Dr Amélie LANSIAUX, directrice de la direction de l’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins (DAQSS) à la HAS

Pourquoi faire évoluer le référen­tiel de cer­ti­fi­ca­tion des étab­lisse­ments de san­té ?

Avec la cer­ti­fi­ca­tion des étab­lisse­ments de san­té, les recom­man­da­tions de bonnes pra­tiques, les indi­ca­teurs de qual­ité et de sécu­rité des soins, l’accréditation des médecins et des équipes médi­cales, le numérique en san­té, la HAS éla­bore un cadre struc­turant pour tous les étab­lisse­ments de san­té et con­tribue à l’amélioration con­tin­ue de la qual­ité et de la sécu­rité des soins. Elle con­court à garan­tir un sys­tème de san­té de qual­ité, effi­cient et équitable, tout en s’assurant que l’offre de soins cor­re­sponde aux besoins des citoyens et aux pri­or­ités de san­té nationales.

Depuis le 5e cycle, la cer­ti­fi­ca­tion des étab­lisse­ments est cen­trée sur l’évaluation de la pra­tique des pro­fes­sion­nels et sur la col­lab­o­ra­tion entre le pro­fes­sion­nel et le patient, ain­si que sur la pro­mo­tion de l’évaluation du résul­tat. En 2025, le référen­tiel de cer­ti­fi­ca­tion des étab­lisse­ments de san­té évolue. Un nou­veau cycle de cer­ti­fi­ca­tion s’ouvre afin de répon­dre aux évo­lu­tions de la société, aux nou­veautés régle­men­taires, aux change­ments dans les pra­tiques médi­cales et paramédi­cales, ain­si qu’aux enjeux de san­té publique, comme par exem­ple en matière de psy­chi­a­trie et d’antibiorésistance. Enfin, ce cycle vise égale­ment à faire du patient un parte­naire des pro­fes­sion­nels de san­té dans sa prise en charge.

Que con­tient ce nou­veau référen­tiel de cer­ti­fi­ca­tion ?

La struc­tura­tion du référen­tiel de cer­ti­fi­ca­tion en chapitres organ­isés autour d’objectifs, de critères et d’éléments d’évaluation est main­tenue. De même, les méth­odes d’évaluation, l’organisation des vis­ites, les niveaux de déci­sion (rouge, orange ou vert) et le logi­ciel infor­ma­tique restent inchangés. En revanche, trois points impor­tants vont évoluer.

D’une part, le cal­cul des scores est amélioré. Pour qu’ils soient mieux équili­brés, le nom­bre d’objectifs, de critères de con­trôle et d’éléments d’évaluation est har­mon­isé dans chaque chapitre.

Le sec­ond point vise à faciliter la lis­i­bil­ité et l’appropriation du référen­tiel. Chaque chapitre est désor­mais présen­té sur une seule page, des fich­es péd­a­gogiques sont pro­posées, et les thèmes sont réor­gan­isés afin d’être regroupés de manière plus cohérente.

Enfin, même si le nom­bre total de critères a dimin­ué de 11 %, les étab­lisse­ments doivent être vig­i­lants face à la hausse du niveau d’exigence en matière de pra­tique des soignants. La cer­ti­fi­ca­tion ne com­porte plus 17 critères impérat­ifs, mais 21.

Quelles sont les évo­lu­tions sur les critères impérat­ifs de la cer­ti­fi­ca­tion ?

L’un des nou­veaux critères impérat­ifs con­cerne le numérique et plus pré­cisé­ment l’IA. Il vise à accom­pa­g­n­er la ges­tion des risques liés à l’accélération du numérique. Des éval­u­a­tions en matière d’usage et de maîtrise des dis­posi­tifs médi­caux numériques et de télésan­té ont été ajoutées.

Pour agir sur la mor­tal­ité infan­tile, des critères ont été défi­nis pour prévenir les risques de com­pli­ca­tions péri­na­tales : hémor­ragie post-par­tum immé­di­ate, préven­tion des infec­tions, éval­u­a­tion des fonc­tions vitales du nou­veau-né, iden­ti­fi­ca­tion des sit­u­a­tions de vul­néra­bil­ité, etc.

Un troisième axe con­cerne la prise en charge médica­menteuse, car de nom­breuses déc­la­ra­tions d’événements indésir­ables graves sont liées au médica­ment. C’est pourquoi l’analyse de la pre­scrip­tion et l’évaluation de la con­cil­i­a­tion médica­menteuse sont ren­for­cées. De même, la per­ti­nence de l’antibiothérapie devient un critère impératif.

Les urgences sont égale­ment con­cernées par une hausse des exi­gences lors de la cer­ti­fi­ca­tion, par­tant du con­stat que le Pacte de la refon­da­tion des urgences et la recom­man­da­tion de la Cour des Comptes de novem­bre 2024 ont démon­tré que des amélio­ra­tions étaient néces­saires. La HAS con­trôlera lors de la cer­ti­fi­ca­tion la sys­té­ma­ti­sa­tion de fil­ières telles que celles rel­a­tives aux hos­pi­tal­i­sa­tions directes, ain­si que la con­cer­ta­tion entre les fil­ières, pour une meilleure prise en charge des patients poly­pathologiques.

Enfin, pour ren­forcer la prise en charge en psy­chi­a­trie et en san­té men­tale, en plus des recom­man­da­tions de bonnes pra­tiques et de la mise en place d’une feuille de route pluri­an­nuelle pour cer­tains trou­bles, la HAS tra­vaille à l’évaluation de l’accès aux soins, au suivi tout au long du par­cours, à la prise en charge ver­sus l’inclusion sociale, au respect des bonnes pra­tiques en cas d’isolement ou de con­tention, et à l’évaluation du repérage pré­coce lors de l’ex­a­m­en soma­tique du patient.

Par ailleurs, la DAQSS encour­age les étab­lisse­ments à met­tre en place un recueil et une analyse des résul­tats des enquêtes sur la sat­is­fac­tion et l’expérience patient, dans le but d’améliorer la prise en charge.

Les précé­dents cycles de cer­ti­fi­ca­tion ont démon­tré que les étab­lisse­ments red­outent les anom­alies. Afin d’en lim­iter le nom­bre, désor­mais, pour toute réponse « non » rel­a­tive à un critère impératif, une fiche anom­alie unique est ouverte, qui con­cen­tre toutes les infor­ma­tions s’y rap­por­tant. Désor­mais, les étab­lisse­ments cer­ti­fiés sous con­di­tion ou refusés seront revis­ités entre six mois et deux ans après la cer­ti­fi­ca­tion.

Out­re le webi­naire du 21 jan­vi­er (vis­i­ble en replay), des référen­tiels, des méth­odes, des out­ils d’appropriation et des fich­es péd­a­gogiques pour accom­pa­g­n­er les étab­lisse­ments ont été réal­isés. Rap­pelons aux étab­lisse­ments que de nom­breuses struc­tures, telles que l’Agence nationale de per­for­mance san­i­taire et médi­co-sociale (ANAP), la Fédéra­tion des organ­ismes régionaux et ter­ri­to­ri­aux pour l’amélio­ra­tion des pra­tiques en san­té (FORAP), le Comité pour le développe­ment durable en san­té (C2DS), Omédit, etc., sont là pour les accom­pa­g­n­er.

L’actualisation de la cer­ti­fi­ca­tion incite les étab­lisse­ments à une amélio­ra­tion con­tin­ue de la qual­ité et de la sécu­rité des soins. Elle redonne du sens à l’exercice pro­fes­sion­nel et con­fère de l’attractivité.