Longtemps can­ton­nées aux départe­ments et ter­ri­toires d’outre-mer, la dengue, le chikun­gun­ya et le virus Zika s’in­stal­lent pro­gres­sive­ment en métro­pole, portées par l’im­plan­ta­tion durable du mous­tique tigre et du réchauf­fe­ment cli­ma­tique. Quelles sont leurs spé­ci­ficités ? Com­ment s’en pro­téger ? Faisons le point.

Selon San­té publique France, le mous­tique tigre est désor­mais présent dans 81 départe­ments mét­ro­pol­i­tains en 2025. Cette expan­sion, com­binée à l’aug­men­ta­tion des voy­ages inter­na­tionaux et aux vagues de chaleur, favorise la trans­mis­sion de ces virus sur notre ter­ri­toire.

La plu­part des cas vien­nent de voyageurs revenant des Antilles, d’Amérique latine, d’Asie du Sud-Est ou d’Afrique sub­sa­hari­enne. Ils représen­tent la prin­ci­pale orig­ine des cas en France.

Face à cette men­ace, les pro­fes­sion­nels de san­té jouent un rôle essen­tiel : diag­nos­tic rapi­de, sig­nale­ment aux autorités san­i­taires et infor­ma­tion des patients sur les gestes de pro­tec­tion.

Présentation des pathologies

Le mous­tique n’est pas, en lui-même, por­teur du virus de la dengue, du chikun­gun­ya ou du Zika. Il ne peut le trans­met­tre que s’il a piqué, au préal­able, une per­son­ne déjà infec­tée.

La dengue : aus­si appelée « grippe trop­i­cale », c’est la mal­adie trans­mise par les mous­tiques la plus répan­due au monde, avec env­i­ron 390 mil­lions d’in­fec­tions par an selon l’Or­gan­i­sa­tion mon­di­ale de la san­té (OMS). Elle est prin­ci­pale­ment trans­mise par des mous­tiques femelles infec­tés, de type Aedes aegyp­ti, et Aedes albopic­tus. Ils piquent plutôt le jour.

Les symptômes après 4 à 7 jours d’incubation :

  • Une forte fièvre (39–40°C)
  • Des maux de tête intens­es
  • Des douleurs mus­cu­laires et artic­u­laires
  • Une érup­tion cutanée (plaques rouges sur la peau)

Dans 95% des cas, la guéri­son survient spon­tané­ment en 7 à 10 jours. Cepen­dant, 5% des malades dévelop­pent une forme grave avec douleurs abdom­i­nales vio­lentes, des vom­isse­ments per­sis­tants et un risque d’hé­mor­ragie. Ces signes néces­si­tent une hos­pi­tal­i­sa­tion urgente.

Le chikun­gun­ya : il est trans­mis par des mous­tiques Aedes aegyp­ti et Aedes albopic­tus. Ces deux espèces piquent plutôt le jour et peu­vent égale­ment inoculer d’autres virus (par exem­ple, celui de la dengue). Bien que rarement mortelle, cette mal­adie peut causer des douleurs sig­ni­fica­tives et une inca­pac­ité pro­longée, affec­tant la qual­ité de vie des per­son­nes touchées.

Les symptômes après 2 à 10 jours d’incubation :

  • Une fièvre élevée bru­tale
  • Des douleurs artic­u­laires très fortes (poignets, chevilles, doigts)
  • Une érup­tion cutanée
  • Une con­jonc­tivite
  • Une inflam­ma­tion d’un ou plusieurs gan­glions lym­pha­tiques cer­vi­caux

Dans cer­tains cas, des formes neu­rologiques graves peu­vent sur­venir, notam­ment des méningo-encéphalites et des atteintes des nerfs périphériques. Ces dernières sont prin­ci­pale­ment ren­con­trées chez des per­son­nes âgées ou au sys­tème immu­ni­taire affaib­li, ain­si que chez des nou­veau-nés infec­tés in utero en même temps que la mère.

Le virus Zika : proche de la dengue, le Zika provoque générale­ment des symp­tômes légers. 80% des infec­tions passent même inaperçues. Il est aus­si trans­mis à l’homme par l’intermédiaire d’une piqure de mous­tique du type Aedes aegyp­ti et Aedes albopic­tus. Il peut égale­ment se trans­met­tre entre les per­son­nes lors de rela­tions sex­uelles.

Les symptômes, quand ils existent, se manifestent 3 à 4 jours après la piqûre :

  • Une fièvre mod­érée
  • Une érup­tion cutanée avec démangeaisons
  • Des yeux rouges (con­jonc­tivite)
  • Des douleurs dif­fus­es
  • Des trou­bles diges­tifs
  • Des œdèmes des mains ou des pieds

Ce virus représente un risque majeur pour les femmes enceintes. Une infec­tion pen­dant la grossesse peut engen­dr­er de graves anom­alies du développe­ment cérébral chez l’enfant.

