Dr Franck DEVULDER — Président Les Spécialistes CSMF

Nous sommes à plus de 90 % de réduc­tion de nos vaca­tions

Alors que le gou­verne­ment annonçait un pas­sage au vert de qua­si­ment tout le ter­ri­toire nation­al et l’en­trée dans la deux­ième phase de décon­fine­ment, l’ac­cès des patients aux blocs opéra­toires s’avère encore dif­fi­cile. A ce titre, nous avons réal­isé une enquête auprès de nos con­frères médecins spé­cial­istes libéraux. Au vu des 500 répons­es obtenues de médecins de toutes spé­cial­ités et de toutes régions français­es, le con­stat est édi­fi­ant. A la ques­tion “Avez-vous dû soign­er des patholo­gies plus graves en rai­son du retard de prise en charge ?”, la réponse est oui, dans plus de 60 % des cas ! La notion de perte de chances des patients est aujourd’hui au cen­tre de nos inquié­tudes.

Le lun­di 13 avril, le Prési­dent de la République a enjoint les Français à se faire soign­er. Nous avons con­staté à par­tir de ce jour une nette aug­men­ta­tion du nom­bre de con­sul­ta­tions. Selon Doc­tolib, les médecins général­istes et spé­cial­istes auraient retrou­vé plus de 90 % de leur activ­ité de con­sul­ta­tion avant Covid.

Le prob­lème majeur reste l’accès au bloc opéra­toire, aux salles de coro­naro­gra­phie et de car­di­olo­gie inter­ven­tion­nelle ain­si qu’aux salles d’endoscopies. Nous tirons la son­nette d’alarme.  En effet, quand nous inter­ro­geons nos con­frères sur leurs con­di­tions d’accès au bloc et unités d’endoscopie, 49 % d’entre eux n’ont accès qu’à 50 % de leurs vaca­tions habituelles. Pour 27,8 %, ils sont à ¼ de leurs vaca­tions habituelles, et pour 10,8 %, à 75 % des vaca­tions habituelles. En clair, nous sommes à plus de 90 % de réduc­tion de nos vaca­tions et plus de 75 % des médecins spé­cial­istes ont réduit leurs vaca­tions de plus de 50 %.

À la ques­tion « Depuis le 11 mai, êtes-vous lim­ité en nom­bre d’in­ter­ven­tions par vaca­tions ? », les médecins répon­dent oui à 46,6 % en pré­cisant que leur activ­ité est réduite de moitié. Elle est réduite de ¾ pour 22,4 % d’en­tre eux et d’¼ pour 15,8 %

À la ques­tion « Est-ce que vos indi­ca­tions opéra­toires peu­vent être remis­es en cause par votre étab­lisse­ment ? », la réponse est oui pour 56 % des sondés.

Lorsque nous inter­ro­geons nos con­frères sur « les raisons invo­quées par votre étab­lisse­ment pour con­train­dre votre activ­ité en bloc opéra­toire ou unité d’endoscopie ? », 71 % des répon­dants évo­quent les direc­tives des ARS craig­nant une 2ème vague. L’ARS invo­querait égale­ment une ten­sion sur les pro­duits anesthésiants pour 71,6 % des répon­dants. Dans 46 % des cas, les étab­lisse­ments invo­quent le ralen­tisse­ment des flux de patients dû aux gestes bar­rière et pour 19 % le manque de place en salle de réveil. Enfin, 23 % invo­quent un manque de per­son­nel.

L’ARS essaie par tous les moyens de met­tre des freins à la reprise d’activité. Pour quelles raisons devri­ons-nous garder des unités Covid ouvertes ? Par peur d’une 2e vague? alors que nous avons mon­tré notre capac­ité à stop­per toute activ­ité en moins de 48 heures ?

Des mécan­ismes de com­pen­sa­tion

La CSMF a tou­jours prôné l’ob­ten­tion d’une com­pen­sa­tion totale de nos charges. Nous exerçons une pro­fes­sion libérale et esti­mons nor­mal qu’en cas de crise san­i­taire nous con­traig­nant à stop­per notre activ­ité, nos charges soient com­pen­sées. Or, le compte n’y est pas. Nous n’avons en effet été com­pen­sés seule­ment à hau­teur de 50 % de nos charges. En revanche, il ne nous sem­blait pas digne de deman­der une com­pen­sa­tion de notre chiffre d’af­faires dans sa total­ité. Cela ne cor­re­spond pas à notre déf­i­ni­tion de l’ex­er­ci­ce libéral.

