
Anouk TRANCART, directrice accès au marché du Syndicat national de l’industrie des technologies médicales (SNITEM)
Quelles sont les problématiques liées à la diffusion des innovations au sein des établissements de santé ?
Une des limites majeures à la diffusion des innovations est le manque de latitude financière à l’échelle locale.
En effet, Il existe différentes modalités de financement des innovations à l’hôpital, le financement des innovations par le biais de la liste en sus des groupes homogènes de séjours (GHS) ou les dispositifs de financement précoce de portée nationale. Et en complément des dispositifs de financement proposés à l’échelle nationale, les établissements de santé peuvent utiliser différentes solutions pour financer l’acquisition d’innovations. Il s’agit de moyens ne faisant pas l’objet d’une réglementation et laissés à la discrétion de chaque établissement de santé, en fonction de choix stratégiques et/ou des capacités propres de financement.
Plusieurs constats sont faits, notamment :
- La T2A, via les tarifs des GHS, ne permet pas suffisamment de couvrir les innovations nécessitant des investissements.
- Il y a un décalage temporel entre émergence des innovations et intégration dans la CCAM.
- La gestion de la liste en sus n’est ni dynamique, ni lisible, ni prévisible. Elle ne permet pas l’accès à l’innovation, le maintien de la qualité des soins et la gestion efficiente du financement de notre système de soins.
Tout ceci va à l’encontre de la diffusion rapide d’innovations médicales et prive les professionnels de santé de proposer les nouvelles technologies à leurs patients.
À l’échelle des établissements, certaines innovations peuvent être financées par les budgets innovations des établissements de santé. Cependant, ces budgets ne sont pas extensibles et pérennes.
Quelles sont les perspectives pour améliorer le financement, voire l’évaluation des innovations ?
La T2A a permis une transformation majeure par rapport à l’ancien système de financement, en particulier pour les établissements publics qui fonctionnaient sous dotation globale, et une convergence des modes de rémunération entre secteurs public et privé. Cependant, de nombreux acteurs soulignent des limites à ce mode de financement, conduisant à plusieurs projets de réforme.
Le SNITEM a participé à une réflexion lors des ateliers de Giens en 2024 et nous avions identifié des propositions concrètes.
Je citerai prioritairement les chantiers suivants :
1/ Proposer un nouveau dispositif visant à mesurer les impacts cliniques et économiques des technologies de santé innovantes. Selon le degré de précision nécessaire, la collecte des coûts au niveau de l’hôpital pourrait nécessiter le recours à des techniques de micro-costing.
2/ Mieux structurer l’évaluation des actes médicaux innovants. Avec la création d’une nouvelle liste de « produits et prestations » applicable pour financer une partie de ces investissements sous la forme de forfaits qui auraient pu être associés à des séjours impliquant l’utilisation de ces équipements.
Enfin il faudrait permettre également un financement des innovations par une approche décloisonnée ainsi qu’améliorer et reconnaître officiellement les activités d’évaluation des technologies de santé réalisées au niveau hospitalier, particulièrement dans les structures privées.
De plus, concernant la liste en sus et son dynamisme, le SNITEM juge inadmissible la méthode employée cet été par l’administration qui ne respecte pas le cadre de la concertation contenu dans la notice en vigueur. Nous demandons la mise en place sans délai d’une véritable concertation, avec l’ensemble des parties prenantes, sur les critères de gestion de la liste en sus et les modalités de réintégration des masses financières des produits innovants.
Rappelons que certains dispositifs médicaux ont déjà fait les frais de ce manque de concertation en 2023 et que leur radiation a eu des conséquences délétères pour les établissements, et surtout pour le patient.
Quelles actions communes établissements de santé et industriels pourraient être engagées ?
Concernant le dynamisme de la liste en sus, nous devons parler d’une seule voix afin de faire entendre nos arguments concernant l’importance de réviser les critères de gestion de la liste en sus avec les modalités de réintégration des masses financières soutenables pour les établissements de santé.
Sur les projets de développement innovants, nous pourrions trouver plus de synergie entre les entreprises, les start-ups et les structures de soins, afin de réaliser des partenariats de recherche.
Quelles sont les difficultés propres aux DM numériques qui se développent actuellement ?
Les entreprises du DM vivent une véritable transformation digitale, comme dans tous les autres secteurs. Cette transformation influence les modèles économiques, modifie la chaîne de valeur et conduit les entreprises vers de nouveaux métiers : intelligence artificielle, métiers du logiciel, gestion des données, analyse des données…
Les difficultés rencontrées sont liées aux problématiques de certification ANS (pour les DM concernés par une prise en charge de droit commun), à la facturation, à l’évaluation et évidemment au financement. Ces obstacles sont d’autant plus complexes à franchir que les DMn sont le plus souvent développés par des start-ups ou TPE mono produits et peu rompues à ces enjeux.
Dans le cas particulier des établissements de santé, il y a un sujet majeur qui est la problématique d’interopérabilité des systèmes entre eux. Les entreprises ont pleinement conscience de ces enjeux. Concernant l’évaluation, le dispositif médical sort très souvent du cadre d’évaluation dans lequel nous évoluons, il ne rentre pas ou pas totalement dans des cases pré-existantes. Le SNITEM restera attentif à l’évolution de la doctrine d’évaluation de la Cnedimts à la lumière des prochains dossiers, en particulier sur la prise en compte des spécificités du numérique.