Les résul­tats de travaux pré­clin­iques menés par une équipe Inserm ont mon­tré le suc­cès de l’utilisation des bac­tério­phages, pour traiter une pneu­monie bac­téri­enne grave de la souris.

Cette méth­ode, appelée phagothérapie, con­siste à détru­ire les bac­téries grâce à des virus et à pal­li­er l’antibiorésistance.

 

Virus vs bactérie

Jean-Damien Ricard, chef adjoint du ser­vice de réan­i­ma­tion médi­co-chirur­gi­cale de l’hôpital Louis Mouri­er à Colombes, est par­fois con­fron­té dans sa pra­tique hos­pi­tal­ière à des infec­tions noso­co­mi­ales dues à la bac­térie E. coli, respon­s­able entre autres de pneu­monies sévères. Dans cette sit­u­a­tion pré­cise, cer­tains antibi­o­tiques sont effi­caces –  sous réserve que la bac­térie y soit sen­si­ble – mais les soignants sont con­fron­tés au prob­lème crois­sant de l’antibiorésistance, qui aug­mente les échecs des traite­ments antibi­o­tiques.

Afin de trou­ver une alter­na­tive en cas d’échec thérapeu­tique, les sci­en­tifiques ont recher­ché des phages spé­ci­fiques de la souche bac­téri­enne E. Coli, dans les eaux de sta­tion d’épuration : « Il existe des dizaines de mil­liers de phages dif­férents dans l’environnement », rap­pelle Jean-Damien Ricard.

Les dizaines de phages isolés ont été testés sur trois groupes de souris infec­tées par la souche E. Coli : un pre­mier groupe de souris n’ayant reçu aucun traite­ment, le sec­ond ayant inhalé une dose unique de phages et le dernier groupe ayant été traité avec un antibi­o­tique de référence en forte dose.

Des phages aussi efficaces qu’un antibiotique ?

Alors que toutes les souris non traitées sont décédées des suites de l’infection, 100 % des ani­maux des deux autres groupes ont survécu. « Les bac­tério­phages ont eu exacte­ment la même effi­cac­ité qu’un antibi­o­tique. Ce bon résul­tat atteste de l’efficacité des phages à détru­ire la bac­térie in vivo et incite à pour­suiv­re ces travaux », pré­cise Jean-Damien Ricard.

Par ailleurs, aucun effet indésir­able n’a été observé dans le groupe de souris traitées avec des phages.

L’étude de la phagothérapie n’est pas nou­velle : décou­verte par Fred­er­ick W Twort, en 1915 à Lon­dres, elle a été isolée par le français Félix D’Hérelle en 1917. Mais à par­tir des années 1930, les phages tombent en désué­tude, au prof­it des antibi­o­tiques. Après trente ans d’oubli, les recherch­es sur la phagothérapie en Europe occi­den­tale, tan­dis que plus à l’Est la méth­ode est util­isée couram­ment.