
La Cour des comptes vient de publier un rapport sur le cancer du sein qui suscite à la fois une large adhésion sur le constat sanitaire et de réelles interrogations sur certaines orientations proposées. Le cancer du sein reste la première cause de mortalité par cancer féminin, avec plus de 12 000 décès par an. La France figure par ailleurs parmi les pays où le taux d’incidence est l’un des plus élevés au monde selon l’Organisation mondiale de la santé.
Cette situation a un impact financier majeur : les dépenses de l’Assurance maladie liées à la prise en charge du cancer du sein ont atteint près de 4,7 milliards d’euros en 2023, soit une hausse de plus de 65 % depuis 2015, alors que le nombre de patientes n’a progressé que de 6 %. Dans ce contexte, la Cour a analysé les politiques de prévention, notamment le dépistage organisé, ainsi que les modalités de prise en charge en ville et en établissement de santé.
Toutefois, cette analyse et ces recommandations interviennent alors que la réglementation est récente et encore en cours de déploiement. Depuis 2022, une quinzaine de textes (décrets, instructions, référentiels) ont été publiés et un arbitrage fixant un seuil de 70 actes annuels a été traduit dans les schémas régionaux, dont la mise en œuvre débute en 2025. À peine ce cadre stabilisé, la Cour recommande déjà de relever ce seuil à 150 actes, proposition que la CNAM avait portée lors de la publication de l’un de ses rapports « charges et produits ». Or, un tel relèvement impliquerait une réorganisation profonde de l’offre de soins, avec des conséquences importantes pour les équipes, les établissements et surtout pour l’accessibilité géographique des patientes et des délais de prise en charge des patientes qui ne pourront que s’allonger quand seules 177 structures publiques et privées dépassent aujourd’hui le seuil de 150 actes. Rappelons que 292 établissements de santé publics et privés dépassent le seuil de 70 actes par an.
Dans un environnement fortement réglementé, la stabilité est une condition essentielle de l’efficacité des politiques publiques. Accompagner les évolutions est nécessaire, mais encore faut-il en assumer clairement les choix et éviter une instabilité permanente préjudiciable aux professionnels de santé comme aux patients. Enfin, la recommandation de confier de nouvelles missions à la HAS interroge, alors que la France dispose déjà de l’INCa. La cohérence de l’action publique et la lisibilité des responsabilités doivent rester au cœur des décisions.
Frédérique Gama
Présidente de la FHP-MCO