Comment se protéger de ces différentes affections ?

La préven­tion repose sur trois actions com­plé­men­taires.

1. Se pro­téger des piqûres surtout tôt le matin et en fin d’après-midi :

  • Porter des vête­ments longs, amples et de couleur claire
  • Appli­quer un répul­sif anti-mous­tiques sur la peau décou­verte (à renou­vel­er toutes les 4 à 6 heures)
  • Utilis­er une mous­ti­quaire imprégnée d’insecticide lorsque vous vous couchez
  • Installer la cli­ma­ti­sa­tion ou un ven­ti­la­teur (les mous­tiques fuient les courants d’air)

2. Élim­in­er les lieux de repro­duc­tion des mous­tiques

Le mous­tique tigre pond dans de petites quan­tités d’eau stag­nante autour des habi­ta­tions. Chaque semaine :

  • Vider les coupelles sous les pots de fleurs, les vas­es, les seaux
  • Cou­vrir her­mé­tique­ment les récupéra­teurs d’eau de pluie
  • Jeter les objets pou­vant retenir l’eau (pneus usagés, jou­ets d’ex­térieur)
  • Net­toy­er les gout­tières pour éviter que l’eau stagne

3. Sig­naler les cas sus­pects

Si vous revenez d’un voy­age en zone à risque et présen­tez de la fièvre, con­sul­tez rapi­de­ment un médecin. Le diag­nos­tic pré­coce per­met :

  • De met­tre un place un traite­ment adap­té
  • De faire une déc­la­ra­tion aux autorités san­i­taires
  • D’effectuer si néces­saire, des opéra­tions de démous­ti­ca­tion autour du domi­cile

Agir de manière préventive 

Depuis avril 2025, la vac­ci­na­tion con­tre la dengue par le vac­cin Qden­ga est recom­mandée aux Antilles, en Guyane, à May­otte et à La Réu­nion chez les enfants et ado­les­cents âgés de 6 à 16 ans en cas d’in­fec­tion antérieure à la dengue, ain­si que chez les sujets âgés de 17 à 60 ans présen­tant des comor­bid­ités.

Les recom­man­da­tions vac­ci­nales chez le voyageur ont fait l’ob­jet d’un avis du Haut Con­seil de San­té Publique (HCSP) en avril 2025.

Que faire en cas d’infection ?

Il est indis­pens­able de con­sul­ter rapi­de­ment un médecin qui pour­ra pre­scrire une prise de sang (PCR ou sérolo­gie selon le délai depuis le début des symp­tômes), con­firmer le diag­nos­tic et déclar­er le cas aux autorités san­i­taires si néces­saire.

Toute­fois, aucun médica­ment spé­ci­fique n’ex­iste con­tre ces trois mal­adies. Le traite­ment vise unique­ment à soulager les symp­tômes. Il repose prin­ci­pale­ment sur la prise d’an­talgiques (comme le paracé­ta­mol), et le repos. L’utilisation d’aspirine est forte­ment décon­seil­lée en rai­son des risques de saigne­ment.

Dengue, chikun­gun­ya et Zika ne sont plus des mal­adies exo­tiques : leur présence en France exige de la part de tous, une vig­i­lance quo­ti­di­enne et des gestes essen­tiels de préven­tion.

Céline KERUZORE

 

Sources : 

https://sante.gouv.fr/sante-et-environnement/risques-microbiologiques-physiques-et-chimiques/especes-nuisibles-et-parasites/article/cartes-de-presence-du-moustique-tigre-aedes-albopictus-en-france-metropolitaine

https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-a-transmission-vectorielle/chikungunya/donnees

https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/dengue-and-severe-dengue

Agence régionale de san­té | Agir pour la san­té de tous

https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/chikungunya#:~:text=Le%20chikungunya%20est%20une%20maladie,de%20vie%20des%20personnes%20touch%C3%A9es

https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/zika?gad_source=1&gad_campaignid=23002299786&gbraid=0AAAAAD3JwGoRaZSE67ivoROFpmoJIiyw3&gclid=Cj0KCQiA-YvMBhDtARIsAHZuUzKGzeEA0gHKVocg0wxgr2djR7bCs89Lu2d7bAJ_j6UPgX6sXwVF82caAm8wEALw_wcB

https://www.ameli.fr/yvelines/assure/sante/themes/piqure-moustique-maladies/maladies-virales-moustiques

https://www.occitanie.ars.sante.fr/dengue-chikungunya-et-zika

https://vaccination-info-service.fr/Les-maladies-et-leurs-vaccins/Dengue