L’Assurance maladie s’engage

Jean-Marie Blan­choz, chargé d’étude en économie de la san­té, DDO/DISAS/Mission d’Accès aux Droits et aux Soins à la CNAM.

« Les chiffres du dernier rap­port Charges et Pro­duits indiquent un recul spec­tac­u­laire des dépens­es de soins de ville : — 80 à 90 % pour les con­sul­ta­tions des oph­tal­mo­logues et den­tistes, — 60 % pour les spé­cial­istes, ‑30 % pour les général­istes. »

Le renon­ce­ment aux soins, en temps nor­mal, est loin d’être un phénomène mar­gin­al : 25 % des per­son­nes déclar­ent avoir renon­cé à un soin dans les 12 mois précé­dents, selon les chiffres de l’Odenore (Obser­va­toire des non-recours aux droits et ser­vices) ou de l’Irdes (Insti­tut de recherche et doc­u­men­ta­tion en économie de la san­té). Par ailleurs, 6 % de la pop­u­la­tion et jusqu’à 10 % en Île-de-France, Cen­tre-Val-de-Loire, Guade­loupe, Mar­tinique et Guyane, vivent dans des zones sous-dens­es où l’accès à un pro­fes­sion­nel de san­té est plus dif­fi­cile. Selon les derniers chiffres de la Drees (Direc­tion de la recherche, des études, de l’é­val­u­a­tion et des sta­tis­tiques), en 2018, entre 32 et 44 % des béné­fi­ci­aires de la CMUC et entre 53 et 66 % des béné­fi­ci­aires de l’ACS, n’y avaient pas recours. Le renon­ce­ment aux soins est une prob­lé­ma­tique préex­is­tante au con­fine­ment.

Des soins non réal­isés durant la Covid

La crise san­i­taire est venue per­cuter cette sit­u­a­tion. Les chiffres du dernier rap­port Charges et Pro­duits de l’Assurance mal­adie indiquent un recul spec­tac­u­laire des dépens­es de soins de ville : — 80 à 90 % pour les con­sul­ta­tions des oph­tal­mo­logues et den­tistes, — 60 % pour les spé­cial­istes,  ‑30 % pour les général­istes. De même, il a été noté une sous-con­som­ma­tion de médica­ments pour les patholo­gies chroniques en début de con­fine­ment avant un retour à une con­som­ma­tion plus nor­mal­isée, ain­si qu’une baisse de 35 % à 71 % pour les vac­cins (3e rap­port Epi-Phare sur l’usage des médica­ments de ville en France durant l’épidémie de Covid-19).

L’Assurance mal­adie a décidé de mieux com­pren­dre ces chiffres et a engagé en col­lab­o­ra­tion avec l’Odenore une enquête en ligne en pop­u­la­tion générale de mi-mars à mi-mai pour déter­min­er la nature et l’ampleur de ce renon­ce­ment du point de vue de la pop­u­la­tion : avez-vous renon­cé ou reporté des soins ? Con­cer­nent-ils des général­istes, spé­cial­istes, den­tistes, psy­cho­logues, etc., une analyse médi­cale, la con­som­ma­tion de médica­ments, l’ad­min­is­tra­tion d’un vac­cin, etc. ? Les raisons de votre renon­ce­ment ou report sont-elles d’ordre financier, logis­tique, etc., Quel impact a eu selon vous ce renon­ce­ment sur votre état de san­té ? etc. Les 4 200 répons­es com­plètes obtenues que nous analysons actuelle­ment indi­queront des grandes ten­dances. les 1ers résul­tats sont atten­dus courant novem­bre.

L’Assurance mal­adie déploie des mis­sions d’accompagnement san­té

L’Assurance mal­adie a tout d’abord pro­longé les droits AME et com­plé­men­taire san­té sol­idaire qui seraient arrivés à échéance pen­dant le con­fine­ment. Elle a dévelop­pé le recours à la télé­con­sul­ta­tion, la rem­bourse à 100 % et a accom­pa­g­né les médecins dans son util­i­sa­tion. Nous avons procédé à l’envoi de masques à des­ti­na­tion de per­son­nes pré­caires, et avons mené une action com­mune avec la CNAF (Caisse nationale d’allocations famil­iales) auprès des per­son­nes logées dans les héberge­ments d’ur­gence : des struc­tures d’hébergement ont été créées en urgence pen­dant le con­fine­ment. Des équipes mobiles com­posées d’un tra­vailleur social de la struc­ture d’héberge­ment et de deux agents de l’Assurance mal­adie et de la CNAF sont allées à la ren­con­tre de quelque 2 500 per­son­nes (qui ont don­né lieu à plus de 4 800 actions engagées) durant presque 3 semaines en juin-juil­let.

Par ailleurs, l’As­sur­ance mal­adie pro­pose un accom­pa­g­ne­ment per­son­nal­isé aux per­son­nes qui ren­con­trent des dif­fi­cultés d’ac­cès aux droits ou aux soins au tra­vers des mis­sions accom­pa­g­ne­ment san­té, déployées sur tout le ter­ri­toire mét­ro­pol­i­tain, et bien­tôt en Out­re-mer. L’enquête menée sur le renon­ce­ment aux soins nous aidera à définir et à adapter les actions.

Inter­view réal­isée le 30 octo­bre 2020.