La qual­ité des soins n’est pas un sup­plé­ment d’âme : elle con­stitue un levi­er déter­mi­nant d’efficience pour les étab­lisse­ments de san­té et, au-delà, une con­di­tion de souten­abil­ité de notre sys­tème d’Assurance mal­adie. La pub­li­ca­tion récente par la Cour des comptes de son éval­u­a­tion de la poli­tique d’amélioration de la qual­ité des soins en étab­lisse­ment vient utile­ment le rap­pel­er.

Les con­stats sont sans ambiguïté. La qual­ité des soins engage aus­si des enjeux financiers majeurs. En s’appuyant sur des extrap­o­la­tions issues des travaux de l’OCDE, la Cour estime à 22 mil­liards le coût des soins inutiles ou à faible valeur, à plus de 11 mil­liards d’euros celui de la répa­ra­tion des préju­dices évita­bles, aux­quels s’ajoutent entre 2,2 et 5,2 mil­liards liés aux infec­tions noso­co­mi­ales. Ces ordres de grandeur don­nent le ver­tige et aus­si la mesure des marges de pro­grès. Rap­portés à un ONDAM hos­pi­tal­ier d’un mon­tant de 112,8 mil­liards d’euros, les seuls soins de faible per­ti­nence représen­teraient près d’un cinquième des dépens­es. Même en inté­grant une incer­ti­tude sig­ni­fica­tive sur ces esti­ma­tions, les gains poten­tiels demeurent con­sid­érables, équiv­a­lents à trois années d’évolution de l’ONDAM.

Au-delà de ces chiffrages, la Cour souligne la com­plex­ité d’un pilotage encore trop dif­fus, mar­qué par la mul­ti­plic­ité des acteurs et le car­ac­tère mul­ti­di­men­sion­nel de la qual­ité. Elle pointe égale­ment les lim­ites d’outils prin­ci­pale­ment cen­trés sur les proces­sus, qui n’intègrent que mar­ginale­ment les résul­tats et la per­ti­nence des soins, pour­tant au cœur des approches les plus avancées à l’international.

Ces analy­ses appel­lent une évo­lu­tion de notre mod­èle. Ren­dre plus lis­i­bles les objec­tifs, recen­tr­er les dis­posi­tifs sur les résul­tats pour le patient, ren­forcer la per­ti­nence des pris­es en charge et la trans­parence des pra­tiques sont autant de con­di­tions pour trans­former durable­ment la poli­tique de qual­ité.

Ces propo­si­tions for­mulées par la Cour des comptes ne peu­vent qu’emporter notre adhé­sion. Elles visent notam­ment à mieux pren­dre en compte les événe­ments indésir­ables graves, à ratio­nalis­er et ori­en­ter les indi­ca­teurs vers les résul­tats, à ren­forcer la sur­veil­lance de cer­taines activ­ités, à sécuris­er l’usage des médica­ments à risque, à dévelop­per la mesure de l’expérience et des résul­tats rap­portés par les patients, ain­si qu’à faire évoluer les dis­posi­tifs d’accréditation et de gou­ver­nance.

Amélior­er la qual­ité des soins, c’est à la fois répon­dre à une exi­gence éthique et dégager des marges de manœu­vre indis­pens­ables pour l’avenir de notre sys­tème de san­té. C’est un choix stratégique qui engage l’ensemble des acteurs et sup­pose une action cohérente, lis­i­ble et résol­u­ment tournée vers la valeur des soins délivrés.

Frédérique Gama
Prési­dente de la FHP-MCO