Nous avançons, pas à pas, vers la con­struc­tion du PLFSS 2026 et de la cam­pagne tar­i­faire, qui devra trou­ver sa tra­duc­tion au 1er jan­vi­er 2026. Un ONDAM hos­pi­tal­ier lim­ité à 1,6 % est annon­cé. Un regard sur la décen­nie passée suf­fit à com­pren­dre le péril. En 2016, un ONDAM à 1,75 % avait con­duit à baiss­er les tar­ifs MCO de ‑1,65 % pour les clin­iques et hôpi­taux privés. Dix ans plus tard, l’histoire sem­ble se répéter, avec des marges de manœu­vre qui sont dev­enues extrême­ment étroites, et même néga­tives pour plus de 40 % des étab­lisse­ments !

Les don­nées de l’équation n’augurent pas d’une amélio­ra­tion de la sit­u­a­tion : l’ONDAM hos­pi­tal­ier croît de 1,6 % une fois inté­grée la hausse des coti­sa­tions employeurs à la retraite (CNRACL), 40 % des clin­iques et hôpi­taux privés sont en déficit, le vol­ume d’activité s’affiche en hausse en 2025, et, pour couron­ner le tout, une économie annon­cée de 100 mil­lions d’euros au titre de la liste en sus sera directe­ment sup­port­ée par les étab­lisse­ments, pou­vant frag­ilis­er des par­cours patients, sans que les modal­ités soient encore claire­ment définies. Dans ces con­di­tions, com­ment regarder 2026 sans crainte et éviter que ne s’accroisse encore le nom­bre d’établissements de san­té privés, mais aus­si publics, en dif­fi­culté ?

Depuis dix ans, la crois­sance des tar­ifs n’a pas cou­vert la moitié de l’inflation, les évo­lu­tions tar­i­faires favor­ables venant financer avant tout les mesures Ségur RH. La poli­tique du rabot a mon­tré ses lim­ites : elle n’ampute plus seule­ment les marges, elle stoppe les investisse­ments, et elle men­ace désor­mais la via­bil­ité même de pans entiers de l’offre de soins. Il est donc urgent de chang­er de par­a­digme. Car per­sis­ter dans cette logique reviendrait à frag­ilis­er durable­ment l’accessibilité aux soins, notam­ment dans les ter­ri­toires déjà sous-dotés. Nous sommes déjà dans cette réal­ité frag­ilisée. En effet, con­cer­nant les mater­nités au sein des clin­iques et hôpi­taux privés, le con­stat est implaca­ble : en vingt-cinq ans, leur nom­bre a été divisé par deux. En 2000, la France comp­tait 200 mater­nités privées et seule­ment 100 fin 2025. Certes, la baisse de la natal­ité joue un rôle, mais l’attentisme poli­tique et l’absence de stratégie d’implantation ter­ri­to­ri­ale pèsent lourd. Sans réforme struc­turelle du finance­ment des mater­nités et de l’exercice libéral, cette hémor­ragie se pour­suiv­ra inex­orable­ment. Ajou­tons que cette hémor­ragie touche aus­si le secteur pub­lic qui a vu une diminu­tion du nom­bre de ses mater­nités de l’ordre d’une trentaine sur 10 ans.

Le cycle des réu­nions de la cam­pagne budgé­taire et tar­i­faire 2026 s’ouvrira dans les prochains jours. Face à un PLFSS qui cherche à con­cili­er l’inconciliable — qual­ité des soins, souten­abil­ité finan­cière et attrac­tiv­ité des métiers —, nous ne man­querons pas de dénon­cer l’impossible équa­tion. Car à force de vouloir tout con­tenir, le sys­tème de san­té risque, lui, d’être ébran­lé jusqu’au trau­ma­tisme.

Les tar­ifs de l’hos­pi­tal­i­sa­tion ne peu­vent être la vari­able d’a­juste­ment de l’ON­DAM.

Frédérique Gama
Prési­dente de la FHP-MCO