L’objectif est de décloisonner nos deux systèmes public et privé

Selon vous, doit-on oblig­er les soignants à se vac­cin­er con­tre la grippe ?  
Oui, j’y suis favor­able, c’est un point déon­tologique. Il y a d’autres oblig­a­tions de vac­ci­na­tion pour les pro­fes­sion­nels de san­té sur lesquelles per­son­ne ne revient. Se vac­cin­er con­tre la grippe relève de notre devoir de respon­s­abil­ité.

Com­ment opti­miser la coor­di­na­tion des urgences publiques et privées en par­ti­c­uli­er dans des cir­con­stances spé­ciales comme celles d’une épidémie de grippe ou une vague de froid ?
Les urgences, qu’elles soient publiques ou privées, relèvent de la même mis­sion de ser­vice pub­lic. Les patients, eux, ne font pas la dif­férence quand il y a écrit « urgence ». Cette fron­tière entre pub­lic et privé est arti­fi­cielle. Tous les étab­lisse­ments de san­té doivent pren­dre en charge tous les patients, qu’ils aient ou non une cou­ver­ture sociale, qu’ils soient solv­ables ou non, mais à con­di­tion que l’établissement soit cor­recte­ment rémunéré car per­son­ne, ni la clin­ique, ni l’hôpital, ne veut tra­vailler gra­tu­ite­ment car der­rière les urgences, il y a évidem­ment le prob­lème de l’hospitalisation.

Le sys­tème de san­té français n’est-il cal­i­bré que pour répon­dre en péri­ode « de beau temps »?
Il n’y a pas un jour en France, surtout dans ma spé­cial­ité les urgences, où il y a du beau temps. C’est du temps agité en per­ma­nence et une petite goutte d’eau déclenche une tem­pête. Nous avons une épidémie de grippe, ce n’est pas Ebo­la, il faut rel­a­tivis­er, mais pour­tant nous voyons que le froid, la canicule, etc. font débor­der le sys­tème. Pub­lic ou privé, nous avons un sys­tème qui n’est plus capa­ble de s’adapter.

Je suis effaré d’entendre dans les débats poli­tiques en résumé que la droite veut tout miser sur les clin­iques, et la gauche sur l’hôpital. Les deux secteurs coex­is­tent, et d’ailleurs le sys­tème privé n’a de sens que parce que le sys­tème pub­lic existe et vice-et ver­sa. Sur le principe, les patients ne font pas la dif­férence. Je con­state toute­fois qu’ils la font de plus en plus pour des raisons finan­cières mais l’exigence des patients, c’est la qual­ité des soins, et ils ont droit à cette même qual­ité dans une clin­ique comme dans un hôpi­tal. La grande réforme est là : non pas recréer ou ren­forcer des fron­tières mais au con­traire abolir les fron­tières entre le pub­lic et le privé. Côté patient : il n’y a pas de fron­tière, et déon­tologique­ment, pour le médecin, non plus. Je devrais pou­voir exercer à la fois dans le secteur pub­lic et privé en partageant mon temps chaque fois que néces­saire sans que cela n’ait d’impact sur ma rémunéra­tion. C’est une inep­tie de dire que les urgences sont engorgées car les libéraux sont en vacances ! L’objectif est de décloi­son­ner.