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Loïc KÉRIBIN, adjoint au chef du service certification des établissements de santé, Direction de l’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins — HAS

Quelles sont les éventuelles adaptations du référentiel de certification HAS sur les PUI ?

Le 6ᵉ cycle de cer­ti­fi­ca­tion, en vigueur depuis sep­tem­bre 2025, s’inscrit dans la con­ti­nu­ité du précé­dent avec une ambi­tion claire : mieux éval­uer la per­ti­nence des pra­tiques pro­fes­sion­nelles et leur impact réel sur les résul­tats clin­iques. Autrement dit, on ne regarde plus unique­ment si les organ­i­sa­tions exis­tent, mais si les pra­tiques sont adap­tées, appliquées et utiles pour les patients et les équipes.

Les évo­lu­tions mis­es en œuvre dans ce 6e cycle con­stituent en elles-mêmes des adap­ta­tions sig­ni­fica­tives pour ren­forcer les exi­gences sur le cir­cuit du médica­ment, un enjeu clé. Pour les phar­ma­cies à usage intérieur (PUI) et l’ensem­ble des étab­lisse­ments, le référen­tiel a été adap­té pour ren­dre impérat­ifs plusieurs critères liés au médica­ment :

  • La pre­scrip­tion des médica­ments (Crit. 2.2–02)
  • L’ad­min­is­tra­tion des médica­ments (Crit. 2.2–05)
  • La préven­tion des risques d’er­reur médica­menteuse (Crit. 2.2–06)
  • La per­ti­nence des pre­scrip­tions d’an­tibi­o­tiques (Crit. 2.4–02)

De plus, le critère sur la con­cil­i­a­tion médica­menteuse (Crit. 2.1–04), qui était un critère avancé dans le cycle précé­dent, est devenu un critère stan­dard, aug­men­tant ain­si le niveau d’ex­i­gence pour cette pra­tique.

Enfin, le 6e cycle intro­duit un nou­veau critère avancé lié au médica­ment : la mise en place du pro­gramme d’au­to-admin­is­tra­tion des médica­ments par le patient (PAAM) en cours d’hos­pi­tal­i­sa­tion (Critère 2.2–07)

Quels sont les premiers enseignements de la mise en œuvre du 6e cycle de certification de la HAS ?

Les pre­miers résul­tats, fondés sur 72 déci­sions ren­dues au 31 jan­vi­er 2026, mon­trent que 65 % des étab­lisse­ments sont cer­ti­fiés, dont près de 10 % avec men­tion. Par­al­lèle­ment, 17 % sont cer­ti­fiés sous con­di­tion et 7 % ne sont pas cer­ti­fiés. Ces résul­tats appa­rais­sent légère­ment en retrait par rap­port au 5ᵉ cycle, ce qui s’explique en par­tie par le retour en vis­ite d’établissements restés sans éval­u­a­tion pen­dant six ans : un inter­valle long, durant lequel les pra­tiques et les organ­i­sa­tions peu­vent s’être frag­ilisées.

Plusieurs points d’attention émer­gent. D’abord, le respect de l’intimité et de la dig­nité des patients con­stitue un sig­nal fort, avec de nom­breuses anom­alies sou­vent liées à l’impact d’un pat­ri­moine immo­bili­er ancien sur le respect de l’intimité des patients et à des dif­fi­cultés d’accessibilité.

Con­cer­nant le cir­cuit du médica­ment, la majorité des étab­lisse­ments restent solides sur la dis­pen­sa­tion et l’approvisionnement. En revanche, lorsque l’on con­sid­ère l’ensemble des critères impérat­ifs, cette thé­ma­tique devient l’une des prin­ci­pales sources d’écarts. La per­ti­nence des pre­scrip­tions antibi­o­tiques est par­ti­c­ulière­ment en dif­fi­culté, notam­ment la réé­val­u­a­tion entre 24 et 72 heures, encore insuff­isam­ment réal­isée. Enfin, la con­cil­i­a­tion médica­menteuse mar­que le pas, essen­tielle­ment du fait d’exigences ren­for­cées et d’une mise en œuvre encore hétérogène sur le ter­rain.

En résumé, ce 6ᵉ cycle con­firme l’engagement glob­al des étab­lisse­ments, mais met en lumière des enjeux très con­crets pour les phar­ma­ciens : ren­forcer l’appropriation des bonnes pra­tiques, sécuris­er les points cri­tiques du cir­cuit du médica­ment et démon­tr­er l’impact réel des actions sur la qual­ité et la sécu­rité des soins.

Quelles recommandations adressez-vous aux établissements de santé ?

D’abord s’inscrire pleine­ment dans l’esprit du 6ᵉ cycle de cer­ti­fi­ca­tion : faire du patient un véri­ta­ble parte­naire de sa prise en charge. Cette approche sup­pose de ren­dre les organ­i­sa­tions et les pra­tiques plus lis­i­bles, plus cohérentes et plus cen­trées sur l’expérience réelle du patient. Nous invi­tons ensuite les étab­lisse­ments à pri­oris­er leurs actions, d’abord sur les prin­ci­paux points d’alerte iden­ti­fiés lors d’évaluation de pra­tiques pro­fes­sion­nelles, ensuite sur les critères impérat­ifs qui doivent aider les étab­lisse­ments à pri­oris­er leur plan d’action.

Les cinq critères avancés du référen­tiel ne doivent pas être nég­ligés, puisqu’ils don­nent une vision claire de ce qui con­stituera le socle atten­du de la qual­ité et de la sécu­rité des soins dans les années à venir. S’y engager dès main­tenant per­met d’anticiper, de pro­gress­er de manière struc­turée et de val­oris­er les démarch­es les plus abouties.