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Pr Marie-Pierre REVEL, radiologue à l’Hôpital Cochin (AP-HP) et pilote de l’étude CASCADE

Pourquoi avoir choisi de cibler uniquement les femmes dans l’étude CASCADE que vous dirigez ?

L’étude CASCADE (Dépistage du CAn­cer du poumon par SCAn­ner faible DosE) s’in­téresse au dépistage du can­cer du poumon par scan­ner à faible dose chez les femmes fumeuses ou anci­ennes fumeuses, âgées de 50 à 74 ans. Cette étude porte sur 2 400 femmes qui ne présen­tent aucun symp­tôme, mais dont on sait que l’exposition au tabac*, durant au moins 20 ans, aug­mente le risque de dévelop­per un can­cer du poumon. Seules les femmes ayant arrêté de fumer depuis moins de 15 ans par­ticipent à l’étude. CASCADE invite ces femmes à réalis­er trois scan­ners à un an d’intervalle. Les dernières inclu­sions se sont déroulées en févri­er 2025, et les résul­tats seront pub­liés en 2027.

J’ai choisi de cibler unique­ment les femmes, car nous man­quons de don­nées sur le can­cer du poumon chez la femme. La précé­dente étude sur le can­cer du poumon, l’étude Nel­son, ne comp­tait que 16 % de femmes.

De plus, CASCADE offre l’opportunité de bra­quer les pro­jecteurs sur le can­cer du poumon au féminin. Ce can­cer n’est plus une patholo­gie exclu­sive­ment mas­cu­line. En France, il est la pre­mière cause de décès par can­cer chez la femme, devant le can­cer du sein, qui demeure pour­tant cinq fois plus fréquent.

Enfin, nous savons qu’un can­cer du poumon, dépisté avant l’apparition des symp­tômes, pour­ra être guéri par la chirurgie dans 80 % des cas. Le diag­nos­tic d’un can­cer du poumon n’est plus une con­damna­tion à mort. C’est pourquoi, dans la con­ti­nu­ité de CASCADE, le pro­gramme pilote de dépistage des can­cers du poumon, IMPULSION (IMPlé­men­ta­tion du dépistage du can­cer PUL­monaire en pop­u­la­tION) — dont je suis co-respon­s­able — est en cours de déploiement. IMPULSION rassem­blera 20 000 par­tic­i­pants, femmes et hommes.

À quelle fin utilisez-vous l’IA dans l’étude CASCADE ?

En 2011, la pre­mière étude sur le dépistage du can­cer du poumon, le Nation­al Lung Screen­ing Tri­al (NLST), com­por­tait 24 % de faux posi­tifs. L’étude Nel­son a per­mis de réduire ces faux posi­tifs, en éval­u­ant, grâce à un scan­ner rap­proché, la sta­bil­ité ou la majo­ra­tion volu­mique des nod­ules indéter­minés. Aujourd’hui, l’IA et le deep learn­ing aident égale­ment à la détec­tion des nod­ules. C’est pourquoi CASCADE utilise l’IA comme sec­ond lecteur pour éviter d’avoir recours à une dou­ble lec­ture humaine. Les résul­tats prélim­i­naires mon­trent que l’IA et le radi­o­logue ne détectent pas les mêmes anom­alies. Leurs analy­ses sont com­plé­men­taires. L’IA ne rem­place pas le radi­o­logue : elle est per­ti­nente dans la phase de détec­tion, tan­dis que l’expertise du radi­o­logue reste indis­pens­able pour la car­ac­téri­sa­tion.

Quel avenir pour le dépistage du cancer du poumon ?

Les résul­tats prélim­i­naires de CASCADE lais­sent penser que grâce à l’IA, une dou­ble lec­ture humaine n’est plus néces­saire. Une étude européenne en cours, 4‑IN-THE-LUNG-RUN, tra­vaille sur des invi­ta­tions et des inter­valles per­son­nal­isés lors des cam­pagnes de dépistage du can­cer.

Le tabac reste omniprésent dans notre société, et sa con­som­ma­tion s’est par­ti­c­ulière­ment inten­si­fiée à par­tir des années 1970, alors qu’il con­tient une sub­stance forte­ment addic­tive, la nico­tine. Le tabag­isme est une mal­adie dont le prin­ci­pal symp­tôme est la dépen­dance à la nico­tine. Pour réus­sir un sevrage, il faut accom­pa­g­n­er indi­vidu­elle­ment les patients avec des sub­sti­tuts nico­tiniques agis­sant sur ces récep­teurs cérébraux.

*L’exposition au tabac s’exprime en paquet-années, qui cor­re­spond à la con­som­ma­tion jour­nal­ière (1 paquet par jour) mul­ti­pliée par le nom­bre d’an­nées avec cette con­som­ma­tion. 20 paquet-années cor­re­spon­dent à la con­som­ma­tion d’un paquet par jour pen­dant 20 ans. La tox­i­c­ité du tabac à rouler étant supérieure à celle des cig­a­rettes man­u­fac­turées, il est d’usage de dou­bler le nom­bre de cig­a­rettes fumées par jour pour les fumeurs de tabac à rouler.