Catherine GALIN, directrice adjointe du Médipôle Lyon Villeurbanne — Ramsay santé, Villeurbanne (69)

Comment la Clinique du Tonkin – désormais intégrée au Médipôle Lyon Villeurbanne – a‑t-elle développé l’activité de prélèvement d’organes et de tissus ?

En 1996, la Clin­ique du Tonkin à Lyon dis­po­sait d’autorisations pour exercer des mis­sions de ser­vice pub­lic. C’est dans ce cadre que l’activité de prélève­ment mul­ti-organes et de tis­sus (PMOT) s’est dévelop­pée, à une époque où cette activ­ité n’était pas encore soumise à autori­sa­tion.

Le ser­vice de réan­i­ma­tion de la clin­ique accueil­lait alors des patients en état de mort encéphalique. Dans le cadre d’une con­ven­tion passée avec le secteur pub­lic lyon­nais, nous tra­vail­lions en réseau : nous repéri­ons, au sein de notre ser­vice, des patients don­neurs poten­tiels que nous trans­féri­ons. Pro­gres­sive­ment, accom­pa­g­née par les Hos­pices Civils de Lyon, la Clin­ique du Tonkin a pu réalis­er ses pre­miers prélève­ments d’organes.

Du fait de notre posi­tion­nement au sein du Pôle Ram­say San­té Lyon et de notre cohab­i­ta­tion avec le Médipôle Hôpi­tal Mutu­al­iste, nous avons pu dévelop­per un réseau d’établissements parte­naires afin d’identifier plus de don­neurs. Cette activ­ité a pu se péren­nis­er grâce à l’engagement de notre coor­di­na­tion hos­pi­tal­ière de prélève­ment, à la moti­va­tion des équipes médi­cales et paramédi­cales et au sou­tien de la direc­tion des dif­férents sites.

L’activité de prélève­ment au Médipôle est le fruit d’une mobil­i­sa­tion sur le long terme, d’un véri­ta­ble com­bat. Au début, nous avons accep­té de dévelop­per cette activ­ité sans finance­ment. Le régime d’autorisations instau­ré le 27 mars 2000 nous a per­mis d’obtenir en 2003 une autori­sa­tion assor­tie d’un finance­ment. Il était alors inférieur à celui du secteur pub­lic. Cette dif­férence de traite­ment a aujourd’hui qua­si­ment dis­paru. Notre autori­sa­tion de prélève­ment d’organes et de tis­sus a été renou­velée en 2025.

Quelles sont les conditions nécessaires au développement d’une activité de prélèvement en secteur privé à but lucratif ?

L’activité de prélève­ment d’organes et de tis­sus est avant tout une aven­ture humaine. D’une part, l’établissement doit dis­pos­er d’un ser­vice de réan­i­ma­tion doté d’équipements lourds et être en mesure de met­tre en place un réseau de col­lab­o­ra­tion. D’autre part, le prélève­ment d’organes soulève des ques­tions éthiques, peut désta­bilis­er les équipes et inter­roge sur les con­di­tions mêmes de son déroule­ment — la crainte du traf­ic d’organes n’étant jamais très loin. La cer­ti­fi­ca­tion par l’Agence de la bio­médecine et la HAS ; l’autorisation validée par l’ARS, garan­tis­sent le respect des exi­gences de qual­ité et de sécu­rité des soins. Nous sommes soumis aux mêmes devoirs et oblig­a­tions que les étab­lisse­ments publics.

Enfin, met­tre en place une activ­ité de prélève­ment d’organes et de tis­sus sup­pose une organ­i­sa­tion lourde, con­traig­nante et exigeante pour les équipes. Mais il s’agit d’un ser­vice ren­du aux patients, pleine­ment inscrit dans la mis­sion de san­té publique dans laque­lle davan­tage d’établissements privés doivent s’engager.