D’où est venue l’idée de Doc­tolib ?

Je me suis demandé il y a 5 ans com­ment je pou­vais con­tribuer à amélior­er la san­té. Je n’avais ni les moyens ni les com­pé­tences pour devenir médecin ou innover dans des biotech­nolo­gies. J’ai donc opté pour une inno­va­tion organ­i­sa­tion­nelle numérique afin de ren­dre le monde de la san­té plus humain et plus con­nec­té. Le con­stat est sim­ple. Pour les patients, le par­cours de soin est opaque et l’ac­cès aux soins est dif­fi­cile. Où aller ? Pourquoi aller là plutôt qu’ailleurs ? Quelles infor­ma­tions sont néces­saires ? En 2017, 6 mil­lions de Français ont renon­cé à des soins en rai­son des dif­fi­cultés d’accès ou des délais : 80 jours d’attente pour con­sul­ter un oph­tal­mo­logue, 60 pour un der­ma­to­logue. Les étab­lisse­ments de san­té sont eux isolés, frag­men­tés. Les organ­i­sa­tions des cab­i­nets libéraux sont glob­ale­ment sous-opti­males, avec 300 000 prati­ciens libéraux qui tra­vail­lent seuls, avec 100 mil­lions de ren­dez-vous non hon­orés par an, l’équiv­a­lent de 40 000 prati­cien temps plein qui ne ser­vent à rien. Des secré­tari­ats com­plex­es, une col­lab­o­ra­tion faible entre les acteurs, des moyens lim­ités. Com­ment amélior­er tout cela ? Com­ment trans­former la san­té par le numérique ?

Que pro­posez-vous ?

Il faut agir sur 3 plans. Créer le cab­i­net médi­cal 3.0, créer l’hôpi­tal 3.0 et amélior­er le par­cours et l’ac­cès au soin. Pour cela, 2 points sont pri­mor­diaux : tra­vailler sur la con­sul­ta­tion et éval­uer pour chaque inno­va­tion sa per­for­mance économique, humaine, et pour le patient. Créer le cab­i­net 3.0, c’est d’abord dégager du temps médi­cal. Réduire le temps admin­is­tratif. Réduire les ren­dez-vous non hon­orés. S’assurer que la con­sul­ta­tion est per­ti­nente. 30 % des con­sul­ta­tions font dou­blon ou n’interviennent pas au bon moment de la prise en charge. C’est aus­si se dot­er d’une nou­velle généra­tion de logi­ciels médi­caux, pour effectuer en ligne le plus de tâch­es : pré-con­sul­ta­tion, admis­sion, télé­con­sul­ta­tion, pre­scrip­tion. Enfin, le cab­i­net 3.0 est inter­pro­fes­sion­nel, avec plusieurs médecins qui col­la­borent. En Alle­magne, un médecin spé­cial­iste a 55 % de ren­dez-vous en plus. Les out­ils, nous les avons, c’est main­tenant juste une ques­tion d’usage et d’or­gan­i­sa­tion. L’hôpi­tal 3.0, c’est celui qui investit lui aus­si dans la con­sul­ta­tion, en plaçant l’expérience patient au cœur de sa démarche. Vidéo­con­sul­ta­tion, ges­tion des urgences en lien avec les médecins général­istes, col­lab­o­ra­tion avec les soins pri­maires. Tout cela doit se faire en ligne. Adress­er un patient doit se faire en 1 clic. Le numérique doit être ce moyen de trans­for­ma­tion et de crois­sance.

Quel est votre posi­tion­nement sur l’accès aux don­nées ?

La ques­tion de l’accès et du partage des don­nées de san­té, ce n’est pas la respon­s­abil­ité des acteurs privés, mais celle de l’É­tat, qui doit par exem­ple fournir le socle et l’in­fra­struc­ture du DMP. La loi devrait con­train­dre les acteurs comme nous à être interopérables, à dévers­er leurs don­nées dans le DMP. Après, les prati­ciens ou étab­lisse­ments de san­té déci­dent s’ils l’u­tilisent ou pas. In fine c’est l’usage qui doit compter. Com­bi­en de per­son­nes font de la télé­con­sul­ta­tion, com­bi­en de doc­u­ments sont partagés entre prati­ciens, est-ce que cela fait gag­n­er du temps à la secré­taire, est-ce que les con­di­tions de tra­vail du prati­cien s’améliorent ?
Doc­tolib n’a accès à aucune don­née, n’est pro­prié­taire d’aucune don­née. Elles sont encryp­tées. C’est pour nous un élé­ment fon­da­men­tal. Les don­nées, cela ne nous intéresse pas. Ce qui compte, c’est de fournir la meilleure tech­nolo­gie et le meilleur ser­vice, en pen­sant tou­jours à l’usage et à la per­for­mance économique et humaine. Dépass­er l’inertie sys­témique sur l’in­no­va­tion… Pour amélior­er la san­té des per­son­nes et le quo­ti­di­en des 2 mil­lions de Français qui tra­vail­lent dans le secteur de la san­té. Plus que la tech­nolo­gie, c’est ça qui compte : avoir une vision à long terme, et une dimen­sion human­iste.

Cette inter­view a été réal­isée à l’occasion du sémi­naire « Inno­va­tion et numérique » de San­té Cité le 16 novem­bre dernier.