Cécile BLANC — Directrice Polyclinique de Limoges (87)

Une con­férence de presse avec le CHU

La reprise d’activité s’est faite très mod­éré­ment à Limo­ges après le décon­fine­ment. Si bien que nous avons décidé d’organiser une con­férence de presse com­mune avec le CHU. Avec le directeur du cen­tre hos­pi­tal­ier et nos prési­dents de CME respec­tifs, nous avons sen­si­bil­isé la pop­u­la­tion locale à la néces­sité de se rap­procher de leurs ser­vices de soins clas­siques car nous voyions arriv­er des patholo­gies aggravées. Expli­quer la sécuri­sa­tion de nos étab­lisse­ments visait à les ras­sur­er. À la Poly­clin­ique de Limo­ges, nous sommes aujourd’hui à 90 % de notre activ­ité habituelle esti­vale.

Depuis le début de l’épidémie, nous avons tra­vail­lé avec le CHU en trans­parence et dans un esprit col­lab­o­ratif. Les prési­dents de CME con­tin­u­ent à tra­vailler de façon très rap­prochée : ils échangent des infor­ma­tions sur l’évolution de part et d’autre, afin de coor­don­ner au mieux l’offre de soins. Des soignants de notre étab­lisse­ment sont allés par exem­ple se for­mer en réan­i­ma­tion au CHU. Il était con­venu que cha­cun pre­nait en charge les patients atteints du Covid qui se présen­taient. Nous avons ain­si pris en charge les patients arrivés à notre ser­vice d’urgence jusqu’à une forme mod­érée de leur état. Au-delà, pour les formes plus sévères, nous avions con­venu de les trans­fér­er au CHU, ce qui ne s’est finale­ment pas présen­té. A l’inverse, en cas de sat­u­ra­tion du CHU, nos organ­i­sa­tions internes étaient prêtes, grâce au tra­vail de pré­pa­ra­tion de notre per­son­nel, pour faire face à l’épidémie via notam­ment une autori­sa­tion tem­po­raire de lits de réan­i­ma­tion. D’une manière générale, ce souhait de sol­i­dar­ité exis­tait de part et d’autre.

Une reprise dans l’inquiétude

La réal­ité post décon­fine­ment des dif­férentes spé­cial­ités a été diverse : les prati­ciens qui ont été très touchés par la dépro­gram­ma­tion comme les orthopédistes ou les stom­a­to­logues ont eu à cœur de repren­dre rapi­de­ment leur activ­ité car leur file active de patients s’allongeait, d’autres médecins ont vu leur activ­ité plus lis­sée. Mais tous étaient sen­si­bil­isés à la pénurie des stocks de drogues et d’équipements EPI. Nous pro­je­tons très prudem­ment une reprise à 100 % à la ren­trée car les stocks de casaques ou de gants ne sont pas opti­maux. Par ailleurs, et même si nous n’avons pas été en rup­ture con­cer­nant les curares, nous dis­posons d’un stock jusqu’à la fin de l’été, ce qui n’est pas suff­isant. Nous devons nous tenir prêts à toutes éven­tu­al­ités alors que nous n’avons pas une vis­i­bil­ité nor­male.

L’inquiétude est égale­ment pal­pa­ble chez les salariés. Cer­tains n’ont pas tra­vail­lé mais ce n’était pas du repos clas­sique. Le cli­mat est très incer­tain, et la men­ace d’une nou­velle vague est tou­jours là avec ce qu’elle sig­ni­fie comme réor­gan­i­sa­tion et réac­tiv­ité. Demain est imprévu, per­son­ne ne peut prédire une nor­mal­i­sa­tion de la sit­u­a­tion et cela est anx­iogène pour les salariés. La prime Covid, surtout dans une zone épargnée par l’épidémie, a été une recon­nais­sance finan­cière inespérée pour nos per­son­nels. 

De nou­velles organ­i­sa­tions

Cette péri­ode nous a per­mis de recon­sid­ér­er nos organ­i­sa­tions. Par exem­ple, des mod­i­fi­ca­tions de flux de patients ont été con­servées. De même, cer­taines inter­ven­tions se font désor­mais sans pass­er en salle de réveil car les anesthé­sistes ont pu adapter leurs pro­to­coles.

Je retiens l’élan de sol­i­dar­ité remar­quable : 50 per­son­nes sont par­ties en ren­fort en Île-de-France et dans le Grand-Est dans des étab­lisse­ments san­i­taires ou des Ehpad. L’épidémie a pointé la fibre soignante très pro­fonde des per­son­nels, porter sec­ours à autrui est pour eux essen­tiel.

La vie reprend aujourd’hui naturelle­ment son cours, avec son lot de tra­cas quo­ti­di­ens

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Dr Serge CONSTANTIN — Président Groupe Clinipole

On ne peut pas faire de médecine sans médecins !

