
Samantha PASDELOUP, présidente du Healthcare Data Institute et directrice développement et partenariats chez Elsan
Vous êtes présidente du Healthcare Data Institute (HDI). Pouvez-vous nous présenter l’activité de l’institut ?
Le Healthcare Data Institute existe depuis une dizaine d’années, et Elsan fait partie de ses membres historiques. Ce think-tank contribue à la transformation et à l’amélioration du système de santé grâce à la valorisation scientifique et économique des données de santé.
L’institut réunit aujourd’hui une cinquantaine de membres représentatifs de l’ensemble de l’écosystème de la santé : acteurs privés et publics, professionnels du soin, éditeurs, avocats, cabinets de conseil, représentants d’écoles et d’instituts de formation (commerce, santé, management…), chercheurs (CEA, Inserm, laboratoires…) et start-ups spécialisées dans le domaine de la santé. Cette diversité permet une analyse à 360° de l’évolution du monde de la santé. Le Healthcare Data Institute propose une réflexion stratégique et des recommandations qui prennent en compte l’ensemble de l’écosystème de la santé.
La vie du Healthcare Data Institute est rythmée par plusieurs temps forts. Chaque année, nous lançons entre deux et quatre groupes de travail sur des sujets proposés par les membres. Des conférences, en présentiel ou en ligne, sont également organisées régulièrement. L’assemblée générale constitue un moment clé de la réflexion stratégique. Enfin, l’ensemble des membres se retrouve pour le « HDI Day », événement ouvert à tous consacré à l’analyse approfondie d’une thématique particulière.
Le dernier HDI Day, qui s’est tenu le 16 décembre 2025, était consacré aux données de santé et à l’intelligence artificielle : pourront-elles sauver notre système de santé ? La journée s’est articulée autour de trois temps forts : le pilotage médico-économique du système de santé, la transformation des soins, du parcours fragmenté vers un parcours coordonné et la prévention. Les échanges visaient à identifier des solutions capables de résoudre la difficile équation entre besoins médicaux croissants et moyens financiers limités, en explorant comment les données de santé et l’intelligence des données peuvent contribuer à un système plus efficace et durable.
Sur quelles thématiques le Healthcare Data Institute travaille-t-il actuellement ?
Dans le contexte de la transformation numérique du système de santé, le Healthcare Data Institute se concentre sur les enjeux du numérique en santé en termes d’efficience, de transparence et de souveraineté, afin d’améliorer les parcours de soins, d’accélérer la recherche et de stimuler l’innovation dans un contexte de création de l’Espace européen des données de santé.
Nous réfléchissons également à la position de la France en Europe, notamment dans le financement de la transition numérique en santé. Une autre dimension de notre travail porte sur la maturité de l’écosystème de soins et l’utilisation des données de santé dans la recherche. Ces réflexions ont conduit à la création de l’Observatoire des données secondaires pour l’innovation issues des structures de santé (ODISS).
L’ODISS se concentre sur cinq dimensions clés pour faciliter la réutilisation des données de santé : les cas d’usage, la gouvernance, les moyens humains, les moyens techniques et le partage des données. Les établissements de santé peuvent participer à cet observatoire via un questionnaire en ligne (ODISS).
Enfin, le Healthcare Data Institute mène une réflexion sur l’intelligence artificielle et la confiance citoyenne, avec pour objectif de définir les modalités de déploiement d’une intelligence artificielle fiable, capable d’améliorer la qualité et l’efficience des prises en charge.
Quelles sont les implications européennes pour le Healthcare Data Institute ?
Les données de santé peuvent être exploitées pour plusieurs usages : un usage primaire pour améliorer la qualité des soins mais aussi un usage secondaire à travers la réutilisation de ces mêmes données à des fins de pilotage et de recherche, afin de stimuler l’innovation et la production de connaissances scientifiques. Plus spécifiquement, la réutilisation des données de santé est un prérequis pour le développement et le déploiement de l’intelligence artificielle en santé : pas de data, pas d’IA !
Le RGPD a déjà profondément structuré l’usage des données en apportant un cadre et de la transparence. L’Espace européen des données de santé va plus loin en libérant la circulation des données de santé pour ces usages : soins, recherche et pilotage.
La France joue un rôle majeur dans la définition de ce nouveau cadre européen et travaille actuellement à la transposition nationale de cette nouvelle réglementation des données de santé qui constitue une opportunité majeure pour renforcer la souveraineté de l’Europe et affirmer le leadership français dans ce domaine.