Je rap­pelle que nous avons tous la pos­si­bil­ité de deman­der une indem­ni­sa­tion pour perte d’ac­tiv­ité. Une pre­mière déc­la­ra­tion pour la péri­ode du 16 mars au 30 avril a été ouverte sur le site Amelipro en date du 30 avril dernier. A ce jour, moins de 50 % des médecins libéraux ont fait cette demande. Il est urgent qu’ils puis­sent le faire. Ils ont jusqu’au 25 juin pour déclar­er cette pre­mière péri­ode, puis jusqu’au 14 juil­let pour déclar­er la péri­ode du 1er au 31 mai.

En cas de 2ème vague ou de dif­fi­cultés per­sis­tantes à l’ac­cès aux blocs opéra­toires, la seule com­pen­sa­tion des charges ne suf­fi­rait plus. Les Spé­cial­istes CSMF en ont alerté Nico­las Rev­el.

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Dr Jean-Paul HAMON — Président de la Fédération des Médecins de France (FMF)

Une reprise d’activité en marche mais un Ségur sans illu­sion

Les général­istes ont retrou­vé aujourd’hui env­i­ron 70 à 80 % de leur activ­ité avant Covid. Nous con­sta­tons une absence de con­sul­ta­tion des enfants, par exem­ple souf­frant d’une gas­tro-entérite. Par ailleurs, nous notons une fati­ga­bil­ité à l’effort, des essouf­fle­ments de jeunes patients qui ont été atteints par le Covid avec des symp­tômes légers. On décou­vre tous les jours les effets du virus. Les cas sont rares, donc ce n’est pas fini même si nous avons le sen­ti­ment que l’épidémie est con­trôlée parce qu’enfin nous sommes équipés avec masques, gels, tests, et stop­covid qui per­me­t­trait le dépistage de cas con­tacts et cir­con­scrire rapi­de­ment un redé­mar­rage du virus. Nos cab­i­nets ressem­blent à Fort Knox et toutes les mesures de sécu­rité sont pris­es.

Toute­fois, il faut not­er que encore la semaine dernière une direc­tive de la DGS est sor­tie, dis­ant que les médecins général­istes et les infir­mières étaient en deux­ième recours pour recevoir les masques FFP2, c’est écrit ! Nous sommes à près de 5 000 médecins con­t­a­m­inés et une cinquan­taine de morts ! Il faut faire du ménage à la DGS et ailleurs car cer­tains sont totale­ment coupés de la réal­ité.

Par ailleurs, c’est anor­mal de voir des blocs opéra­toires fer­més dans les clin­iques alors qu’elles ont fait preuve de réac­tiv­ité. Je regrette qu’il n’y ait pas davan­tage de com­pen­sa­tion pour la perte d’activité des médecins libéraux qui est aujourd’hui vrai­ment min­i­male. Alors que les étab­lisse­ments étaient com­pen­sés de leur chiffre d’affaires, j’aurais appré­cié une atti­tude plus saig­nante des clin­iques pour défendre les prati­ciens qui tra­vail­lent chez elles. Les syn­di­cats de médecins ont batail­lé : nous avons négo­cié pen­dant trois semaines avec Nico­las Rev­el à par­tir d’une propo­si­tion de grille qu’il a fini par nous impos­er sans rien en chang­er : curieuse notion de la con­cer­ta­tion. Aujourd’hui, nous deman­dons que la mai­gre com­pen­sa­tion obtenue soit non impos­able. On appré­cie la générosité de la CARMF mais ce n’était pas son rôle mais bien celui du gou­verne­ment.

Je ne fais pas le Ségur de la San­té pour retrou­ver le monde d’avant !

Le Ségur sera celui de l’hôpital alors que le lien entre la ville et l’hôpital est essen­tiel. On y va sans illu­sion. L’hôpital con­tin­ue à vouloir s’étendre sur la ville alors qu’il manque de per­son­nel et pour faire un job qui n’est pas le sien. Il y a des écoles de l’asthme ou autres insti­tuts qui, certes, ser­vent à recruter mais qui monop­o­lisent énor­mé­ment de ressources médi­cales. Pour expli­quer aux enfants asth­ma­tiques que leur lapin ou leur cochon d’Inde serait mieux à la SPA que dans leur cham­bre sans moquette, il n’est pas besoin de mobilis­er pneu­mo­logue et infir­mière qui seraient plus utiles dans les ser­vices.

