Jaunisse néonatale :  Quel est l’intérêt de la photothérapie ?

Phénomène rel­a­tive­ment fréquent et le plus sou­vent bénin, la plu­part des nour­ris­sons dévelop­pent une jau­nisse, égale­ment appelée « ictère du nou­veau-né », dans les pre­miers jours suiv­ant leur nais­sance. Pour la traiter, il est néces­saire d’avoir recours à la pho­tothérapie. Cette tech­nique médi­cale con­siste à utilis­er la lumière bleue pour ralen­tir la pro­gres­sion de la jau­nisse en réduisant le taux de biliru­bine. Com­ment fonc­tionne-t-elle ? Dans quel cas y avoir recours ? Nous vous présen­tons l’intérêt de ce dis­posi­tif.

Qu’est-ce que la jaunisse néonatale ?

Lors de sa nais­sance, le nour­ris­son pos­sède un nom­bre de glob­ules rouges par­ti­c­ulière­ment élevé. Le pig­ment rouge (l’hé­mo­glo­bine) con­tenu dans ces glob­ules rouges, se trans­forme alors en un pig­ment bil­i­aire jaune appelé « la biliru­bine ». Au lieu d’être métabolisé par le foie et élim­iné par les urines et les sell­es, ce pig­ment est par­fois stocké en par­tie dans la peau et les muqueuses car le foie n’est pas encore assez mature pour élim­in­er toute la biliru­bine pro­duite par son corps.

Cela se man­i­feste alors par une col­oration jaunâtre de la peau, des muqueuses et du blanc de l’œil du bébé. Elle peut être davan­tage orangée chez ceux dont la peau est naturelle­ment rouge.

La plu­part du temps bénigne, la jau­nisse dis­paraît le plus sou­vent de façon naturelle en seule­ment quelques jours, lorsque le foie devient plus effi­cace pour élim­in­er lui-même l’excédent de biliru­bine.

Certains bébés sont davantage exposés à la jaunisse :

  • Les pré­maturés ;
  • Ceux qui ont peu d’ap­pétit ;
  • Ceux qui sont allaités par leur mère ;
  • Ceux dont les frères et sœurs ont eu la jau­nisse ;
  • Ceux qui ont des glob­ules rouges frag­iles (en par­ti­c­uli­er chez les pop­u­la­tions méditer­ranéennes, africaines ou asi­a­tiques) ;
  • Ceux qui présen­tent un hématome à la suite d’un accouche­ment dif­fi­cile.

Les quatre principales causes de jaunisse chez le nouveau-né

La « jau­nisse bénigne » ou « ictère phys­i­ologique ». C’est la forme la plus fréquente. Elle se développe car le foie n’est pas encore assez mature pour trans­former et élim­in­er la biliru­bine pro­duite en quan­tité impor­tante. Elle appa­raît vingt-qua­tre à quar­ante-huit heures après la nais­sance et dis­paraît spon­tané­ment après dix à quinze jours de vie.

La jau­nisse d’al­laite­ment au sein. Elle se développe chez un nour­ris­son allaité au sein durant les pre­mières semaines de vie. L’al­laite­ment aug­mente la cir­cu­la­tion entéro­hé­pa­tique de la biliru­bine chez cer­tains nour­ris­sons qui présen­tent en plus une diminu­tion de l’ap­port en lait ain­si qu’une déshy­drata­tion ou un faible apport calorique. L’aug­men­ta­tion de la cir­cu­la­tion entéro­hé­pa­tique peut égale­ment résul­ter de faibles con­cen­tra­tions en bac­téries intesti­nales qui con­ver­tis­sent la biliru­bine en métabo­lites non résor­bés.

La jau­nisse due au lait mater­nel. Elle est dif­férente de celle liée à l’al­laite­ment au sein. Elle appa­raît cinq à sept jours après la nais­sance et est max­i­mal à env­i­ron deux semaines. Elle est prob­a­ble­ment provo­quée par une con­cen­tra­tion aug­men­tée de bêta-glu­curonidase excrétée dans le lait, provo­quant une aug­men­ta­tion de la décon­ju­gai­son et de la réab­sorp­tion de la biliru­bine.

La jau­nisse pour « l’incompatibilité de groupes de rhé­sus » entre la mère et l’enfant. Beau­coup plus rare, elle doit être sus­pec­tée quand l’ictère per­siste plus de quinze jours. L’incompatibilité san­guine survient lorsque le sang de la mère est de rhé­sus négatif et que celui de l’enfant est de rhé­sus posi­tif. La mère fab­rique alors des anti­corps qui vont détru­ire les glob­ules rouges du bébé. On par­le alors de la « mal­adie hémoly­tique du nou­veau-né ».

Comment dépister la jaunisse néonatale ?

La sur­veil­lance se fait grâce à un biliru­bi­nomètre tran­scu­tané (BTC). Ce petit appareil per­met de « flash­er » la peau du nour­ris­son afin de mesur­er de façon instan­ta­née, le taux de biliru­bine au con­tact de son épi­derme. Celui-ci indique alors le taux de biliru­bine dans le sang. Si ce taux est trop élevé (de 130 à 150 mg/l), selon les courbes définies selon l’âge du bébé, une prise de sang per­me­t­tra d’effectuer un dosage de la biliru­bine dans le sang.

Un taux exces­sif peut s’avérer dan­gereux pour la san­té du nou­veau-né. Elle peut en effet avoir un effet tox­ique sur ses reins et son cerveau et engen­dr­er des lésions cérébrales. C’est ce qu’on appelle « l’ic­tère nucléaire ». Non traité, ce type d’ictère rel­a­tive­ment rare, peut entraîn­er des lésions cérébrales respon­s­ables d’un retard du développe­ment, d’une infir­mité motrice cérébrale, d’une perte audi­tive, de con­vul­sions, voire d’un décès.  

La photothérapie, une technique médicale permettant de traiter efficacement la jaunisse

La pho­tothérapie est le dis­posi­tif le plus couram­ment util­isé pour traiter les cas de jau­nisse. Elle con­siste à plac­er le nour­ris­son nu dans une cou­veuse et à pro­jeter des rayons de lumières bleues sur l’ensemble de son corps afin que sa peau l’absorbe. Par mesure de préven­tion, ses yeux sont pro­tégés des rayons par un ban­deau en tis­su ou par des petites lunettes afin d’éviter tout risque de lésion ocu­laire. Sa tem­péra­ture cor­porelle et son niveau d’hy­drata­tion sont sur­veil­lés pour éviter les coups de chaleur.

Totale­ment indo­lore, cette lumière bleue per­met de dégrad­er la biliru­bine en une sub­stance qui peut par la suite, être facile­ment élim­inée par l’urine et les sell­es.

En général, le nom­bre de séance varie selon l’in­ten­sité de la jau­nisse allant d’une ou deux séances de trois ou qua­tre heures par jour, à plusieurs séances si néces­saire.

En cas de jau­nisse par incom­pat­i­bil­ité san­guine, le traite­ment est adap­té selon la grav­ité des symp­tômes. Une pho­tothérapie seule peut suf­fire, mais il arrive par­fois qu’une trans­fu­sion san­guine soit néces­saire. Heureuse­ment, la mise en place rapi­de d’un traite­ment par pho­tothérapie réduit presque tous les risques de trans­fu­sion san­guine pour les nour­ris­sons atteints d’hyperbilirubinémie sévère.

Sources :