Dr Marc Villaceque, président du Conseil national professionnel cardio-vasculaire

Le 5 mai 2026, le CNP cardio-vasculaire a organisé une conférence de presse consacrée à la prévention cardiovasculaire chez la femme. Pourquoi cette mobilisation est-elle nécessaire ?

Dans le cadre du plan d’action pour l’égalité porté par le min­istère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte con­tre les dis­crim­i­na­tions (2024–2027), le CNP car­dio-vas­cu­laire s’est engagé sur cette thé­ma­tique et a présen­té ses travaux lors de la con­férence de presse du 5 mai 2026.

Deux doc­u­ments ont été dévoilés. Le pre­mier est des­tiné aux pro­fes­sion­nels de san­té et porte sur la préven­tion car­dio­vas­cu­laire chez la femme. Ce doc­u­ment de huit pages revient sur plusieurs idées reçues.

Les patholo­gies car­dio-neu­rovas­cu­laires touchent davan­tage les femmes que les hommes. En 2023, 72 078 femmes sont décédées d’une mal­adie car­dio-neu­rovas­cu­laire con­tre 64 161 hommes*. Cela représente près de 200 décès de femmes par jour. En moyenne, les femmes ont cinq fois plus de risque de mourir d’un acci­dent car­diaque que d’un can­cer du sein. Enfin, Depuis 2008, le nom­bre d’in­farc­tus aug­mente de plus de 5 % par an chez les femmes de moins de 65 ans en France, comme dans d’autres pays**.

Ce doc­u­ment a été réal­isé avec le sou­tien du Col­lège de médecine générale, CNP de médecine d’urgence, la Société nationale de gyné­colo­gie médi­cale, le CNP de la phar­ma­cie, la Société française de car­di­olo­gie, le Syn­di­cat nation­al des car­di­o­logues, le Col­lège nation­al de car­di­o­logues hos­pi­tal­iers, le Col­lège nationale des car­di­o­logues français, la Société française d’hypertension artérielle, la Fédéra­tion française de car­di­olo­gie, la fon­da­tion Cœur et recherche, Agir pour le cœur des Femmes, ain­si que le min­istère de la San­té, des Familles, de l’Autonomie et des Per­son­nes hand­i­capées.

Nous sommes plus d’une dizaine d’acteurs réu­nis autour de cette cause, car il est néces­saire de mieux pro­téger les femmes et de ren­forcer la préven­tion du risque car­dio­vas­cu­laire.

Quels sont les principaux facteurs de risque ?

Il existe ceux liés au mode de vie : tabag­isme, séden­tar­ité, ali­men­ta­tion déséquili­brée, sur­poids ou obésité, stress. D’autres résul­tent d’un bilan clin­ique : hyper­ten­sion artérielle, dys­lipidémie, antécé­dents famil­i­aux et dia­bète. Par ailleurs, cer­taines patholo­gies plus fréquentes chez la femme aug­mentent le risque car­dio­vas­cu­laire : mal­adies inflam­ma­toires, mal­adies psy­chi­a­triques, mal­adies auto-immunes ou encore migraine avec aura. Il faut égale­ment pren­dre en compte des patholo­gies féminines : can­cer du sein, insuff­i­sance ovari­enne pré­maturée, endométriose ou grossess­es com­pliquées. Autant d’événements qui peu­vent con­duire, 15 à 20 ans plus tard, à l’apparition de patholo­gies car­diaques.

De plus, nous avons iden­ti­fié qua­tre fac­teurs de risque émer­gents : les vio­lences sex­istes et sex­uelles, la charge men­tale, la pré­car­ité socio-économique et la pol­lu­tion.

Comment mettre en œuvre cette prévention du risque cardiovasculaire chez la femme ?

Les sociétés savantes parte­naires con­stituent un relais essen­tiel pour sen­si­bilis­er les pro­fes­sion­nels impliqués dans la san­té des femmes. Les médecins général­istes et les gyné­co­logues sont par­ti­c­ulière­ment con­cernés par cette cam­pagne.

Ensem­ble, nous devons évoluer vers une médecine préven­tive. 80 % des mal­adies car­dio­vas­cu­laires sont évita­bles dès lors que les fac­teurs de risque sont iden­ti­fiés et sur­veil­lés***.

C’est pourquoi, lors de la con­férence de presse, nous avons égale­ment présen­té une affiche des­tinée au grand pub­lic afin d’inciter les femmes à inter­roger leur médecin sur leur risque car­dio­vas­cu­laire.

Dans la con­ti­nu­ité de ces travaux, le Dr Yan­nick Neud­er, député de l’Isère, ancien min­istre de la San­té et car­di­o­logue, a présen­té en avril 2026 une propo­si­tion de loi visant à accélér­er la préven­tion car­dio-neu­rovas­cu­laire et à anticiper un risque san­i­taire et social majeur.

*https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2025/13/2025_13_1.html

**https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28329052/

***https://world-heart-federation.org/wp-content/uploads/World-Heart-Report-2023.pdf