
Si les éléments de la campagne tarifaire 2026 sont publiés depuis janvier, un point demeurait en suspens : le transfert de 400 millions d’euros de dépenses de l’Assurance maladie obligatoire vers l’Assurance maladie complémentaire. Ce basculement, effectif en ce début de mois de mars, vient clore formellement la séquence. Il n’en constitue pas pour autant l’aboutissement stratégique. Il s’apparente davantage à un ajustement conjoncturel qu’à une réforme structurelle.
Le débat n’est pourtant ni nouveau ni marginal. Dès septembre 2024, le conseil d’administration de la FHP-MCO consacrait un séminaire aux travaux du Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie publiés en janvier 2022 sur le financement de notre système de santé. Ce rapport explorait quatre scénarios polaires d’évolution de l’articulation entre Sécurité sociale et assurance maladie complémentaire. Il ne comportait exceptionnellement aucune proposition formelle et n’engageait pas collectivement ses membres, signe de la difficulté à dégager un consensus sur un sujet aussi structurant.
Le constat posé par le HCAAM demeure d’actualité : la France se singularise par une articulation où assurance obligatoire et organismes complémentaires remboursent très largement les mêmes soins, le complément étant devenu indispensable à l’accessibilité financière. Ce modèle hybride, fruit d’une histoire sociale singulière, atteint aujourd’hui ses limites budgétaires et politiques.
Les signaux d’alerte se multiplient quant à la soutenabilité de nos comptes sociaux. Dans son ouvrage, 6 octobre 2027 : La fin de la Sécurité sociale ?, le député Jean-Carles Grelier décrit un scénario d’asphyxie financière et appelle à une refondation lucide de notre modèle. L’interpellation est sérieuse : les projections financières, si elles demeurent inchangées, laissent peu d’issues.
Dans ce contexte, la situation des établissements de santé, publics comme privés, ne peut être dissociée de celle de la Sécurité sociale. L’investissement, l’attractivité des métiers, la modernisation des plateaux techniques exigent de la visibilité et des choix clairs. Reporter les décisions structurelles à une échéance politique hypothétique reviendrait à prolonger l’incertitude et fragiliser davantage l’offre de soins.
La campagne tarifaire 2026 se referme donc sur une mesure de transfert qui ne saurait tenir lieu de cap. L’heure n’est plus aux ajustements paramétriques mais à une clarification assumée des responsabilités respectives de l’assurance obligatoire et des complémentaires, ainsi qu’à une réflexion courageuse sur les modalités de financement. Car l’absence de choix ne peut être considérée comme une décision.
Frédérique Gama
Présidente de la FHP-MCO