Vous avez consacré toute votre vie à soigner les femmes, qu’est-ce qui vous motive, aujourd’hui à la retraite, à persévérer ?

L’amour, la pas­sion de la femme ne s’arrête pas à la retraite. Au con­traire, l’humanitaire m’a per­mis de con­tin­uer à me préoc­cu­per de la san­té des femmes de façon bénév­ole. Le paiement à l’acte se fait alors en sourire, prière, vis­age plein de joie, danse, signes de ten­dresse. La richesse que l’on reçoit est beau­coup plus grande.

Depuis votre pratique de médecin, pensez-vous que le regard des femmes sur elles-mêmes a changé en France (dans les pays modernes) ?

Oui et Non ! Oui et même à l’extrême. Des mou­ve­ments fémin­istes se sont dévelop­pés. Cer­tains sont même franche­ment anti-hommes. Le bal­anci­er est passé de l’autre côté et ce n’est pas franche­ment utile. Non pour d’autres et pas for­cé­ment dans les sit­u­a­tions de pré­car­ité. Des femmes acceptent l’inégalité, d’autres les soumis­sions et subis­sent des vio­lences. Depuis une quin­zaine d’années, des pro­grès sur l’égalité et dans la lutte con­tre les vio­lences liées au genre, ont été réal­isés mais beau­coup reste à faire pour libér­er les 30 % de femmes tou­jours vic­times.

GSF agit principalement hors nos frontières mais aussi sur notre territoire, quels sont les points d’attention sur lesquels vous souhaiteriez alerter vos confrères qui accueillent des femmes dans les services d’urgences, dans les maternités privés ?

Ce n’est que depuis une dizaine d’années que le corps médi­cal a pris con­science des vio­lences faites aux femmes. Avant c’était le silence … Si d’immenses pro­grès ont été réal­isés, beau­coup de tra­vail reste à faire. Tout d’abord dans les ser­vices d’urgences, il faut savoir con­stater et rédi­ger cor­recte­ment un cer­ti­fi­cat médi­cal. Les suites judi­ci­aires vont en dépen­dre. Puis chaque étab­lisse­ment devrait avoir un référent ‘vio­lences’ for­mé. Tout le monde n’a pas la con­nais­sance ni le temps de répon­dre à la con­duite à tenir après le diag­nos­tic de vio­lences. Enfin, dans les mater­nités, lors de l’interrogatoire au cours des grossess­es, on doit pos­er sys­té­ma­tique­ment la ques­tion, « avez-vous subi des vio­lences ? » La vio­lence trans­forme la grossesse nor­male en grossesse pathologique.