Il aura fal­lu une décen­nie de dis­cus­sions, de recours et de tra­vail col­lec­tif, avec les syn­di­cats médi­caux et l’ensemble des fédéra­tions hos­pi­tal­ières, pour aboutir à un dis­posi­tif enfin sta­bil­isé autour de la pro­fes­sion d’infirmier de bloc opéra­toire. Après des années d’incertitudes, le décret du 23 octo­bre 2024 et les arrêtés du 21 jan­vi­er 2025 ouvrent une nou­velle étape : celle d’une mise en œuvre prag­ma­tique, pro­gres­sive, qui prend en compte la réal­ité du ter­rain et l’urgence de préserv­er l’activité opéra­toire. La recon­nais­sance de l’expertise IBODE ne pou­vait plus atten­dre ; pour­tant, il était impens­able de frag­ilis­er les blocs déjà con­fron­tés à des ten­sions de recrute­ment. Le min­istère de la San­té a fait le choix d’un équili­bre, fondé sur une écoute atten­tive des acteurs de ter­rain. Cette avancée mérite d’être saluée.

Le dis­posi­tif est désor­mais déployé. Il engage l’ensemble des par­ties prenantes – étab­lisse­ments de san­té, ARS, pré­fec­tures, écoles IBODE, DREETS – dans un mou­ve­ment cohérent, respon­s­able et col­lec­tif. Il était indis­pens­able de for­malis­er ces engage­ments dans un con­trat com­mun. La final­i­sa­tion de ce doc­u­ment est une étape majeure : il sécurise juridique­ment les blocs opéra­toires, apporte de la vis­i­bil­ité aux pro­fes­sion­nels et trace une tra­jec­toire claire jusqu’à l’horizon 2031. La FHP en est sig­nataire, con­va­in­cue que l’avenir des IBODE se con­stru­it par un dia­logue équili­bré entre les employeurs, les représen­tants de la pro­fes­sion, les chirurgiens et l’État.

Ce con­trat est une réponse à une réal­ité objec­tivée par l’enquête de 2023 : près de deux tiers des infir­miers exerçant en bloc réalisent des actes IBODE. Les engage­ments désor­mais actés fix­ent une ambi­tion claire : garan­tir l’exclusivité IBODE, tout en accom­pa­g­nant les IDE vers la for­ma­tion ou la val­i­da­tion des acquis. L’État apporte pour cela un sou­tien décisif, à la fois financier et struc­turel. Les moyens alloués via les ARS per­me­t­tront d’augmenter les capac­ités de for­ma­tion et de sécuris­er le retour des pro­fes­sion­nels dans les étab­lisse­ments qui ont investi dans leur mon­tée en com­pé­tences.

C’est un change­ment de cul­ture. L’avenir des blocs opéra­toires passe par la mon­tée en com­pé­tence et par la val­ori­sa­tion des par­cours pro­fes­sion­nels. Les étab­lisse­ments s’organisent pour plan­i­fi­er les départs en for­ma­tion, les écoles IBODE pour accueil­lir de nou­velles pro­mo­tions, et l’État pour garan­tir les finance­ments néces­saires, le main­tien des salariés for­més dans leur étab­lisse­ment d’origine, et pilot­er le suivi du dis­posi­tif.

L’horizon est fixé en 2031. Il ne s’agit plus seule­ment de répon­dre à une oblig­a­tion régle­men­taire, mais de con­stru­ire une spé­cial­i­sa­tion attrac­tive, recon­nue et durable. Avec ce con­trat, la pro­fes­sion se voit enfin dotée d’un cadre solide, lis­i­ble, à la hau­teur des enjeux. Le temps de l’incertitude est, espérons-le, der­rière nous. Place à l’action et à la réus­site col­lec­tive.

Frédérique Gama
Prési­dente de la FHP-MCO