
Dr Philippe BENOIT, président du conseil central de la section H du CNOP
Quel est l’état des lieux en termes de démographie des pharmaciens hospitaliers ?
La section H regroupe l’ensemble des pharmaciens exerçant en établissements de santé ou médico-sociaux, et services d’incendie et de secours. En 2025, nous comptons 8 374 pharmaciens inscrits dans cette section.
L’analyse par catégories d’âges est révélatrice des défis à venir : 18,46 % de nos effectifs (soit 1 546 pharmaciens) se situent dans la catégorie 60 – 69 ans, même si la catégorie intermédiaire (35 – 59 ans) représente la majorité (61,60 %). Le renouvellement des générations est un sujet de vigilance stratégique pour maintenir les compétences au sein des PUI.
Les directeurs d’établissements sont particulièrement sensibles à la difficulté de recrutement. Nous avons des chiffres assez précis concernant le secteur public : en 2024, 16,9 % des postes étaient vacants dans les établissements de santé publics. Cependant, nous ne disposons pas de données des postes non pourvus dans les établissements de santé privés. L’augmentation significative des postes ouverts à l’internat, passant de 401 en 2023 à 480 en 2025, est une réponse aux besoins et pour anticiper le futur.
L’exercice au sein d’une PUI est conditionné par la détention de diplômes d’études spécialisées (DES), notamment le DES de pharmacie hospitalière et des collectivités. Jusqu’au 1er juin 2025, une disposition transitoire permettait à un pharmacien de reprendre un exercice en PUI s’il justifiait, sur les dix dernières années, de deux ans d’exercice à temps plein au sein d’une PUI. Ce dispositif est désormais terminé. Pour les établissements privés, cela signifie que les conditions d’inscription à la section H pour exercer au sein d’une PUI sont désormais strictement basées sur les diplômes spécialisés, le vivier de candidats disponibles n’est pas immédiatement extensible. À noter, par ailleurs, qu’il incombe personnellement au pharmacien d’informer l’Ordre, dans les 15 jours, de tout changement de statut, de lieu d’exercice ou de gérance PUI.
Quelles sont les solutions envisagées pour contrer les difficultés de recrutement ?
Face aux difficultés de recrutement, la coopération entre PUI est une solution encouragée par l’Ordre. L’optimisation des ressources humaines et techniques passe de plus en plus par ces rapprochements prévus par le Code de la santé publique. Ces nouvelles organisations peuvent être une réponse à l’exercice isolé.
Pour les établissements qui ne justifient pas de l’existence d’une PUI, la loi prévoit la nécessité d’une convention avec une autre PUI pour la détention et la dispensation des médicaments et dispositifs médicaux stériles.
Dans le cadre d’une coopération, une PUI peut être autorisée à confier certaines activités à une autre PUI. On parle de « sous-traitance » d’activités spécifiques. Elles incluent, par exemple, la préparation de doses à administrer, les préparations magistrales ou hospitalières, la reconstitution de spécialités pharmaceutiques (y compris MTI), et la préparation des dispositifs médicaux stériles. Ces conventions de coopération doivent être très claires : elles doivent définir précisément les responsabilités à chaque étape et doivent être signées par le pharmacien. Il n’existe pas de modèle type. Elles sont donc à construire pour répondre à chaque situation.
Quelles activités à risque particulier nécessitent une vigilance renforcée et une autorisation spécifique de l’ARS ?
Toute modification substantielle, comme l’exercice d’une nouvelle mission par la PUI ou l’exercice d’une nouvelle activité pour le compte d’une autre PUI (dans le cadre de coopération), requiert une demande d’autorisation.
Les activités qui comportent des risques particuliers nécessitent une autorisation spécifique délivrée pour une durée de sept ans, et qui doit être régulièrement renouvelée. Ces activités incluent, sans être exhaustives, la préparation des médicaments radiopharmaceutiques, la préparation des dispositifs médicaux stériles, ou encore les préparations magistrales stériles et celles contenant des substances dangereuses pour le personnel. La possibilité de confier ces préparations à une autre PUI ou à un établissement pharmaceutique (mais jamais à une officine de ville) est une voie essentielle pour maintenir la qualité et la sécurité des soins en cas de tensions RH.
L’Ordre des pharmaciens assure la défense de l’honneur et de l’indépendance de la profession, il veille au respect des devoirs professionnels (y compris via la chambre de discipline), et est garant des compétences des pharmaciens. L’Ordre travaille à l’organisation des soins et à la gestion des dossiers d’autorisation de PUI. Dans un contexte de fortes tensions RH, le maintien d’une PUI compétente et opérationnelle est fondamental, et les dispositifs de coopération sont des outils réglementaires essentiels pour y parvenir.