
Dr Élisabeth HUBERT, Présidente de la FNEHAD
Quelle est la place de l’hospitalisation à domicile dans notre système de santé ?
L’Hospitalisation à domicile (HAD) est une prise en charge de nature hospitalière à la fois complexe, pluridisciplinaire et coordonnée au domicile du patient, le mot « domicile » pouvant bien sûr être entendu au sein d’un EHPAD ou un autre établissement médico-social. L’HAD intervient en amont ou en aval d’un séjour hospitalier MCO ou en SMR, ou se substitue à une hospitalisation traditionnelle. Les prises en charge sont variées, d’où une nécessaire polyvalence de l’HAD : chimiothérapies, transfusions sanguines, soins palliatifs, pansements complexes, traitements par voie intraveineuse, ou encore rééducation neurologique ou orthopédique.
En France, l’activité de l’HAD est en croissance. En 2024, 281 établissements d’HAD ont pris en charge 184 526 patients, soit une augmentation de 10 % par rapport à 2023. Le nombre de journées réalisées a progressé de 6,1 % pour un montant de plus de 7,6 millions et un coût global de 1,94 milliard d’euros. La durée moyenne de séjour a diminué, passant de 25 à 23 jours, ce qui s’explique notamment par la croissance des séjours d’une journée en substitution de prises en charge en HDJ. Les soins palliatifs et les pansements complexes représentent plus de la moitié de notre activité.
Que retenir de l’expérimentation, prévue par l’article 50 de la Loi de Financement de la Sécurité Sociale 2024, sur la prise en charge en HAD de la chimiothérapie ?
Le « forfait chimio » est une expérimentation de trois ans qui vise à encourager les établissements de santé autorisés pour le traitement du cancer à orienter leurs patients vers l’HAD pour leur chimiothérapie. Concrètement, ces établissements percevront une rémunération forfaitaire pour leur appui et la mise à disposition de leur expertise lors de cet adressage. Pour un patient suivi pendant quatre mois, l’établissement prescripteur recevra un total de 680 euros, décomposé en un premier versement de 320 euros puis trois versements de 120 euros. L’appel à manifestation d’intérêt a suscité un fort engouement avec 147 candidats. 129 établissements ont été retenus dont 12 établissements privés. Je considère néanmoins qu’un plus grand nombre d’établissements que l’on appelle « adresseurs » aurait pu profiter de cette incitation pour développer le « réflexe HAD », ce qui, dans certaines régions, n’a pas été le cas. Une deuxième vague de candidatures va être ouverte dès 2026 par le ministère de la Santé.
Comment l’HAD peut-elle contribuer à désengorger les services d’urgences ?
L’HAD a un rôle essentiel à jouer pour éviter des passages aux urgences, notamment pour les personnes fragiles. Plusieurs dispositifs innovants ont été mis en place. Le SMU-HAD autorise l’intervention des équipes HAD directement sur appel du SAMU-Centre 15. Ce système permet de gérer les décompensations dues à des pathologies chroniques ou des douleurs aiguës des résidents des EHPAD. Sur un an et au sein d’une seule région, ce dispositif a pris en charge 123 patients directement en HAD, évitant ainsi un passage aux urgences et une éventuelle hospitalisation.
Une autre expérimentation intéressante a été la présence d’un infirmier ou d’une infirmière (IDE) de l’HAD directement au sein des services d’urgences. Au CHU de Nîmes, en réorientant directement les patients éligibles vers l’HAD, un seul équivalent temps plein d’IDE a permis d’éviter 221 hospitalisations en MCO en 2024. Enfin, des dispositifs comme les évaluations anticipées en EHPAD, les astreintes infirmières mutualisées la nuit ou les Équipes rapides d’intervention en soins palliatifs (ERI-SP) permettent d’intervenir en amont de la crise et d’éviter un recours à l’hôpital.
Quels sont les axes de développement dans les relations entre les établissements MCO privés et l’HAD ?
Il y a incontestablement un fort potentiel de développement possible de l’HAD, avec les établissements MCO du secteur privé comme avec quiconque d’ailleurs. Sur ce point, je précise que la rémunération à l’activité est strictement identique, quel que soit le statut de l’établissement d’HAD. En 2024, en dépit d’un casemix certes peut-être légèrement différent des autres établissements, seuls 13,58 % des patients adressés en HAD provenaient de cliniques privées MCO. Pourtant, le secteur privé représente 22 % des établissements d’HAD et réalise 22 % de l’activité totale. Il y a donc une marge de progression importante pour intégrer l’HAD comme une solution de fluidification des parcours pour les patients hospitalisés dans le privé. Renforcer ces partenariats est une priorité pour que l’HAD prenne toute sa place et contribue encore davantage à l’efficience de notre système de santé. L’expérimentation « forfait chimio » est d’ailleurs un excellent exemple du type de collaboration que nous devons multiplier.