Com­ment définiriez-vous votre activ­ité, et pourquoi est-elle étroite­ment liée au secteur de la san­té ?
France Bénévolat est une asso­ci­a­tion recon­nue d’u­til­ité publique dont le but est de favoris­er et de recon­naître l’en­gage­ment bénév­ole asso­ci­atif pour une citoyen­neté active. Et les ques­tions de san­té en font pleine­ment par­tie. L’étymologie du mot bénévolat révèle deux choses : le vouloir et le bien vouloir. Être bénév­ole, c’est vouloir le bien. Mais c’est aus­si, et c’est impor­tant, bien le vouloir, c’est à dire la lib­erté de s’en­gager. Les bénév­oles dans le secteur de la san­té représen­tent 4 %. Cela peut paraître peu, par rap­port au sport, par exem­ple, où ils représen­tent 23 %, mais il s’agit tout de même de 600 000 per­son­nes engagées. Et dans le secteur de la san­té, les gens sont vrai­ment engagés. 85 % des heures offertes par les bénév­oles dans ce cadre le sont sur la base d’un engage­ment réguli­er. Et ce bénévolat aug­mente régulière­ment depuis une quin­zaine d’an­nées. Il y a de plus en plus d’as­so­ci­a­tions qui se créent sur la défense des droits des patients, de la famille, par rap­port à des patholo­gies ou des thé­ma­tiques très pointues.

Tra­ver­sons-nous actuelle­ment une crise du bénévolat ?
Crise quan­ti­ta­tive du bénévolat, cer­taine­ment pas. Il faut avoir en tête les grandes mass­es. Dans notre pays, nous avons 15 mil­lions de bénév­oles. La moitié sont des bénév­oles réguliers, l’autre, occa­sion­nels. L’important est que depuis une demi généra­tion, depuis 15 ans, on con­state une aug­men­ta­tion de l’engagement (env­i­ron 15 %). Autre nou­veauté : le pour­cent­age de jeunes (24 %) se rap­proche de celui des seniors (30 %), lesquels s’en­ga­gent d’ailleurs avec une moin­dre inten­sité d’heures. Et même si ces jeunes s’en­ga­gent volon­tiers selon des modal­ités qui ne sont pas pas com­pris­es par tous les respon­s­ables asso­ci­at­ifs, ils aiment s’en­gager en groupe, ont plus ten­dance à zap­per, à se livr­er à une forme de nomadisme asso­ci­atif, à réa­gir immé­di­ate­ment. Mais ils cherchent du con­cret, des résul­tats, et tout compte fait, cet engage­ment des jeunes représente une masse d’heures très impor­tante, et qui fait sens.
Si crise il y a, c’est celle du renou­velle­ment des cadres dirigeants : les baby-boomers sont depuis longtemps des papy-boomers. Il y a plusieurs années déjà, ils expri­maient sou­vent l’en­vie de réduire la voil­ure, de con­sacr­er moins d’heures au bénévolat et on con­state aujourd’hui que ces mêmes per­son­nes sont tou­jours là. Elles arrivent dif­fi­cile­ment à s’arrêter… et ont du mal à con­fi­er des respon­s­abil­ités aux généra­tions mon­tantes, lesquelles sont pour­tant prêtes pour cela.

Quelles sont les nou­velles modal­ités de l’engagement ?
Le bénévolat à dis­tance, ou e‑bénévolat, qui boome chez les jeunes. On doit relever leur capac­ité à se mobilis­er par ce biais, pour des caus­es et pour créer des événe­ments en util­isant les réseaux soci­aux, des « apps », etc… Aujourd’hui, chez les jeunes, le bénévolat est val­orisant et val­orisé. Pour faire la dif­férence entre deux can­di­da­tures quand on a 20 ou 25 ans, out­re le diplôme, les recru­teurs pren­nent de plus en plus en compte tout ce qui est à côté de l’expérience pro­fes­sion­nelle.
Notons que les pro­fes­sion­nels de san­té sont par­mi les bénév­oles les plus ouverts à la trans-généra­tionnal­ité. Ils sont de véri­ta­bles por­teurs de pro­jets, des per­son­nes dans la force de l’âge, « mul­ti-posi­tion­nées » qui ont 3, 4 ou 5 cas­quettes, tout en ayant une activ­ité libérale et en ayant fondé une asso­ci­a­tion qui envoie des médecins à l’é­tranger par exem­ple. Je pour­rais citer de nom­breux exem­ples. Et cette caté­gorie d’âge inter­mé­di­aire est une caté­gorie intéres­sante à con­cern­er pour assur­er le lien intergénéra­tionnel. J’enjoins donc les plus de 55 ans à don­ner des respon­s­abil­ités aux moins de 40 ans…et aux moins de 25 ans pareille­ment ! Il y a des instances formelles et informelles au niveau des asso­ci­a­tions comme le con­seil d’ad­min­is­tra­tion, les respon­s­abil­ités d’équipe, qui, si on les utilise et on les com­prend bien, sont les meilleurs vecteurs de ces renou­velle­ments néces­saires à la péren­ni­sa­tion des asso­ci­a­tions.