Pierre RICORDEAU, président du conseil d’administration de la Caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES)

Quel est le rôle de la CADES ?

Depuis 1996, date de sa créa­tion, le rôle de la CADES est d’amortir et d’assurer le rem­bourse­ment de la dette des régimes de sécu­rité sociale. La CADES récupère et finance, par l’émission d’emprunts oblig­ataires à court, moyen et long terme sur les marchés de cap­i­taux inter­na­tionaux, les déficits accu­mulés par les régimes de sécu­rité sociale lors de chocs externes (crise économique de 1993, crise finan­cière de 2008, ou, en 2020, choc Covid) une fois la tra­jec­toire de retour à l’équilibre des régimes sécurisée.

Pour rem­bours­er les emprunts émis, la CADES béné­fi­cie des recettes de la con­tri­bu­tion au rem­bourse­ment de la dette sociale (CRDS), et de la con­tri­bu­tion sociale général­isée (CSG).  Ce sont donc l’ensemble des sources de revenus qui con­tribuent : salari­aux, financiers, fonciers, etc.

Avec ces recettes, la CADES rem­bourse chaque dette trans­férée sur une péri­ode de 8 à 12 ans. Il n’y a donc pas d’accumulation de la dette sociale : tout déficit social est résor­bé et rem­boursé rapi­de­ment. Aujourd’hui, seule la dette accu­mulée pen­dant le covid reste à rem­bours­er.

Ain­si la CADES a per­mis de respecter le principe de l’équilibre de la sécu­rité sociale. Il existe depuis la créa­tion de la sécu­rité sociale. Avant la CADES, tout déficit social était rapi­de­ment résor­bé par des plans de redresse­ment, fréquents, com­prenant sou­vent des hauss­es de coti­sa­tions. L’ampleur du choc économique de 1993 n’a plus per­mis ce retour rapi­de à l’équilibre. La créa­tion de la CADES a per­mis de financer des tra­jec­toires de retour à l’équilibre pluri­an­nuelles.

Compte tenu de la situation financière et politique, pensez-vous que la France sera capable de conserver cette capacité de retour à l’équilibre ?

C’est le débat relatif aux finances publiques et à la pro­tec­tion sociale, actuelle­ment en cours au Par­lement. Le principe d’un amor­tisse­ment de la dette cumulée de la sécu­rité sociale par la CADES n’a de sens et ne fonc­tionne dans la durée que si les déficits ne sont pas struc­turels et qu’une tra­jec­toire crédi­ble de retour à l’équilibre est mise en place. C’est pourquoi rétablir l’équilibre de l’assurance mal­adie est fon­da­men­tal.

Fin 2025, sur les 396,5 mil­liards d’euros de dette sociale, 274,7 mil­liards avaient été amor­tis. En 2025, près de 16 mil­liards d’euros de dettes ont été amor­tis grâce à un peu moins de vingt mil­liards d’euros de recettes, aux­quelles ont été imputées les charges liées aux intérêts. La LFSS 2026 a prévu un trans­fert com­plé­men­taire de 15 mil­liards d’euros à la CADES, qu’il fau­dra ajouter aux 122 mil­liards qui restaient à rem­bours­er fin 2025. Nos esti­ma­tions mon­trent que la CADES sera en mesure de respecter l’obligation fixée par la loi organique de rem­bours­er ce mon­tant avant la fin de l’année 2033.

Vous dites dans un récent communiqué de presse que « grâce à la confiance renouvelée de nos investisseurs et à l’engagement de nos équipes, la CADES poursuivra sa mission avec un programme d’émissions à moyen et long terme, en euros et en dollars, pour un montant pouvant atteindre 10 milliards d’euros ». Sur quoi repose cette confiance ?

Aujourd’hui, la CADES a la con­fi­ance des investis­seurs. Les 7 jan­vi­er et 13 jan­vi­er 2026, la CADES a emprun­té respec­tive­ment 1,16 mil­liard d’euros en livres ster­ling et 2,5 mil­liards d’euros sachant que notre pro­gramme d’émission pour 2026 est de 15 mil­liards annon­cés. Elle est assim­ilée à l’État français en ter­mes de risques. Mais La CADES dis­pose d’une image pro­pre acquise auprès des investis­seurs depuis sa créa­tion il y a 30 ans. Son inté­gra­tion au sein des équipes de l’Agence France Tré­sor en 2017 a con­solidé cette con­fi­ance. Elle a mis en œuvre une capac­ité d’écoute des investis­seurs et de propo­si­tion d’offres adap­tées aux besoins des marchés. Par ailleurs, elle béné­fi­cie d’une fia­bil­ité de rem­bourse­ment et de règle­ment des charges. Elle est égale­ment con­sid­érée comme une insti­tu­tion fiable, de qual­ité.

Cepen­dant, pour con­serv­er cette image, il est indis­pens­able, voire urgent, de retrou­ver, comme nous l’avons tou­jours fait, la voie du retour à l’équilibre des régimes de sécu­rité sociale.