Christelle GALVEZ, directrice des soins et des parcours, Centre Léon Bérard Lyon (69) et Dr Jérôme VILLEMINOT, chirurgien orthopédiste, Clinique Sainte Odile à Haguenau (67)

Vous êtes les deux nou­veaux co-prési­dents de l’AFCA, est-ce un sym­bole de pluridis­ci­pli­nar­ité ?

Chris­telle Galvez : Le par­cours des patients opérés en ambu­la­toire est oblig­a­toire­ment coor­don­né. Tra­vailler en inter­dis­ci­pli­nar­ité autour du patient est l’essence même de la chirurgie ambu­la­toire. Une co-prési­dence chirurgien-infir­mi­er nous est donc apparue comme une évi­dence.

L’équipe se com­pose du patient et de ses aidants, des pro­fes­sion­nels de l’établissement, sans oubli­er ceux de la ville qui devront être davan­tage impliqués. Nous for­mons une chaîne de valeur. Le patient est infor­mé, co-décide, se pré­pare à son opéra­tion et s’implique à chaque étape du par­cours. Les soignants accueil­lent, pro­posent, opèrent, infor­ment, écoutent et pren­nent soin du patient. L’aidant accom­pa­gne, sou­tient, alerte. Les pro­fes­sion­nels de ville anticipent les com­pli­ca­tions et réitèrent les con­signes post-opéra­toires. Nous sommes, les uns et les autres, une équipe avec cha­cun sa part de la par­ti­tion à jouer. Les journées annuelles de la chirurgie ambu­la­toire (JAB) sont pour moi un lieu d’échange, de ren­con­tre et de con­fronta­tion des pra­tiques. Les con­grès inter­pro­fes­sion­nels per­me­t­tant à tous les soignants de se retrou­ver sont rares.

Dr Jérôme Villeminot : Nos deux co-prési­dences ont du sens dès lors que nous voulions appuy­er l’aspect pluridis­ci­plinaire et trans-méti­er. Finale­ment, le chirurgien voit très peu le patient qui, à l’inverse, est beau­coup en con­tact avec les paramédi­caux. Faire de l’ambulatoire impose de voir dif­férem­ment notre méti­er de chirurgien et nos métiers en général parce que l’approche est éminem­ment pluridis­ci­plinaire. De même, les pro­fes­sion­nels de ville sont des pièces maîtress­es qui sup­por­t­ent le par­cours ambu­la­toire et per­me­t­tent le main­tien et la sécu­rité à domi­cile, le lien de con­fi­ance et de coor­di­na­tion.  L’ambulatoire pour­rait être perçu comme du trans­fert d’une charge hos­pi­tal­ière vers la ville. L’acte de chirurgie nous fédère avec l’objectif d’être le moins intrusif dans la vie du patient et lui per­me­t­tre de dormir chez lui. Remar­quez que l’acte chirur­gi­cal lui-même est très court dans une vie, et dans l’immense majorité des cas, il s’agit d’une rou­tine pour le soignant, donc les efforts doivent porter sur l’avant et l’après. On redonne au patient le con­fort de son milieu fam­i­li­er.

L’ambulatoire stim­ule-t-elle la créa­tiv­ité, est-elle une inno­va­tion ?

Chris­telle Galvez : L’ambulatoire libère une créa­tiv­ité col­lec­tive. Encore plus aujourd’hui, les équipes soignantes ont besoin d’avoir une part d’autonomie et de sen­tir qu’elles peu­vent innover. S’il y a bien un endroit où j’ai pu en tant que soignante me sen­tir légitime pour pro­pos­er des solu­tions, c’est bien dans l’approche ambu­la­toire. Aux Journées de la chirurgie ambu­la­toire (JAB), les paramédi­caux sont très nom­breux. Ils sont ravis de partager leur imag­i­na­tion, leur créa­tiv­ité, et ils ont la parole !

Pour le patient, être opéré en ambu­la­toire lui donne la capac­ité de co-décider avec l’équipe, d’exprimer com­ment il veut vivre ce moment. Il est un acteur de sa san­té et y par­ticipe active­ment.

Dr Jérôme Villeminot : L’innovation que j’attends est que l’ambulatoire n’en soit plus une. Je souhaite que l’ambulatoire entre dans les mœurs comme quelque chose de nor­mal, et à l’inverse, qu’être hos­pi­tal­isé devi­enne anor­mal. L’ambulatoire, ce n’est pas for­cé­ment très ambitieux, cela sup­pose être en empathie avec les patients et vouloir les sat­is­faire au max­i­mum.

Par ailleurs, cette prise en charge est une des solu­tions pour lut­ter con­tre la pénurie des soignants. Ne pas hos­pi­talis­er, c’est libér­er une équipe de jour, d’après-midi et de nuit. Il y a sans doute des métiers à inven­ter pour per­me­t­tre aux gens d’être à la mai­son, cela appelle une trans­for­ma­tion glob­ale de la société.

Quels sont vos pro­jets ?

Chris­telle Galvez : Notre élec­tion est récente mais sur le fond nous souhaitons ren­forcer la cohé­sion et le partage de bonnes pra­tiques tout au long de l’année et bien sûr pour­suiv­re les Journées annuelles de ren­con­tre sur la chirurgie ambu­la­toire. Les échanges et les ren­con­tres nour­ris­sent l’innovation organ­i­sa­tion­nelle. Nous pour­suiv­rons les partages avec d’autres pays, pro­poserons des immer­sions dans leurs étab­lisse­ments. Les prochaines JAB auront lieu les 26 et 27 jan­vi­er 2023.

 Dr Jérôme Villeminot : Faire de la chirurgie ambu­la­toire, c’est aus­si réalis­er des actes lourds. Quand nous recevons des prati­ciens alle­mands ou suiss­es, ils sont très éton­nés de voir ce que nous réal­isons. La durée moyenne de séjour pour une pro­thèse de genoux est de 4 jours en France et de 12 en Alle­magne.

L’ambulatoire néces­site d’être accom­pa­g­né au sein des organ­i­sa­tions pour faire face aux résis­tances au change­ment. 90 % des chirur­gies pour­raient être réal­isées en mode ambu­la­toire. Ce n’est pas la chirurgie qui est ambu­la­toire, c’est le par­cours du patient qui l’est. Nous devons réfléchir tous ensem­ble pour lever les freins cul­turels et organ­i­sa­tion­nels.