Jean-Mar­tin Cohen Solal est directeur général de la Mutu­al­ité Française.

Quelle est votre posi­tion sur la ques­tion des dépasse­ments d’honoraires ?
Depuis la réforme qui a instau­ré le secteur II en 1981, le ‘tact et la mesure’ recom­mandés ont large­ment été oubliés. Les dépasse­ments d’honoraires créent des iné­gal­ités d’accès aux soins. Aujourd’hui, il n’y a qua­si­ment plus de chirurgiens en secteur 1. Les patients se deman­dent com­ment ils vont pay­er… Bien sûr, il existe une oblig­a­tion légale d’établir un devis. Cepen­dant, dans la réal­ité, ce n’est pas tou­jours le cas… La rela­tion patient / médecin est une rela­tion de con­fi­ance, pas de négo­ci­a­tion. Et quand un prati­cien demande un dépasse­ment trop impor­tant, ce n’est plus la sécu, mais les com­plé­men­taires qui por­tent le coût du soin. Le secteur II inverse la logique du rem­bourse­ment : quand un médecin de ville fac­ture sa con­sul­ta­tion 60 euros, les com­plé­men­taires rem­boursent plus que la part de la sécu­rité sociale. Nous sommes par­fois le payeur essen­tiel. Il faut retrou­ver une cer­taine oppos­abil­ité. Le secteur option­nel pour­rait être un moyen si il con­tient des con­trepar­ties en ter­mes de qual­ité notam­ment. Pour autant, il ne doit pas servir à blo­quer la réé­val­u­a­tion des tar­ifs de la sécu­rité sociale. Ce serait totale­ment con­tre-pro­duc­tif.

Les tar­ifs de cer­tains actes de chirurgie n’ont pas été réé­val­ués depuis 1961… N’est-ce pas une expli­ca­tion des dépasse­ments d’honoraires ?
C’est cepen­dant aus­si à rel­a­tivis­er : les spé­cial­istes évo­quent tou­jours l’absence de réé­val­u­a­tion des tar­ifs… A ce sujet, je vous invite à con­sul­ter le rap­port du Haut con­seil pour l’avenir de l’assurance mal­adie. Il y est écrit que sur 20 ans, si l’on prend en compte les for­faits attribués pour des pris­es en charge spé­ci­fiques, les revenus des pro­fes­sions de san­té ont aug­men­té plus vite que ceux des cadres. Bien sûr, les chirurgiens doivent être cor­recte­ment rémunérés, mais il faut que tout le monde fasse des efforts. Nous avons tous intérêt à solv­abilis­er la san­té.

Que pensez-vous du secteur option­nel ?
Le secteur option­nel peut évidem­ment être intéres­sant, mais à mon avis, la taxe Fil­lon maquille une déci­sion poli­tique. Le gou­verne­ment s’est pronon­cé con­tre le secteur option­nel. Car s’il faut que tout le monde fasse un effort, il faut que l’effort soit répar­ti. Les mutuelles ne peu­vent pas, à elles seules, sup­port­er la réor­gan­i­sa­tion du finance­ment de la san­té en France.