Comme chaque année en sep­tem­bre, la Cour des Comptes pub­lie son rap­port sur l’application des lois de finance­ment de la Sécu­rité Sociale, dont une syn­thèse de 84 pages qui reprend ses prin­ci­pales recom­man­da­tions. Si le déficit de la Sécu­rité Sociale a con­tin­ué à se réduire, pas­sant de 10,3 mil­liards d’euros en 2015 à 7 mil­liards en 2016, le retour à l’équilibre des comptes a été décalé d’un an, de 2019 à 2020.

La chirurgie pèse à elle seule 15,6 mil­liards d’euros, soit un cinquième des dépens­es liées aux étab­lisse­ments de san­té. Cette activ­ité phare de notre secteur se trou­ve sous les feux de la rampe, les sages pro­posant de restruc­tur­er l’offre de soins chirur­gi­cale pour mieux assur­er la qual­ité des pris­es en charge.

Engagé dès 2006, le pro­jet de refonte des normes en chirurgie (nous sommes tou­jours sous le régime des décrets de 1956 !) avait été mis en som­meil, les pou­voirs publics renonçant finale­ment à fix­er un seuil d’activité min­i­mum de 1.500 séjours par an qui aurait con­duit à de nom­breuses fer­me­tures de ser­vices, essen­tielle­ment dans les hôpi­taux publics. La Cour des Comptes remet ce sujet à l’ordre du jour et pro­pose la créa­tion de seuils d’activité par site, puis à terme par chirurgien. Elle estime la sur­ca­pac­ité en chirurgie com­plète à 12.800 lits, soit 18%, et souligne une trop grande dis­per­sion des sites chirur­gi­caux, rap­pelant que 72 étab­lisse­ments réalisent moins de 1.500 séjours chirur­gi­caux par an.

La Cour des Comptes va plus loin en sou­tenant un découpage par spé­cial­ité de l’autorisation d’activité de chirurgie, qui est aujourd’hui glob­ale. Elle recom­mande de met­tre en place dans le cadre des GHT une offre de soins graduée à trois niveaux, en fonc­tion de la com­plex­ité des inter­ven­tions. Mais d’une gra­da­tion de l’offre de soins du GHT, on passe à une gra­da­tion de l’offre de soins du ter­ri­toire, oubliant au pas­sage que plus de la moitié de l’activité chirur­gi­cale est réal­isée en-dehors des GHT dans les étab­lisse­ments privés. Si elle peut faire sens au sein du GHT pour restruc­tur­er l’offre publique, une telle gra­da­tion serait dévas­ta­trice au niveau du ter­ri­toire et con­duirait aux mêmes effets per­vers que les décrets péri­na­tal­ité de 1998.

Enfin, cela ne sur­pren­dra per­son­ne, la Cour des Comptes invite à ampli­fi­er le virage ambu­la­toire. Elle souligne que la France con­naît tou­jours un retard impor­tant par rap­port aux pays com­pa­ra­bles, et que la poli­tique tar­i­faire sou­tient insuff­isam­ment la dif­fu­sion des inter­ven­tions en ambu­la­toire. Cet argu­ment est avancé depuis plusieurs années par la FHP-MCO, qui demande que les plans d’économies cessent de peser sur la chirurgie ambu­la­toire.

Le gou­verne­ment va devoir pré­cis­er sa vision poli­tique et met­tre en cohérence les out­ils dont il dis­pose — cam­pagne tar­i­faire, droit des autori­sa­tions et PRS — pour adapter l’offre chirur­gi­cale aux enjeux de sécu­rité, d’efficience et d’innovation.

https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2017–09/20170920-synthese-rapport-securite-sociale-2017_1.pdf