
La simplification est devenue un mot-valise, une arlésienne, abondamment invoquée mais encore rarement incarnée. En santé plus qu’ailleurs, la simplification ne relève pas d’un confort accessoire : elle est le marqueur d’une confiance accordée aux professionnels. À l’inverse, la complexification normative et administrative traduit une forme de défiance, souvent vécue comme telle sur le terrain.
Le thème de la simplification irrigue aujourd’hui l’actualité législative, qu’il s’agisse de la vie économique, de l’urbanisme ou de l’action publique. Et la santé ? Yannick Neuder, notre précédent ministre avait annoncé une loi de simplification globale destinée à lutter contre les « irritants du quotidien » qui entravent l’exercice des professionnels. Il rappelait avec justesse que l’efficience des soins ne devait pas être confondue avec la lourdeur administrative, ni justifier une sur-administration ou une sur-informatisation. La nouvelle ministre a confirmé cette ambition dès sa prise de fonction. Reste désormais à la traduire concrètement.
Car la complexité normative est un mal profond qui épuise le système de santé. Les 1 085 décrets d’application concernant la 16e législature (2022–2024), récemment rappelés sur la production réglementaire, illustrent une inflation continue des textes, sans évaluation suffisante de leurs impacts, voire sans aucune évaluation sur l’accès aux soins, ni écoute réelle des professionnels. Certains dispositifs ont même fragilisé durablement les organisations et les équipes. Le dossier des actes exclusifs des IBODE en est une illustration emblématique : plus de quinze années de tensions, de contentieux et d’ajustements tardifs, là où une concertation et une évaluation préalables auraient permis d’éviter des conflits inutiles.
Oui, le système de santé a besoin de règles. Elles se construisent à partir des réalités de terrain, dans une approche pragmatique et accompagnée, en évitant les injonctions contradictoires. Elles doivent redonner du sens à l’action publique.
Frédérique Gama
Présidente de la FHP-MCO