Le décon­fine­ment s’est accom­pa­g­né d’une reprise pro­gres­sive de l’activité. L’activité des étab­lisse­ments MCO et SSR du groupe atteint 80 %. Les malades avaient peur d’une éventuelle con­t­a­m­i­na­tion au COVID-19 et les médecins ont noté durant quelques semaines l’aggravation de cer­taines patholo­gies due à un renon­ce­ment aux soins. Le corps médi­cal a souhaité légitime­ment repren­dre rapi­de­ment l’activité. À titre tem­po­raire, cer­tains chirurgiens ont opéré le same­di et des plages opéra­toires ont été éten­dues. De plus, notre taux de prise en charge en ambu­la­toire a aug­men­té, c’est bien qu’il existe un poten­tiel d’évolution . Relevons des effets posi­tifs de cette épidémie.

Nous avons fait face à une pénurie des EPI et plus forte­ment à celle des molécules util­isées en anesthésie et en réan­i­ma­tion. Mais au niveau du groupe, nous avions décidé de créer notre pro­pre plate­forme de stock­age et d’approvisionnement et nous avons trou­vé des solu­tions.

Dans notre région, nous devons pren­dre en compte un fac­teur de saison­nal­ité : l’activité de médecine se main­tient mais celle de chirurgie baisse, toute­fois bal­ancée par la présence de touristes.

D’un point de vue économique, nous sommes sat­is­faits que l’État n’ait pas aban­don­né l’hospitalisation privée. Tout d’un coup, l’État a décou­vert que le pays avait besoin de clin­iques et d’hôpitaux privés ! Toute­fois, et même si des avancées du point de vue social sont à soulign­er, par principe elles ne sont pas tout à fait équita­bles entre les deux secteurs. Ce qui, pour nos salariés, est dif­fi­cile à com­pren­dre.

Invité à Paris pour le 14 juil­let

À la Clin­ique du Parc, à Mont­pel­li­er, nous sommes les seuls à dis­pos­er d’une réan­i­ma­tion poly­va­lente médi­co-chirur­gi­cale avec des médecins réan­i­ma­teurs exclusifs. Nous fai­sions par­tie des qua­tre entités désignées par la FHP Occ­i­tanie pour envoy­er un représen­tant à Paris pour les céré­monies du 14 juil­let. Certes, notre région a été rel­a­tive­ment épargnée par l’épidémie, mais toutes activ­ités con­fon­dues — réan­i­ma­tion, MCO et SSR (court et moyen séjours)  — , nous sommes le groupe privé indépen­dant en Occ­i­tanie à avoir pris en charge le plus de patients atteints du Covid.

Je retiens que cette épidémie est une chance his­torique de démon­tr­er notre place indis­pens­able dans ce sys­tème de san­té. C’est une avancée fon­da­men­tale pour notre secteur. En quelques jours, sous l’égide des médecins, les équipes ont boulever­sé les organ­i­sa­tions médi­cales. Rap­pelons que la réforme des autori­sa­tions prévoy­ait une réduc­tion des lits de réan­i­ma­tion ! La médecine ne peut pas être pilotée depuis des bureaux.

J’espère que l’administration – DGOS et ARS, auprès desquelles nous avons trou­vé des  inter­locu­teurs effi­caces et impliqués  — tir­era  tous les enseigne­ments de cet épisode.

On ne peut pas faire de médecine sans médecins.

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Dr Thierry MORVAN — DGA, président de CME Polyclinique Côte Basque Sud (St Jean de Luz, 64)

Une doc­trine de 70 pages

Pour nous, la reprise d’activité a tout d’abord été l’écriture de notre doc­trine d’établissement. La con­tri­bu­tion de 3 médecins a été néces­saire pour pro­duire les 70 pages qui définis­sent nos nou­velles organ­i­sa­tions dans le détail. Ensuite, il a fal­lu en obtenir une bonne com­préhen­sion et une accep­ta­tion.

Les médecins étaient très en attente : quand pour­rons-nous retra­vailler et com­ment ? Les 2 CME en visio précé­dant la reprise n’ont jamais eu autant de suc­cès. Ce long arrêt d’activité a été économique­ment dif­fi­cile pour les médecins libéraux, en par­ti­c­uli­er pour les jeunes médecins qui sont nom­breux chez nous et qui font face à de lour­des charges.

La CME a gag­né encore en légitim­ité même si notre taille humaine et le fait que la clin­ique appar­ti­enne aux médecins font que nous tra­vail­lons tous, corps médi­cal et direc­tion, dans une grande cohérence. Cette péri­ode a sans doute été aus­si prop­ice à davan­tage d’échanges.

Nous dévelop­pons aujourd’hui entre 90 et 95 % de l’activité habituelle. En juin, les appen­dicites étaient rem­placées par des péri­tonites mais aujourd’hui nous ne voyons plus de patients dans des sit­u­a­tions clin­iques aggravées. Ensuite, les patients dont les actes chirur­gi­caux sont à faible impact fonc­tion­nel sont revenus naturelle­ment, les autres ont reporté leur hos­pi­tal­i­sa­tion en sep­tem­bre. Tra­di­tion­nelle­ment, l’activité chirur­gi­cale pro­gram­mée chute durant l’été mais la pop­u­la­tion de la ville est mul­ti­pliée par 7, par con­séquence, nous con­nais­sons une forte aug­men­ta­tion d’activité non pro­gram­mée ali­men­tée par notre ser­vice d’urgence.

