
Dr Arnaud FOUCHARD, Senior Advisor Health EY
Quel est l’objectif du questionnaire adressé aux établissements sanitaires et médico-sociaux par EY ?
Ce questionnaire anonyme est destiné à établir un premier baromètre des préoccupations des établissements de santé en 2025. Il permet de dresser un état des lieux des tendances actuelles, des défis, et des enjeux stratégiques auxquels sont confrontés les établissements. Les réponses ont été recueillies entre la mi-février et la fin du mois d’avril 2025. L’échantillon est composé de 342 établissements, couvrant l’ensemble des régions métropolitaines ainsi que trois régions d’Outre-mer. Nous avons diffusé le questionnaire via les quatre fédérations majeures : la FHF (104 réponses), la FHP-MCO (166 réponses), la Fehap (62 réponses) et Unicancer (10 réponses).
Quels sont les enjeux cruciaux pour l’année 2025 d’après les retours de ces 342 établissements ?
Sans surprise, mais c‘est toujours mieux d’en avoir la confirmation par les acteurs de terrain, une préoccupation ressort de façon prioritaire quelle que soit la fédération : la gestion budgétaire. En deuxième position, on retrouve les inquiétudes quant aux ressources humaines (RH), et en troisième, l’organisation interne. Il est aussi intéressant de noter que les enjeux liés aux RH sont exacerbés en zone rurale, où ils se placent en deuxième position, tandis qu’ils figurent en troisième position pour les établissements en zone urbaine. L’innovation et la digitalisation se situent plus loin dans le classement général, en septième position.
La situation économique actuelle et les perspectives sont jugées fragiles par une majorité des établissements. Lorsqu’il a fallu quantifier, l’évaluation moyenne de la situation économique a été positionnée à 4,9/10 pour l’ensemble de l’échantillon. Cette précarité de la situation actuelle est ressentie de façon plus aiguë par les adhérents de la FHP-MCO qui notent leur situation à 4,7/10. Les perspectives financières sont aussi préoccupantes et notées à 4,2/10 pour les adhérents FHP-MCO.
En ce qui concerne les mesures RH du Ségur de la santé, 81 % des répondants, toutes fédérations confondues, indiquent qu’ils n’ont pas perçu d’amélioration financière au sein de leur établissement grâce à ces mesures.
Sur le sujet des ressources humaines, l’attractivité et la fidélisation arrivent en tête des préoccupations pour l’ensemble des fédérations. Cela témoigne de la tension démographique très forte des professionnels de santé. La fidélisation est jugée plus difficile en zone rurale qu’en zone urbaine.
Le véritable étonnement pour moi est de constater qu’un quart des établissements déclare observer une dégradation de la qualité des soins. Si l’on peut saluer la franchise de ce diagnostic, on ne peut que soupçonner qu’il demeure en-deçà de la réalité, certains établissements hésitant à indiquer explicitement cette autodépréciation. Plus préoccupant encore : la conscience de cette dégradation n’émane plus uniquement de la base soignante, mais s’est propagée jusqu’au niveau de la direction. Cette convergence de diagnostic constitue un signal d’alerte majeur. Les principaux freins à la qualité des soins sont les RH en première position pour les adhérents Fehap, FHF et FHP, suivis des freins financiers.
Le lien avec les tutelles est globalement perçu comme dégradé : les évaluations sont particulièrement critiques envers le ministère de la Santé, noté en moyenne à 3,9/10, et les ARS, notées à 4,2/10.
Quelles solutions les opérateurs du soin appellent-ils de leurs vœux pour améliorer durablement le modèle de santé français ?
L’attente prioritaire est la simplification administrative et des normes. Cette attente est globalement convergente entre toutes les fédérations. En seconde position vient la demande d’un nouveau mode de financement, les réformes les plus récentes étant souvent empreintes de complexité. On observe que les établissements de taille moyenne ou importante placent la simplification des normes comme une priorité d’autant plus marquée.
Enfin, la responsabilité sociale et environnementale (RSE) est perçue comme un objectif stratégique par 90 % des établissements (95 % pour la FHP). Cependant, elle se classe en dernière position (8/8) dans le classement général des enjeux stratégiques. Cela traduit une prise de conscience de l’importance de la RSE, mais elle reste secondaire face aux contraintes opérationnelles et budgétaires.
En termes d’innovation, 64 % des établissements déclarent développer des innovations en santé, avec une capacité perçue à les intégrer notée à 6/10.
Tant pour la RSE que pour l’innovation, la nécessité d’un financement dédié est largement exprimée. Ce qui confirme que si la volonté stratégique est là, les moyens financiers font défaut pour concrétiser ces développements jugés essentiels.