Quel est votre sentiment sur la Stratégie nationale de santé, à l’heure où son élaboration se précise ?

Sur le fond, nous adhérons aux trois piliers qui avaient été annon­cés pour la Stratégie nationale de san­té, à savoir la préven­tion et la pro­mo­tion de la san­té, le par­cours de san­té et de soins, et la démoc­ra­tie san­i­taire. Main­tenant, nous avons des inter­ro­ga­tions con­cer­nant les 120 mesures annon­cées par la loi de san­té qui sont encore trop con­ceptuelles et pour lesquelles nous ne dis­posons par d’informations suff­isantes quant à leur mise en œuvre. Un élé­ment con­cret mis en avant est la général­i­sa­tion du tiers payant, dès 2015 pour les patients béné­fi­ciant de l’ACS et en 2017 pour l’ensemble de la pop­u­la­tion. Mais quand on voit la lev­ée de boucliers qu’une telle mesure de bon sens peut provo­quer, on se demande ce qu’il en sera de l’application de dis­po­si­tions plus struc­turelles. Au CISS, nous soutenons mal­gré tout cette général­i­sa­tion du tiers payant : nous avons mené des enquêtes qui mon­trent que 24 % des foy­ers ayant des revenus nets men­su­els inférieurs à 1 400 euros renon­cent ou repor­tent des soins pour des ques­tions finan­cières, d’où l’importance à nos yeux d’une telle mesure qui facilit­era con­crète­ment l’accès aux soins sans créer de charge nou­velle pour notre sys­tème d’assurance mal­adie (l’expérience des béné­fi­ci­aires de la CMU‑C, qui béné­fi­cient déjà du tiers payant, mon­tre qu’il n’y a pas de sur­con­som­ma­tion avérée de soins mais au con­traire rat­tra­page de la con­som­ma­tion de soins néces­saires pou­vant impli­quer à terme d’éviter des soins tardifs plus coû­teux pour la col­lec­tiv­ité). C’est pourquoi le CISS ne chang­era pas de posi­tion par rap­port au tiers payant car nous ren­con­trons trop de per­son­nes éloignées du sys­tème, qui ne se soignent pas ou font de l’auto-médication là où elles devraient être prise en charge par un médecin. Le renon­ce­ment aux soins soit beau­coup plus éten­du que ce l’on pense.

Avez-vous l’impression qu’elle place le patient au centre du système de soin ?

Dans la présen­ta­tion qui est faite des ori­en­ta­tions de la loi, le patient appa­raît effec­tive­ment au cœur du sys­tème. Cer­taines annonces ren­trent dans nos préoc­cu­pa­tions : la préven­tion dès le plus jeune âge faite par des pro­fes­sion­nels de san­té ain­si que par des pro­fes­sion­nels issus d’autres dis­ci­plines, ou encore le par­cours de san­té qui ren­tre bien dans le com­bat que mène le CISS con­tre les iné­gal­ités de san­té et l’accès à des soins de qual­ité pour tous. Mais tout cela ne peut se faire qu’avec la mise en place d’un véri­ta­ble accom­pa­g­ne­ment des patients dans leur par­cours de san­té, ce que le CISS a for­mal­isé dans ses propo­si­tions sous la forme de Cen­tres d’accompagnement pour l’autonomie en san­té, notam­ment en ce qui con­cerne les soins de ville mais aus­si le lien entre ceux-ci et les struc­tures hos­pi­tal­ières, médi­co-sociales et sociales en par­ti­c­uli­er dans le cadre des mal­adies chroniques. Nous souhaitons égale­ment que des représen­tants d’associations d’usagers et de patients puis­sent être for­més afin de pren­dre leur part par­ti­c­ulière­ment légitime à ce tra­vail d’accompagnement sur leur ter­ri­toire. Cette remar­que sur la val­ori­sa­tion et la recon­nais­sance de la place des acteurs asso­ci­at­ifs vaut aus­si dans le cadre de l’éducation thérapeu­tique par exem­ple. Ce qui néces­site bien enten­du quelques moyens pour ren­dre cette par­tic­i­pa­tion asso­cia­tive opérante. D’autres axes pris en compte dans la loi, et sur lesquels nous serons par­ti­c­ulière­ment atten­tifs quant aux dis­po­si­tions con­crètes qui vien­dront les met­tre en œuvre, con­cer­nent l’ouverture à la société civile des don­nées publiques de san­té anonymisées des patients ain­si que la nième évo­lu­tion du DMP, qui sem­ble devenir un dossier médi­cal partagé. Sur ce dernier point, si nous sommes intime­ment con­va­in­cus de l’importance d’un dossier médi­cal infor­ma­tisé comme out­il accom­pa­g­nant une meilleure coor­di­na­tion des soins, nous res­terons très pru­dents et cri­tiques sur le fait que la dimen­sion patient de cet out­il est main­tenue comme pre­mière. Nous avons pris posi­tion en ce sens mais atten­dons des pré­ci­sions.

Êtes-vous inquiète des risques que la Stratégie nationale de santé fait courir à la médecine libérale et au secteur privé hospitalier ?

Actuelle­ment avec cette « réno­va­tion » du ser­vice pub­lic hos­pi­tal­ier, nous avons en tant que représen­tants des usagers une lec­ture de la loi qui sem­ble qu’une offre de soin à tarif oppos­able doit exis­ter sur tout le ter­ri­toire pour l’ensemble de la pop­u­la­tion. On sent égale­ment une volon­té de trou­ver des solu­tions à la répar­ti­tion hétérogène actuelle des étab­lisse­ments sur le ter­ri­toire et de l’offre de soins en ambu­la­toire. Nous ne pou­vons qu’y être favor­ables. Pour les étab­lisse­ments privés qui vont ren­tr­er dans le ser­vice hos­pi­tal­ier pub­lic rénové, les oblig­a­tions sont impor­tantes, notam­ment au niveau des tar­ifs oppos­ables. Les craintes du secteur privé sont vraisem­blable­ment liées au fait que nous ne dis­posons que de peu de détails, par exem­ple sur la ques­tion de savoir si les étab­lisse­ments privés auront la pos­si­bil­ité de ne faire ren­tr­er dans ce ser­vice pub­lic hos­pi­tal­ier qu’une par­tie seule­ment de leur activ­ité.