C’est un para­doxe : la France dis­pose d’un sys­tème de san­té les plus per­for­mants selon l’OMS mais est aus­si le théâtre d’inégalités sociales et ter­ri­to­ri­ales mar­quées. Le pays est même l’un des plus mau­vais élèves en Europe occi­den­tale à ce sujet.

Pour Vie Publique France, les iné­gal­ités sociales de san­té « cou­vrent les dif­férences d’état de san­té entre indi­vidus ou groupes d’individus, liées à des fac­teurs soci­aux, et qui sont inéquita­bles, c’est-à-dire morale­ment ou éthique­ment inac­cept­a­bles et qui sont poten­tielle­ment évita­bles. » Ain­si, il con­vient d’identifier les zones mar­quées par ces iné­gal­ités de san­té et d’en déter­min­er les caus­es majeures pour ten­ter d’apporter un début de réponse.

Espérance de vie : des disparités géographiques réelles

En mars 2017 l’INSEE a remis à jour son tableau relatif à l’espérance de vie en France mét­ro­pol­i­taine en 2015. Il estime à 79 et 85,1 ans l’espérance de vie à la nais­sance, respec­tive­ment pour les hommes et les femmes. C’est dans le détail que les indi­ca­teurs met­tent en avant cer­taines iné­gal­ités : les Hauts-de-France représen­tent le ter­ri­toire aux esti­ma­tions les plus faibles avec une espérance de vie de 76,7 ans pour les hommes et 83,4 ans pour les femmes.

Source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/2012749#graphique-TCRD_050_tab1_regions2016

Les dis­par­ités mis­es en avant peu­vent d’abord s’expliquer par 2 grands déter­mi­nants selon Gwenn Men­vielle, chercheur, doc­teur en san­té publique et spé­cial­iste des iné­gal­ités sociales. Dans une pub­li­ca­tion inti­t­ulée “Les iné­gal­ités face à la san­té en France” elle dis­tin­guait :

  • Des fac­teurs struc­turels tels que le con­texte socioé­conomique (âge, eth­nie, genre, pro­fes­sion, revenu, envi­ron­nement), poli­tiques publiques, offre de soins iné­gal­i­taires, cul­ture et les valeurs de la société.
  • Des fac­teurs inter­mé­di­aires qui résul­tent des fac­teurs struc­turels : ils ren­voient à des con­sid­éra­tions plus matérielles découlant de la dimen­sion socioé­conomique de cha­cun : con­di­tions de vie, ali­men­ta­tion, addic­tions, fac­teurs psy­choso­ci­aux, accès lim­ité à la San­té… Ces déter­mi­nants con­stituent les prin­ci­paux indi­ca­teurs d’inégalité entre des indi­vidus et des pop­u­la­tions. C’est sur ces déter­mi­nants inter­mé­di­aires qu’il faut se pencher pour ten­ter de réduire les dis­par­ités qui touchent le ter­ri­toire français.

Des espaces de plus en plus délaissés par le corps médical

L’offre de soins est aus­si répar­tie de façon iné­gal­i­taire sur le ter­ri­toire français et con­stitue un déter­mi­nant struc­turel à ne pas nég­liger. La den­sité de médecins, spé­cial­istes, hôpi­taux con­tribue au main­tien en san­té ou non des pop­u­la­tions. Plus elles sont reculées des pré­fec­tures et de zones urbaines, plus le temps à un général­iste ou autre pro­fes­sion­nel de san­té est ral­longé. Pour exem­ple, la Cham­pagne-Ardenne, Bour­gogne ou Franche-Comté dis­posent de zones rurales par­ti­c­ulière­ment touchées par cette déser­ti­fi­ca­tion.

Dans un arti­cle du Monde paru en jan­vi­er 2018, le doc­teur Pierre Michelet­ti a récem­ment insisté sur cette ques­tion de la déser­ti­fi­ca­tion tout en rajoutant un nou­v­el élé­ment expli­catif : les iné­gal­ités d’accès à la san­té sont réelles mais moins impor­tantes que l’accessibilité finan­cière aux soins. Il en résulte que les pop­u­la­tions les plus dému­nies sont exposées à ce phénomène et que cer­taines spé­cial­ités médi­cales ten­dent mécanique­ment à dis­paraître.

L’exemple de la gyné­colo­gie est à ce titre très par­lant : Dans une enquête parue dans Le Monde, entre 2007 et 2017 le nom­bre de ces spé­cial­istes a dimin­ué de 41,6% en France. Les tar­ifs s’envolent et les délais de con­sul­ta­tion se ral­lon­gent à tel point que cer­taines femmes renon­cent à être suiv­ies. Le jour­nal estime qu’il n’y a que 1136 experts gyné­co­logues en activ­ité en France et que d’ici 2025, ils ne pour­raient être que 531. Dans la Creuse, on compte à peine 4,2 gyné­co­logues pour 100 000 habi­tants. Noëlle Men­neci­er, coprési­dente du Comité de défense de la gyné­colo­gie médi­cale tire la son­nette d’alarme : “L’ac­cès de plus en plus dif­fi­cile aux gyné­co­logues médi­caux met en dan­ger la san­té de mil­lions de femmes”.

La con­struc­tion et le développe­ment des iné­gal­ités dépen­dent ain­si d’une com­bi­nai­son com­plexe de fac­teurs « macro » et « micro ». La lutte con­tre ce phénomène dépend d’un dosage entre investisse­ment en infra­struc­tures et poli­tiques régionales pour rap­procher les pop­u­la­tions des corps médi­caux et cen­tres de soins.

Sources :

http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/d000538-l-avenir-du-systeme-de-sante-en-france/les-inegalites-face-a-la-sante

http://www.lemonde.fr/idees/article/2018/01/08/les-espaces-delaisses-par-les-professionnels-de-sante-sont-en-progression-constante_5238997_3232.html

https://www.lesinrocks.com/2018/01/27/actualite/penurie-de-gynecologues-le-reflet-de-linegalite-hommes-femmes-face-la-sante-111029272/

http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/protection-sociale/risque-sante/que-sont-inegalites-sociales-sante.html