recherches-maladies-infectieuses/infections-nosocomiales/focus-les-infections-nosocomiales

https://www.aphp.fr/quest-ce-quune-infection-nosocomiale

https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2023/infections-nosocomiales-et-traitements-anti-infectieux-en-etablissements-de-sante-resultats-de-l-enquete-nationale-de-prevalence-2022

https://www.pasteur.fr/sites/default/files/rubrique_nous_soutenir/lip/lip72_infections_nosocomiales-institut-pasteur.pdf