Concrètement quelles conséquences les baisses de vos tarifs auront-elles sur votre métier ?

Cette déci­sion a un impact direct sur l’accès des patients à l’imagerie. Je nous donne une année pour en voir les effets. L’impact portera tout d’abord sur les capac­ités d’investissement des struc­tures qui pos­sè­dent les équipements d’imagerie, scan­ner, IRM, etc. et donc une baisse de qual­ité des équipements car nous ne pour­rons plus inve­stir dans des appareils haut de gamme. En ce sens, le revenu du radi­o­logue n’est pas impacté indi­vidu­elle­ment, mais la san­té du patient, oui, car les délais de rdv vont se ral­longer. Des équipements moins mod­ernes sont par exem­ple plus lents et rap­pelons tout sim­ple­ment que le for­fait tech­nique sert à financer le fonc­tion­nement de l’appareillage et le per­son­nel. Dimin­uer le for­fait revient à dimin­uer le per­son­nel et donc les heures d’ouverture. Je rap­pelle que nos tar­ifs ont déjà bais­sé de 900 mil­lions et que par ailleurs, l’enquête menée par la FNMR en 2015 sur un échan­til­lon de plusieurs cen­taines de nos adhérents a mon­tré que 18 % des sociétés qui por­tent les cen­tres de scan­ner et 5 % des cen­tres d’IRM étaient défici­taires. Nous avons prévu de renou­vel­er cette enquête d’ici fin 2017, et avec une baisse du for­fait tech­nique de 10 %, je ne serais pas sur­pris de voir ces chiffres grimper à 30 % pour les scan­ners et explos­er pour les IRM.

Jusqu’où êtes-vous prêts à aller dans votre bras de fer avec la CNAM ?

Nous sommes prêts à tout pour obtenir le retrait de l’article 99. Des actions, décidées et présen­tées cette semaine, démar­reront dès mars et pour­ront se déploy­er jusqu’au prochain PLFSS.

Comment voyez-vous l’avenir de votre profession ?

Les radi­o­logues sont au cen­tre de la démarche diag­nos­tic. La radi­olo­gie est une spé­cial­ité struc­turante indis­pens­able pour main­tenir le mail­lage ter­ri­to­r­i­al. Avec cette baisse des capac­ités d’investissement, la radi­olo­gie française va se trans­former en radi­olo­gie des pays émer­gents. Or je suis con­va­in­cu que les radi­o­logues français sont les meilleurs du monde quand on voit toutes les pub­li­ca­tions qui sont faites dans les con­grès inter­na­tionaux. Nous n’avons pas à rou­gir des Anglo-Sax­ons ou des Coréens. Je ne suis pas inqui­et pour l’avenir de la spé­cial­ité mais pour l’avenir de la prise en charge du patient. Plus d’une cen­taine de cab­i­nets ont fer­mé récem­ment. Cer­tains radi­o­logues par­tent à la retraite et ne trou­vent pas de suc­cesseur. Il n’est pas nor­mal d’attendre un mois pour pass­er une IRM quand on vient de vous dépis­ter un can­cer du sein.

Il faudrait enfin envis­ager un trans­fert de l’enveloppe de finance­ment de la chirurgie vers celle de la radi­olo­gie inter­ven­tion­nelle, et béné­fici­er d’un GHS. Notre spé­cial­ité, aujourd’hui à l’étroit, ne peut pas se dévelop­per. Au fond, est ce que les poli­tiques ont la réelle volon­té de soign­er les gens ?