Plutôt que d’augmenter le nom­bre de lits, il faut val­oris­er l’exercice libéral de ville, favoris­er le retour rapi­de à domi­cile avec des équipes de soins pri­maires (IDE, MG, kiné). En pri­or­ité, il faut sup­primer les prestataires qui sont omniprésents dans les hôpi­taux et man­gent la laine sur le dos des phar­ma­ciens et des infir­mières de ville. Ces prestataires « tout en un », per­son­nel et matériel, coû­tent plus chers et, en four­nissant des vacataires, détru­isent le suivi réguli­er des patients à domi­cile et le cou­ple indis­pens­able infirmière/médecin pour un retour à domi­cile réus­si et au final se rap­pel­lent l’existence des infir­mières de ville le ven­dre­di soir pour une urgence.

Tout le monde veut se met­tre sous la coupe de l’ARS : on est allé au front sans pro­tec­tion ou avec des masques décathlon, est ce que l’administration nous y aurait autorisé ? Lais­sez-nous soign­er et mar­gin­al­isons l’ARS et l’administration et cela coûtera moins cher !

Enfin, sup­p­ri­mons la con­cur­rence entre ville et hôpi­tal. Que l’hôpital ne fasse plus ce qui peut être fait en ville, c’est en sub­stance le dis­cours de Jean-Marc Ayrault dans son dis­cours de Greno­ble. Per­me­t­tons à la ville d’avoir les moyens d’assurer les retours rapi­des d’hospitalisation. Per­me­t­tons une com­mu­ni­ca­tion sim­ple et rapi­de et ne lais­sons pas des plates-formes de prise de rdv en ligne, comme celle de Doc­tolib avoir une posi­tion hégé­monique qui à terme pren­dra le con­trôle sur les médecins libéraux. Que les libéraux s’unissent pour avoir leur pro­pre sys­tème de rdv en ligne et préser­vons notre indépen­dance !

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Dr Albert Birynczyk — Président du Syndicat national des urgentistes de l’hospitalisation privée (SNUHP)

Sanc­tu­ar­isons les ser­vices d’urgence privés comme ceux du secteur pub­lic

Depuis le 11 mai, nous notons une reprise pro­gres­sive de l’activité en médecine d’urgence et nous sommes aujourd’hui à env­i­ron 80 à 90 % par rap­port à une activ­ité nor­male.

Les ser­vices retrou­vent pro­gres­sive­ment leurs organ­i­sa­tions précé­dentes mais con­ser­vent la capac­ité d’isoler un patient sus­pect et de réalis­er les tests néces­saires pour pos­er un diag­nos­tic dans le respect des con­signes de sécu­rité. Les cas de patients atteints du Covid sont très épisodiques. Les retours de mes con­frères mon­trent que sou­vent les tests revi­en­nent négat­ifs. La diminu­tion du nom­bre de cas se con­firme, l’infection est sous con­trôle, je suis con­fi­ant pour l’avenir.

Pen­dant le con­fine­ment, cer­tains patients ont retardé leur vis­ite et cer­taines sit­u­a­tions dégradées ont pu être con­statées : par exem­ple une frac­ture du poignet, de la cheville diag­nos­tiquées un mois et demi après. Désor­mais, nous con­sta­tons que la crainte est lev­ée, la pop­u­la­tion a retrou­vé le chemin des soins. L’activité en trau­ma­tolo­gie a repris mécanique­ment car sim­ple­ment la vie a repris, la vie pro­fes­sion­nelle, le sport, la voiture, etc.

L’activité des médecins urgen­tistes privés a certes dimin­ué durant l’épidémie mais s’est surtout pour­suiv­ie. Les médecins urgen­tistes ont béné­fi­cié des aides accordées aux médecins libéraux.

Con­cer­nant le Ségur de la san­té, nous souhaitons que les médecins urgen­tistes libéraux soient recon­nus au même titre que leurs con­frères exerçant dans le secteur pub­lic et que nous soyons pleine­ment inté­grés dans le sys­tème de soin. Nous avons démon­tré à nou­veau durant l’épidémie que nous étions des acteurs incon­tourn­ables. La coor­di­na­tion entre les étab­lisse­ments qui avaient des ser­vices d’urgence et des ser­vices Covid, ou non, a très bien fonc­tion­né : une vraie réus­site des hommes et des struc­tures. Préser­vons notre place par rap­port à des ser­vices de soins non pro­gram­més, notre spé­cial­ité de médecine d’urgence, et sanc­tu­ar­isons les ser­vices d’urgence privés comme ceux du secteur pub­lic.