
Cécile Beltran, déléguée régionale FHP Occitanie
Les cohortes d’infirmiers formés correspondent-elles aux besoins ?
Cette question nécessiterait une analyse territoriale par bassin car le marché du travail n’est pas homogène… quant à avoir une vision prospective à 5 ans, c’est mission impossible.
La formation d’infirmier se trouve « au milieu du gué », confrontée simultanément aux défis du financement et de la mise en œuvre du nouveau référentiel et de ses impacts concernant l’avenir. Ainsi, depuis deux ans, le financement des 6 600 places Ségur dans les IFSI donne lieu à un véritable « feuilleton » lors des débats sur la loi de finances, avec un vote par amendement. À ce jour, l’intégralité des places Ségur n’est pas ouverte sur Parcoursup pour la rentrée de septembre 2026. Si cette situation se confirmait, l’impact se mesurera en 2029, dans les difficultés de recrutement.
Par ailleurs, les instituts de formation sont directement impactés par les réformes de financement de l’apprentissage et de la formation professionnelle. Ces réformes réduisent le nombre d’apprenants financés par les OPCO, avec la question parallèle de savoir si les régions vont accepter de financer ces places pour des formations initiales afin de maintenir les quotas, ou s’il faudra trouver d’autres financeurs pour assurer la pérennité de nos instituts ?
Comment maintenir, voire développer, l’attractivité du métier (évolution de carrière, spécialisation, niveau de responsabilités…) ?
Par l’apprentissage, car nous sommes convaincus de l’intérêt du dispositif et nous travaillons avec la FHP pour sa pérennité et son inclusion dans le nouveau référentiel de formation infirmier, dont la mise en œuvre est prévue en septembre 2026.
Ensuite par la promotion professionnelle, avec le dispositif dérogatoire de formation des aides-soignants en deux ans. Pourtant, avec l’universitarisation de la formation infirmière, son accès nécessite soit d’avoir le Bac, soit de réaliser une valorisation des acquis professionnels et personnels (VAP). Un dispositif dérogatoire a bien été prévu spécifiquement pour 2026, mais sans garantie de pérennisation, ce qui risque de réduire le flux de candidats concernés.
Enfin, par le déploiement des protocoles de coopérations entre professionnels de santé, afin de développer les compétences des soignants à partir des besoins du terrain.
Quels sont les enjeux liés à la formation des infirmiers ?
Nous avons besoin d’infirmiers sur le terrain dans les établissements de santé, dans les Ehpad, en libéral… Il s’agit-là d’une profession « pivot » pour prendre en charge la population, et plus particulièrement les patients.
Or, il semble aujourd’hui que cette finalité première du diplôme soit oubliée, au risque de revenir vers une période de pénurie, notamment en Occitanie, qui fait face à un défi démographique (augmentation annuelle de la population de 0,6 % / 7 % de la population a plus de 80 ans).
Si la diminution des cohortes de professionnels accédant au marché du travail, qu’elle soit due à des raisons financières ou à l’orientation des études vers des niveaux supérieurs (Master…) devenait une réalité, nous devrions faire face à une inadéquation entre les besoins et les ressources.
Afin d’inverser cette tendance, la FHP se bat pour obtenir les moyens nécessaires. La formation des infirmiers est un sujet politique, de santé publique, nécessitant une vision à moyen terme !
Lire l’interview de Cécile Beltran sur la formation des infirmiers par la FHP Occitanie, parue en mars 2023.