
Pr Norbert IFRAH, président de l’Institut national du cancer
Le 26 juin 2026, vous avez mis fin à 10 ans de présidence de l’Institut national du cancer. Quels projets, avancées, quelles innovations ont marqué vos mandats ?
Il est complexe d’isoler des projets au sein de ce qui a constitué un continuum du premier plan cancer de 2003 à la stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021–2030. Toutes ces initiatives sont la mise en œuvre d’une conception, voire d’une philosophie. Tout au long de mes mandats, j’ai porté la conviction que le « meilleur cancer » est celui que l’on n’a pas, et que, au moins pour les cancers agressifs, plus un diagnostic est précoce, plus le combat est efficace.
Les actions engagées pour éradiquer, à terme, les cancers liés aux papillomavirus humains ont marqué ces dix dernières années. Elles sont le fruit d’un travail collectif et d’une mission partagée — sous la commande de l’État — entre les équipes de l’Institut et les parties prenantes. Dans cette même dynamique, il faut souligner les avancées majeures en matière de dépistage des cancers du poumon, avec le lancement d’un programme de recherche. La collaboration avec la Société française de radiologie a ici été exemplaire en termes de formation et de suivi du programme IMPULSION (IMPlémentation du dépistage du cancer PULmonaire en populatION), lancé à la demande de la Haute Autorité de santé. Un programme qui associe un scanner à faible dose à une proposition de sevrage tabagique.
Enfin, sur le plan de la prise en charge, je retiens la capacité de l’immunothérapie à guérir certains cancers, notamment mais pas seulement, hématologiques, ainsi que les évolutions organisationnelles structurantes pour la lutte contre les cancers pédiatriques.
Quels dossiers ou projets en cours souhaitez-vous voir aboutir ?
Depuis le début de mon mandat, le soutien à la recherche, la création de réseaux d’excellence pour les cancers rares ou de mauvais pronostic et la réflexion autour de la structuration des registres ont été des fils conducteurs.
Et puis, la place de l’Institut national du cancer à l’international me tient également à cœur. Grâce à l’impulsion de mes prédécesseurs, l’Institut possède une assise solide et un avenir prometteur pour poursuivre cette ambition internationale. Ainsi, l’implication de l’Institut s’inscrit dans sa participation aux activités du Centre international de recherche sur le cancer à Lyon dont j’ai présidé le conseil de gouvernance de 2022 2025, la création en 2023 du G7 cancer, ainsi que dans son engagement dans le plan européen pour vaincre le cancer et la Mission cancer Europe.
Par ailleurs, l’Institut a pris le relais des industriels dans la formation des futurs cancérologues, en coopération étroite avec le corps enseignant. Qu’il s’agisse de cancérologie adulte, d’hématologie ou de pédiatrie, cette évolution a permis d’assurer un enseignement doté des moyens nécessaires et suffisamment indépendant pour s’adapter aux enjeux actuels.
La logique qui a guidé mon action reste immuable : « un tout est beau lorsqu’il est un ».
D’un point de vue plus global, quels sont à moyen terme les enjeux de la lutte contre les cancers ?
La logique de la vaccination, telle que celle contre les papillomavirus humains, repose sur une protection de l’individu et de la population. Le bénéfice est double. Cette mesure est d’autant plus capitale que le cancer du col de l’utérus reste l’un des rares cancers dont le pronostic se dégrade et pour lequel, même en cas de guérison, les complications comme le risque d’accouchement prématuré, sont bien regrettables.
Par ailleurs, les campagnes de dépistage, notamment celle contre le cancer colorectal, constituent un enjeu majeur des politiques de santé à venir.
L’Institut national du cancer a le devoir de traiter les sujets in toto, sans effet d’annonce. Nous devons persévérer dans la création de réseaux d’excellence et soutenir l’innovation pour les cancers de mauvais pronostic. Toutes ces orientations, et plus largement la lutte contre les cancers sont largement soutenues par nos parlementaires, au-delà des clivages politiques.