Nous avons été alertés par twit­ter ! 

Comment les évènements se sont-ils déroulés ?

Tous les pro­fes­sion­nels de san­té à Nice ont fait preuve d’un grand professionnalisme.Ici aus­si nos médecins et soignants ont été nom­breux à se présen­ter spon­tané­ment à la clin­ique. À minu­it, nous étions beau­coup.

Ce sont des mem­bres du per­son­nel qui, con­nec­tés à twit­ter, ont don­né l’alerte chez nous. J’étais sur le pont dès 22h50 et le plan blanc a été immé­di­ate­ment déclenché : urgen­tistes présents tout d’abord, cel­lule de crise mise en place, appel de médecins et soignants dans l’ordre séquen­tiel, etc. Toute la procé­dure a été respec­tée à la let­tre.

Combien de patients avez-vous accueillis ?

Le pre­mier patient est arrivé en taxi mais très vite les pom­piers nous ont amené des patients lourds. Nous avons pris en charge dans la nuit une ving­taine de per­son­nes dont beau­coup d’étrangers. Nous avons procédé en urgence aux opéra­tions en diges­tif puis les opéra­tions en trau­ma­tolo­gie le ven­dre­di matin. Nous avons dû gér­er des sit­u­a­tions extrême­ment douloureuses. En par­al­lèle, nous avons pris en charge beau­coup de per­son­nes vrai­ment très choquées. Notre psy­cho­logue a tra­vail­lé toute la nuit.

Puis il y a eu une réplique le ven­dre­di où nous avons accueil­li presque une quin­zaine de patients sup­plé­men­taires qui, soit par civisme, ne voulant pas embouteiller les urgences, soit sous le choc, ne s’étaient pas man­i­festés. Ils souf­frent de chocs trau­ma­tique et psy­chologique.

Au moment où nous parlons (vendredi soir) l’urgence est aux soins, mais quels constats faites-vous déjà ?

Je suis choqué de con­stater que nous n’avons reçu aucune alerte de la part des tutelles. Nous avions il y a peu par­ticipé à des réu­nions « alerte atten­tat » organ­isées par la pré­fec­ture. Nous nous étions dotés à leur demande d’une boîte e‑mail dédiée, nous avions par­ticipé à des sim­u­la­tions. Mais jeu­di soir, per­son­ne n’a con­tac­té notre étab­lisse­ment de soins.

Par ailleurs le sys­tème de cen­tral­i­sa­tion des infor­ma­tions d’identité des vic­times (ORSAN) n’a pas per­mis une coor­di­na­tion de l’information pour les familles. Les proches des dis­parus ont tourné d’établissement en étab­lisse­ment sans pou­voir apais­er leurs inquié­tudes, induisant égale­ment une sur­charge émo­tion­nelle pour les soignants.

Enfin, aucune force de pro­tec­tion publique n’a pris posi­tion aux entrées de l’établissement et nous avons dû assur­er seuls la sécu­rité de l’établissement. Des enseigne­ments devront être tirés de cette sit­u­a­tion.