
Le premier avis rendu cette année par le Comité d’alerte sur l’évolution des dépenses d’Assurance maladie s’inscrit dans un moment charnière du pilotage de l’ONDAM. Instance issue de la loi du 13 août 2004, il ne se contente pas d’éclairer les trajectoires, il en balise les marges de manœuvre et conditionne toute décision de dégel du coefficient prudentiel. Si ce premier rendez-vous n’anticipe pas les arbitrages d’octobre prochain, il en dessine déjà les lignes de force.
Le diagnostic est nuancé. À ce stade précoce, le risque de franchissement du seuil d’alerte de 0,5 % apparaît écarté. Pour autant, l’hypothèse d’un dépassement modéré de l’ONDAM ne peut être exclue, et le comité appelle ainsi à une vigilance accrue les deux fronts des dépenses de ville et de la situation financière des établissements de santé publics. En creux, c’est la soutenabilité globale des comptes sociaux qui se joue, avec un déficit susceptible de s’écarter des prévisions de la loi de financement pour 2026.
Dans ce contexte, les mécanismes endogènes de régulation jouent un rôle d’amortisseur. Le coefficient prudentiel, fixé à 0,7 %, et les crédits mis en réserve constituent des leviers destinés à contenir une éventuelle dérive de l’activité tarifée. Leur mobilisation, déjà totale en 2025, traduit cependant une gestion sous contrainte, où les marges se réduisent.
Parallèlement, la décision gouvernementale de cette semaine de geler une partie des dépenses sociales à hauteur de 2 milliards, dans une logique de précaution budgétaire, accentue l’incertitude. Elle confirme une approche essentiellement annuelle, incompatible avec les besoins de visibilité des acteurs. Nous ne cessons d’alerter les pouvoirs publics sur notre situation très fragilisée, l’érosion de notre capacité d’investissement et de revalorisation salariale, sans perspective de correction à court terme.
Ce premier avis, loin d’être anodin, rappelle que la régulation infra-annuelle ne saurait tenir lieu de stratégie. Sans trajectoire pluriannuelle lisible, le système demeure exposé à des ajustements successifs, au détriment de la stabilité et de la transformation attendues de notre offre de soins.
Frédérique Gama
Présidente de la FHP-MCO