Jean-Christophe Bri­ant, directeur d’é­tudes chez Xer­fi-Pre­cep­ta, auteur de « Les clin­iques de court séjour (MCO) — Dessin­er la clin­ique de demain pour restau­r­er durable­ment les marges ».

Suite à l’analyse que vous venez de réalis­er, quel bilan faites-vous de la sit­u­a­tion actuelle des étab­lisse­ments de san­té MCO privés ?
Ce qui frappe, au-delà de l’évolution con­jonc­turelle des per­for­mances économiques et finan­cières des clin­iques MCO privées, c’est le main­tien entre 25% et 35% de la part annuelle des sociétés d’exploitation affichant un résul­tat d’exploitation négatif sur la péri­ode 2007–2012. Con­stam­ment sous pres­sion, les clin­iques sont sou­vent vic­times de rap­ports de force défa­vor­ables avec l’ensemble des agents qui com­posent leur envi­ron­nement : du médecin libéral spé­cial­iste aux pou­voirs publics et autorités de tutelle « tout puis­sants », en pas­sant par les four­nisseurs et les hôpi­taux publics et ESPIC, qui con­cur­ren­cent désor­mais les opéra­teurs privés sur leur cœur de méti­er, sans compter la rela­tion au patient biaisée par le par­cours de soins. Dès lors, il s’agit pour la clin­ique de mobilis­er des leviers qui lui per­me­t­tront de rénover et rééquili­br­er ses rap­ports à son envi­ron­nement et ain­si desser­rer l’étreinte con­cur­ren­tielle.

Que pré­conisez-vous pour redonner toute leur sou­veraineté aux étab­lisse­ments de san­té privés ?
L’avenir de la clin­ique privée, c’est l’« hôpi­tal privé ». Un con­cept pas si nou­veau mais qui prend aujourd’hui tout son sens. Diverse, la clin­ique d’aujourd’hui peut tout de même être qual­i­fiée de petite mais très pro­duc­tive, spé­cial­isée et fil­ial­isée (moins de 100 clin­iques MCO privées demeurent indépen­dantes). Grâce à la mobil­i­sa­tion de grands leviers indus­triels (« effet taille », « effet groupe » et « effet réseau ») et de leviers qual­i­tat­ifs plus ciblés (rela­tion à géométrie vari­able avec le médecin libéral, rela­tion « don­nant-don­nant » avec les autorités de tutelle, créa­tion d’une mar­que, amélio­ra­tion de l’expérience « clin­ique »…), la clin­ique de demain sera plus grosse et diver­si­fiée dans le respect d’une logique de pôle d’excellence. Elle appar­tien­dra à un groupe ou au moins un groupe­ment. Elle sera davan­tage ancrée dans le ter­ri­toire (ren­force­ment des rela­tions amont et aval) et se dotera d’une véri­ta­ble stratégie de mar­que à l’image de ce que font déjà nom­bre de CH. Cette dynamique de trans­for­ma­tion est d’ores et déjà en marche comme en témoigne la mul­ti­pli­ca­tion des opéra­tions de rachats et de ces­sions d’établissements, de regroupe­ments, de restruc­tura­tions et de reengi­neer­ing des plateaux tech­niques ain­si que l’accélération des investisse­ments dans les sys­tèmes d’information (ex : mobil­ité, sécu­rité / con­fi­den­tial­ité, dématéri­al­i­sa­tion…), le mar­ket­ing dig­i­tal (ex : site Inter­net, réseaux soci­aux…) ou encore la dig­i­tal­i­sa­tion des blocs opéra­toires.

Com­ment peut-on, selon vous, retrou­ver un modus viven­di sere­in et con­struc­tif avec les insti­tu­tions ?
Pour répon­dre aux exi­gences des pou­voirs publics tout en préser­vant les intérêts pro­pres au statut privé com­mer­cial, les clin­iques dis­posent de plusieurs leviers. La con­cen­tra­tion impor­tante d’équipements au sein d’un ter­ri­toire de san­té per­ti­nent con­fère à un ensem­ble (ex : un « hôpi­tal privé » ou un étab­lisse­ment affil­ié à un groupe ter­ri­to­r­i­al ou région­al) un pou­voir de négo­ci­a­tion sig­ni­fi­catif à l’égard des autorités de tutelle. La mise en place d’une rela­tion « don­nant-don­nant » avec les autorités de tutelle quitte à dévelop­per des activ­ités moins attrac­tives et renta­bles s’avère payante. Au même titre que l’« insti­tu­tion­nal­i­sa­tion » de l’actionnariat des groupes de clin­iques (entrée de mutuelles, ban­ques, groupes d’assurance dans le cap­i­tal).