
Pr Carole MATHELIN, présidente de l’Académie nationale de chirurgie, Professeur (PU-PH) de gynécologie-obstétrique à la Faculté de médecine et au CHU de Strasbourg, cheffe du service de chirurgie de l’Institut de cancérologie de Strasbourg (ICANS).
Comment l’Académie nationale de chirurgie (ANC) travaille-t-elle sur l’impact de l’environnement sur les maladies ?
L’Académie nationale de chirurgie s’attache à déterminer scientifiquement l’impact de l’environnement sur certaines maladies. Beaucoup d’affirmations circulent sans preuves solides. L’ANC, qui regroupe les 13 spécialités chirurgicales, mobilise de nombreux experts menant des recherches rigoureuses. Le cancer du sein restant la première cause de mortalité par cancer en France, l’ANC encourage les projets fondés sur une méthodologie robuste et soutient en priorité ceux qui explorent les liens entre environnement et maladies du sein.
L’étude à laquelle nous contribuons consiste à rechercher et doser 500 pesticides, quatre PFAS et 30 métaux présents dans les tumeurs mammaires opérées et avec le consentement des patientes bien entendu. Sur les pesticides que nous avons déjà pu doser, 40 retiennent notre attention. Tous les PFAS suscitent notre inquiétude : les résultats seront publiés très prochainement. Parmi les métaux, le plomb représente un facteur préoccupant de toxicité et d’agressivité tumorale ; il est nécessaire d’abaisser les seuils autorisés. L’Europe s’est saisie de cette question et devrait réduire ces seuils prochainement. Les autres métaux sont en cours d’analyse.
Ces constats doivent nourrir la réflexion collective et renforcer les campagnes de santé publique. Parallèlement, l’ANC organise des groupes de travail pour réduire l’empreinte environnementale du bloc opératoire et des services de chirurgie.
Comment ouvrez-vous vos activités à l’international ?
En octobre se tiendront, entre Strasbourg et Paris, les 31e Rencontres internationales de sénologie de Strasbourg et les Rencontres internationales de chirurgie francophone, organisées à l’initiative de l’Académie nationale de chirurgie, de la Société internationale de sénologie, du Collège national des gynécologues et obstétriciens français et de l’Institut de cancérologie Strasbourg Europe (https://www.rencontres-internationales-de-senologie.org/fr/).
Vingt pays seront représentés pour réfléchir collectivement à de meilleures façons de gérer, diagnostiquer, opérer et prévenir le cancer du sein. Par ailleurs, le jeudi 9 octobre après-midi, l’ANC sera reçue à la Cour européenne des droits de l’homme.
Les cancers hormono-dépendants se développent partout dans le monde. Selon les prévisions, si rien n’est entrepris, la mortalité continuera de croître, alors même que des progrès considérables sont réalisés en matière de dépistage et de traitement : une situation paradoxale qui sera discutée lors de ces rencontres.
Comment encouragez-vous l’innovation ?
L’ANC se réunit chaque mercredi après-midi. À cette occasion, chaque spécialité présente un thème, accessible en direct ou en replay (https://www.academie-chirurgie.fr/les-seances-de-lacademie). Chaque présentation se conclut par un focus sur les innovations attendues dans la pathologie concernée.
Pour le cancer du sein, ces innovations concernent par exemple la radiothérapie peropératoire pour certaines patientes, le recours à l’intelligence artificielle pour le diagnostic précoce ou encore les recherches autour du soutien-gorge intelligent.
Comment abordez-vous la défense de la place des femmes dans la chirurgie ?
Je souhaite qu’il y ait davantage d’académiciennes au sein de l’ANC. C’est pourquoi je me réjouis de recevoir d’excellentes candidatures féminines. Il ne s’agit pas de prendre toute la place, mais de la partager.
L’ANC veille à ce que les femmes puissent accéder à des carrières hospitalo-universitaires, malgré les obstacles liés notamment à l’année de mobilité. Nous travaillons à proposer des parcours qui tiennent compte de ces particularités, afin de leur permettre d’atteindre ces postes.
Je regrette cependant qu’il y ait encore si peu de femmes présidentes de CME, doyennes de faculté ou cheffes de service. Sur le terrain, elles sont présentes, il faut aussi qu’elles accèdent aux postes de direction. Nous ne sommes pas favorables à l’instauration de quotas, mais nous voulons que chacun et chacune ait la liberté de choisir sa spécialité.
À ces préoccupations s’ajoutent les enjeux liés aux établissements et à la politique de santé en France. Dans les établissements et sur le territoire, les professionnels rencontrent de nombreuses difficultés, alors même que la médecine française est d’excellent niveau. Nous sommes arrivés au terme d’un cycle, et l’Académie, fortement impliquée dans l’ensemble des services de chirurgie, doit contribuer à la réflexion collective
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