Soign­er des pop­u­la­tions dému­nies à l’étranger est pour vous un engage­ment de longue date. Out­re cet objec­tif pre­mier, quelles sont vos autres moti­va­tions ?

Pour Éric Cheysson, prési­dent de l’association, Alain Deloche, directeur général et fon­da­teur et moi-même, chirurgien de l’é­paule et de la main à la Clin­ique Bizet à Paris, l’humanitaire est une oblig­a­tion éthique. Mais au-delà, l’humanitaire doit faire par­tie de la for­ma­tion du chirurgien et nous souhaitons en faire un vrai plaidoy­er.

Nos mis­sions à l’étranger sont d’une durée de 3 à 8 jours et nous opérons dans des con­di­tions stan­dards, à savoir iden­tiques à nos modes d’exercice en France. Générale­ment l’équipe est con­sti­tuée dans notre spé­cial­ité orthopédique d’un ou deux chirurgiens juniors, un anesthé­siste, un chirurgien senior. La mis­sion est pré­parée en amont. Les chirurgiens locaux ont sélec­tion­né les patients qui relèvent de la chirurgie pédi­a­trique orthopédique et répara­trice, pour ce qui me con­cerne, et nous ont par­fois envoyé des pho­tos, des radios via inter­net. Nous opérons sur place des cas peu ren­con­trés en Europe et soignons en 8 jours une var­iété de patholo­gies que nous ren­con­trons habituelle­ment en une année de pra­tique. Pour un chirurgien senior qui accom­pa­gne un jeune chirurgien français ou un chirurgien du pays vis­ité, c’est une occa­sion unique de trans­mis­sion de son savoir. Très bien for­més, les chirurgiens peu­vent à leur tour faire prof­iter de leur savoir à une pop­u­la­tion dému­nie à qui nous pou­vons chang­er la vie. Ces enfants n’auraient jamais été opérés, et je peux vous dire qu’ils vous le ren­dent à 500 %.

En y allant 2, 3 fois par an, vous formez une équipe locale en capac­ité de suiv­re les enfants. Nous avons pub­lié des résul­tats sur 15 mis­sions sur 15 ans et plus de 1 150 enfants. Si vous avez des chirurgiens expéri­men­tés et motivés, vous n’avez pas besoin d’avoir des hôpi­taux mag­nifiques !

L’humanitaire a aus­si selon vous des ver­tus anti burn-out…

Quand je vois des chefs de ser­vice ou des chirurgiens entre 60 et 65 ans, défaitistes et souhai­tant arrêter leur activ­ité en rai­son de con­flits avec leur admin­is­tra­tion ou tout sim­ple­ment en rai­son d’un défaut de per­son­nel, je leur dis : venez avec nous faire de la chirurgie car­diaque ou orthopédique au Mali, au Séné­gal, en Iran… dans des struc­tures hos­pi­tal­ières aux normes européennes. Vous opér­erez des enfants et vous for­merez sur place des chirurgiens et vous enseignerez aux chirurgiens de votre ser­vice qui vous suiv­ront ! En Afghanistan, quand je vois une mal­for­ma­tion le matin, je demande une IRM qui est réal­isée sur place et je peux recevoir les résul­tats l’après-midi et l’opérer le lende­main si néces­saire. Donc nous don­nons aux patients les mêmes chances qu’ici. La meilleure chose que mes con­frères peu­vent faire, c’est de trans­met­tre ! Et s’ils ne peu­vent pas le faire en France, le monde entier est ouvert à eux.

On ne meurt plus d’épidémies mais du manque de chirurgiens et du manque de struc­ture. Effec­tive­ment, il faut être un peu disponible mais une fois qu’on a vécu cette expéri­ence, on y retourne car on y trou­ve un autre sens à la vie.

Ren­con­trez-vous par­fois des échecs ?

Oui, dans notre mis­sion de for­ma­tion. Nous avons for­mé des chirurgiens car­diaques au Viet­nam qui sont ensuite par­tis exercer à Sin­gapour. Cer­tains ne veu­lent plus s’occuper des pop­u­la­tions dému­nies car ils sont sous-payés ! C’est un semi-échec car nous avons cepen­dant par­ticipé à l’élévation du niveau chirur­gi­cal du pays et d’autres chirurgiens res­teront et d’autres patients pour­ront en prof­iter.