
Pr Geneviève PLU-BUREAU, présidente du conseil scientifique de la fondation Agir pour le cœur des femmes, gynécologue médicale
Qu’est-ce que le « Bus du cœur des femmes » ?
Le Bus du cœur des femmes est le premier dispositif déployé par la fondation Agir pour le cœur des femmes. Elle a été créée en 2020 par le Pr Claire Mounier-Vehier, cardiologue, et Thierry Drilhon, dirigeant d’entreprise, afin de sensibiliser le grand public à la prévention du risque cardiovasculaire et gynécologique chez les femmes.
Le Bus du cœur des femmes sillonne la France et accueille les femmes invitées par leur CPAM ou venues spontanément. Dans un premier temps, elles répondent à un questionnaire et bénéficient d’un premier bilan : mesure de la pression artérielle, poids, taille, calcul de l’indice de masse corporelle, afin d’identifier d’éventuels facteurs de risque. Ensuite, un dosage de la glycémie, des lipides et de la créatinine est réalisé.
Dans un espace dédié, lors d’un entretien, le médecin aborde leur histoire gynécologique, la réalisation – ou non – du dépistage du cancer du col de l’utérus et de la mammographie de contrôle pour le cancer du sein. Puis, un dépistage d’éventuelles addictions (tabac, alcool ou autres substances) est effectué. Un électrocardiogramme, et si nécessaire, un doppler des vaisseaux et des troncs supra-aortiques au niveau du cou complètent l’examen.
Un rendez-vous de restitution est ensuite organisé, pouvant donner lieu à une orientation vers un cardiologue ou un gynécologue. À l’issue de ces deux heures de consultation et d’examens, un appareil de mesure de la pression artérielle est systématiquement remis aux participantes.
Entre 2021 et 2023, le Bus du cœur des femmes a accueilli plus de 8 000 femmes. Depuis sa création en 2021, ce sont 18 000 femmes qui ont pu bénéficier de ce dispositif de prévention.
Qu’observez-vous lors de ces check-up santé complets ?
Certaines femmes ont dû être orientées vers les urgences à l’issue de leur visite. Sur les 8 030 femmes ayant bénéficié de ce parcours durant les trois premières années, plus de 89 % présentaient au moins deux facteurs de risque cardiovasculaire. 67 % souffraient de troubles psychosociaux, notamment d’un stress important, et 48 % avaient une hérédité cardiovasculaire pour un âge médian de 55 ans.
Sur le plan gynécologique, quatre femmes sur dix n’ont pas de suivi régulier. Beaucoup bénéficient d’un suivi pendant la maternité, mais le délaissent ensuite, pensant qu’il n’est plus nécessaire. Nous constatons également que les femmes cadres ou exerçant des professions à responsabilité ne prennent pas toujours le temps de réaliser ce suivi.
Pourtant, la mortalité cardiovasculaire, notamment chez la femme ménopausée, est aujourd’hui la première cause de mortalité féminine. Tous âges confondus, les cancers sont devenus la première cause de mortalité en France.
Quels messages souhaitez-vous faire passer aux femmes ?
Dans la vie d’une femme, il existe trois moments clés pour la santé. La mise en place d’une contraception qui doit être l’occasion d’un bilan et d’une information sur les facteurs de risque. La grossesse, période durant laquelle peuvent survenir des facteurs de risques émergents tels que les désordres hypertensifs de la grossesse ou la pré-éclampsie. La périménopause, moment où un contrôle cardiovasculaire et gynécologique approfondi est particulièrement recommandé.
Le Bus du cœur des femmes milite pour la mise en place de consultations longues dédiées à ces bilans dans la période de périménopause/ménopause et la diffusion d’une information sur les facteurs de risques et signes avant-coureurs d’une pathologie. Il est essentiel que les femmes sachent reconnaître les symptômes annonciateurs d’un accident cardiovasculaire : infarctus, AVC, accident coronarien ou encore thrombose veineuse.