
Pr Jean-François DELFRAISSY, président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE)
Pourquoi organiser des États généraux de la bioéthique en 2026 ?
Les États généraux de la bioéthique répondent aujourd’hui à une nécessité démocratique majeure. Les progrès scientifiques, médicaux et technologiques s’accélèrent et transforment en profondeur nos manières de soigner, de prévenir, de concevoir la santé, mais aussi nos représentations collectives. Dans le même temps, la société exprime des attentes fortes en matière de transparence, de participation et de sens.
Prévus par la loi de bioéthique de 2021, ils s’inscrivent dans ce contexte de transformations rapides et de questionnements croissants. La question n’est plus seulement ce que la science permet, mais ce que la société souhaite collectivement autoriser, encadrer ou refuser. La bioéthique se situe précisément à cet endroit : à l’articulation entre la science, le soin, les valeurs et l’expression démocratique.
Les États généraux visent ainsi à créer un cadre structuré, pluraliste et ouvert pour permettre à chacun de s’exprimer, avant toute décision publique. Ils ne sont ni un débat politique, ni une réforme du système de santé, mais un temps de réflexion collective.
Quelles sont les grandes transformations et les questions éthiques au cœur de cette édition ?
Les États généraux 2026 abordent les grandes thématiques structurantes de la bioéthique : la génomique et les examens génétiques, la procréation, les neurosciences, les cellules souches et organoïdes, le don et la transplantation d’organes, le numérique et l’intelligence artificielle en santé, ainsi que les liens entre santé, environnement et climat.
Cette édition se distingue également par l’ouverture à de nouveaux champs de réflexion, en prise directe avec les évolutions actuelles : les enjeux actuels de la prévention, la sobriété en médecine (autrement dit la question de la pertinence et du bon usage des soins) ou encore la santé en outre-mer. Ces sujets interrogent directement les pratiques professionnelles, l’organisation des soins et les priorités collectives en matière de santé.
Ces transformations soulèvent des interrogations éthiques concrètes. Par exemple : doit-on encadrer l’accès aux tests génétiques dits récréatifs ? Comment concilier solidarité nationale et respect du consentement individuel dans le don d’organe ? La gestation pour autrui peut-elle être acceptable sans porter atteinte à la dignité du corps humain et à l’intérêt de l’enfant ? L’enjeu des États généraux est de poser ces questions et de les débattre de manière collective et éclairée.
Comment la société est-elle associée à cette réflexion ?
La méthode est un élément central des États généraux. Toute personne peut y contribuer : citoyens, patients, professionnels de santé, chercheurs, associations, institutions. Les débats prennent des formes variées : auditions nationales, débats citoyens en région avec les espaces de réflexion éthique régionaux, contributions écrites, séminaires, grandes conférences en partenariats avec d’autres institutions françaises : Académie nationale de médecine, Académie des sciences, École normale supérieure, Institut Pasteur, l’IRD, le Cirad, l’ABM… Cette édition accorde une attention particulière à la jeunesse et proposera plusieurs initiatives dédiées, notamment à destination des lycéens.
Une nouveauté importante de cette édition est la collaboration avec le Conseil économique, social et environnemental (CESE), à travers la mise en place d’un comité citoyen. Cette articulation permet de renforcer la dimension délibérative et de mieux faire entendre la diversité des points de vue.
Les travaux donneront lieu à une synthèse des contributions citoyennes à l’été 2026, puis à un avis du CCNE à l’automne. L’objectif est posé : éclairer le débat public et les décideurs, dans un contexte où les choix scientifiques et médicaux engagent durablement notre avenir collectif.
Ne pas organiser ce débat, ce serait laisser des choix majeurs se faire sans délibération collective, au risque d’accentuer la défiance et les fractures entre science, société et décision publique.
Pour en savoir plus : www.ccne-ethique.fr/fr/etats-generaux-de-la-bioethique-2026
Crédit photo : Hamilton de Oliveira