Des fac­teurs lim­i­tants de reprise

Sur le plan chirur­gi­cal, la doc­trine de la SFAR qui impose une dis­tan­ci­a­tion des patients, a posé un nœud gor­di­en sur l’utilisation de la salle de réveil. Nous sommes heureux de n’avoir per­du que 30 % de nos capac­ités quand nos voisins affichaient 40 %. Pour sa part, l’extubation des patients au bloc n’a ralen­ti le flux qu’à hau­teur de 5 %.

Con­cer­nant le stock de médica­ments, nous avions été très inspirés en mars de faire une com­mande impor­tante, si bien que nous sommes rel­a­tive­ment à l’aise. Par ailleurs, out­re le champ de l’urologie où nous avons com­mué nos pra­tiques en anesthésie loco-régionale, nous pra­tiquions déjà forte­ment ce pro­to­cole pour toutes les patholo­gies éli­gi­bles, et de même, nous sommes déjà à plus de 70 % de prise en charge en ambu­la­toire.

En revanche, notre activ­ité est aujourd’hui freinée par le manque de per­son­nel. Si nous n’avons pas pra­tiqué de chô­mage par­tiel, nous n’avions pas renou­velé nos CDD qui nous font défaut actuelle­ment.

De même, le non rem­bourse­ment du RT-PCR au départ a été délétère pour une par­tie défa­vorisée de la pop­u­la­tion de St Jean de Luz et cela nous a créé des dif­fi­cultés.

Aujourd’hui, je regrette que la pop­u­la­tion ne respecte pas les gestes bar­rières comme elle le devrait. Mais je retiens que l’humain a des capac­ités excep­tion­nelles qu’on ignore. 

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 Jean-Philippe GAMBARO — Directeur Centre médico-chirurgical Floréal (Bagnolet, 93) 

L’épidémie change la vision de l’hôpital de demain

Cette pandémie ne sera mal­heureuse­ment pas la dernière et oblige notre société à sécuris­er les espaces d’échanges, à rompre les liens (pose de plex­i­glas dans les zones d’accueil, etc.).

Dans notre étab­lisse­ment, nous veil­lons par­ti­c­ulière­ment à insuf­fler de l’humanité et aspirons à créer des espaces con­vivi­aux. Les repas sont pré­parés sur site, nous dis­poserons d’une cafétéria : est-ce que demain, ce choix est le bon ? Ain­si, nous repor­tons le démar­rage d’un impor­tant pro­jet de con­struc­tion car pré­cisé­ment, nous voulons réin­ter­roger la per­ti­nence de ces espaces de con­fort prévus et d’accueil. Nous tes­tions la dématéri­al­i­sa­tion des admis­sions et nous sommes passés de l’expérimentation directe­ment à la mise en œuvre.

Nous pen­sons plutôt à opti­miser les espaces pour la démarche de fast-track afin de réduire le temps de présence des patients dans l’établissement.

Une reprise d’activité à 75 %

Actuelle­ment, nous sommes à 75 % de notre activ­ité habituelle et les patients sont revenus naturelle­ment. L’activité demeur­era réduite cet été car les équipes ont besoin d’avoir une coupure par rap­port à la péri­ode dif­fi­cile qu’ils vien­nent de tra­vers­er. Nous prévoyons une reprise nor­male au mois de sep­tem­bre.

Sécuris­er les salariés

Pour ce qui con­cerne, les mesures de sécu­rité, le dépistage des patients est sys­té­ma­tique. Pour ceux arrivant en urgence, un scan­ner est organ­isé afin de dis­pos­er d’une réponse plus rapi­de que les PCR.

De plus, l’établissement est acces­si­ble par une seule entrée avec un fil­trage per­ma­nent (caméra ther­mique, port du masque, refus des accom­pa­g­ne­ments, etc.), et nous ne prévoyons pas de lever ce dis­posi­tif pour l’instant. C’est une charge néces­saire afin de sécuris­er notre per­son­nel et les patients.

Dis­pos­er d’un envi­ron­nement sécurisé depuis le départ a grande­ment facil­ité la mise en place des équipes en dimin­u­ant les con­traintes. Des vacataires l’ont d’ailleurs souligné, exp­ri­mant leur préférence de tra­vailler au sein de notre étab­lisse­ment car cela leur per­me­t­tait d’exercer leur méti­er en toute sécu­rité. Cette organ­i­sa­tion, nous a per­mis de d’ouvrir deux étages d’hospitalisation pour accueil­lir les patients atteints du Covid.

Je remer­cie l’action de notre syn­di­cat qui a per­mis la recon­nais­sance du tra­vail de notre per­son­nel au tra­vers de l’obtention de la prime Covid.